L’an dernier, la chorégraphe montréalaise Virginie Brunelle présentait le magnifique spectacle intitulé Complexe des genres. Cette artiste avec son talent a inévitablement conquis les mordus de danse contemporaine de Québec. Ce spectacle traitait de la quête identitaire au travers des relations humaines. Brunelle nous revient cette saison-ci avec Foutrement, une pièce créée en 2010. Foutrement a été présenté le 7, 8 et 9 novembre derniers à la salle Multi du complexe Méduse de Québec par La Rotonde.

L’amour pulvérisant
La chorégraphe Virginie Brunelle, à travers ses œuvres contemporaines, propulse le corps humain au centre de son art. Celui-ci devient ainsi un objet, un mode de transition et de communication des émotions. Brunelle explore et tente de démystifier l’être humain dans ses relations, et ce grâce au médium de la danse. Foutrement présente un triangle amoureux où l’infidélité règne. Les trois interprètes sur scène, Isabelle Arcand, Claudine Hébert et Simon-Xavier Lefebvre, stimulent les sens de l’auditoire avec ce splendide spectacle.
«Foutrement, c’est un homme et deux femmes qui s’entredéchirent, émouvants de vulnérabilité, soumis à la tentation et à leurs pulsions, mais cherchant inlassablement l’amour.»
Ballerine androgyne
La première scène débute avec une ballerine nue, seule sur scène. Elle pratique ses pointes au centre de la scène. L’éclairage fort, projeté sur le plancher d’une blancheur inégale, se reflète sur elle. La musique du compositeur italien Bellini joue en arrière-plan. La ballerine regarde l’auditoire tout en continuant ses pointes, puis un homme arrive. Ils forment un couple. Ils dansent ensemble. Ils s’aiment. Le décor est épuré, simple. L’ensemble offre une image d’une beauté incertaine.
Puis, dès la deuxième scène, on constate l’infidélité de l’homme. Il s’éprend d’une autre femme. L’ambiance est différente et tamisée, il y a présence de sensualité, mais pas de passion comme avec la première femme. L’homme nourrit son vice.
Foutrement est divisé en six tableaux. Chacun de ceux-ci représente l’évolution de l’histoire d’un couple qui s’aime passionnément. Cependant, l’ajout d’une tierce personne dans la vie du couple vient déstabiliser complètement leur amour. Plus les tableaux avancent, plus la montée dramatique s’avère forte et puissante. L’amour, la passion, la colère, la douleur et la peine véhiculés par l’infidélité de l’homme se font ressentir dans les mouvements des danseurs. Le spectateur se mêle à l’histoire du triangle amoureux, il se sent complice, voyeur.
Émotions vives
La pièce Foutrement s’avère touchante, certes. Le corps des artistes en mouvement parle aux spectateurs. Les gestes calculés et minutieux des danseurs font vibrer et viennent secouer l’auditoire. Le spectateur observe une relation passionnelle entre un homme et une femme. Ils dansent ensemble, s’enlacent et s’aiment de toute évidence. Puis, le drame survient. La musique change. La femme trahie paraît vivre une douleur intense.
La scène centrale, où la montée dramatique du spectacle est à son plus fort, demeure irréprochablement révélatrice. Les deux femmes arrivent sur scène presque nues, ne portant que quelques ceintures autour de leur buste. Elles dansent ensemble, comme s’il s’agissait d’un duel. L’homme entre en scène, tente de les calmer. La femme trahie par son mari explose. Les ceintures volent de tous côtés. La rage humaine envahit la scène. La passion, qui était pourtant très présente au tout début du spectacle, s’est à présent transformée en fureur. La pièce Hallelujah du compositeur Haendel complète le tout pour former un magnifique tableau.
Enrobage sonore
La musique qui compose le spectacle Foutrement s’avère très importante, car elle vient ajouter un petit quelque chose de plus délicieux et merveilleux à l’ensemble. La tonalité musicale vient ajouter beaucoup d’émotion et de sensation au spectacle. Les pièces de Bellini, Garrett Manson, Goldmun, Handel, Patrick Watson et Amiina se côtoient durant le spectacle. La citation suivante «la musique, art du silence» du poète et romancier canadien Jean Ethier Blais m’apparaît révélatrice. En tant que spectateur la musique nous propulse et nous berce dans nos idées, dans notre tête, dans nos propres émotions. La musique demeure un élément clé pour une pièce, car l’ambiance sonore vient bercer le public par sa profondeur émotive.
Nu artistique
Il apparaît pertinent de noter que le nu constitue un élément important de Foutrement – et des pièces de Brunelle en général. Plusieurs peuvent se poser la question suivante : pourquoi le nu? Est-il pertinent d’insérer le nu dans la danse contemporaine? Oui, inévitablement, oui. Le nu, c’est le corps humain à son naturel. Le nu, c’est un aspect essentiel de la vie. Nous naissons nus et nous mourons nus. Par contre, cette question peut devenir complexe. La danse contemporaine n’est pas seulement l’unique utilisateur du nu; plusieurs autres types d’art jouent de ce dépouillement. Brunelle utilise le corps humain pour expliquer ses œuvres. Le nu devient ainsi un objet significatif.
La pièce Foutrement éblouit incontestablement l’auditoire tant par la beauté des tableaux que par l’émotion véhiculée par les danseurs durant le spectacle. Ceux-ci offrent une prestation physique et fabuleuse à leur auditoire. Les spectateurs sauront s’y plaire sans contredit. Foutrement joue sur un thème très actuel, l’infidélité. Un thème difficile à accepter, à vivre et à surmonter. Brunelle est une chorégraphe aux talents éblouissants qu’il sera intéressant de suivre à l’occasion de ses futures productions.

——
Foutrement, Compagnie Virginie Brunelle, spectacle présenté par La Rotonde à la salle Multi du complexe Méduse de Québec les 7, 8 et 9 novembre derniers.
Article d’Alicia Beauchemin – Chroniqueuse danse contemporaine depuis maintenant 2 ans. Une fana des arts, vivant à Québec. Mélomane à mes heures, j’ai du rire plein la tête. Et surtout, pas une fan de hockey.