Entrevue avec Antonin Gougeon – Vous êtes ici

Je suis Antonin Gougeon et j'ai 23 ans. J'ai fini l'École nationale de théâtre en production en mai dernier. Je m'intéresse surtout à la conception sonore et vidéo en théâtre et en danse, mais aussi à l'écriture, la mise en scène, la musique et les installations visuelles.
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Antonin Gougeon
Antonin Gougeon

 

ARTICHAUT MAGAZINE : Qui êtes-vous? 

Antonin Gougeon: Je suis Antonin Gougeon et j’ai 23 ans. J’ai fini l’École nationale de théâtre en production en mai dernier. Je m’intéresse surtout à la conception sonore et vidéo en théâtre et en danse, mais aussi à l’écriture, la mise en scène, la musique et les installations visuelles.

AM: Qu’est-ce que vous proposez à Vous êtes ici?

AG: Je vais créer une œuvre entre la performance musicale et l’installation muséale en jouant de la musique et en faisant des loops sonores avec ma voix, des archives, des instruments et des sons ambiants.…

AM: Qu’est-ce que tu/vous dites/faites/vivez avec/dans votre proposition? 

AG: Je m’intéresse à plusieurs choses dans cette proposition.

Déjà, l’importance du son est pour moi énorme, autant dans ce que je propose que dans quasiment toutes les propositions scéniques que j’ai l’occasion de voir. C’est souvent là que je différencie un spectacle qui m’accroche vraiment d’un autre qui ne réussit pas à me captiver.

Je veux créer en ayant en tête la puissance de l’instrument dramaturgique qu’est le son. Je crois beaucoup en l’acteur en contrôle de son milieu, du côté de l’interprétation et de la technique. Un acteur en contrôle de son environnement, sonore ou visuel, est un acteur dangereux. Pas qu’il soit réellement en mesure de faire mal au spectateur, mais il a tous les pouvoirs, il tire toutes les cordes (ou c’est du moins l’image qu’il envoie). Lorsqu’on met de l’avant tous les outils qui servent à créer l’environnement dans lequel l’interprète évolue, je trouve qu’on se retrouve dans une situation d’égal à égal entre lui et le spectateur. Ce dernier sait ce qu’il regarde, il n’y a pas de secret ou d’intervention divine devant lui. Il voit l’œuvre se créer avec les éléments à la disposition de l’artiste. La personne sur scène sait qu’elle est observée. Elle est dans un état de jeu conscient et allumé. Après, tout n’est que communication de sens entre les deux…

Pour moi le son ne devrait pas seulement appuyer l’action scénique. Il devrait la provoquer, et même dans certains cas, il devrait être cette action. Lorsqu’assez stimulant, je crois que le son peut réellement porter un moment. Il peut communiquer des informations au même titre que le texte. Il suffit de trouver la bonne façon de le traiter et de le faire entendre.

Mais bon, je m’éternise.

J’ai un grand amour pour le hip-hop, la musique électroacoustique et la musique « bruitiste ». Ces styles m’inspirent beaucoup et se retrouvent toujours d’une certaine façon dans les conceptions sur lesquelles je travaille.

Depuis le début de mon parcours en tant que concepteur sonore, j’essaie de trouver un ancrage dramaturgique à l’échantillonnage sonore (sampling). Par exemple, lors de la création d’Histoire populaire et sensationnelle de Gabriel Plante, je me suis amusé à utiliser des mots de politiciens connus et de manifestants lors de plusieurs révolutions et manifestations québécoises. Un peu dans la même veine, lors de la création de VIP avec Charlotte Aubin et Maxim Paré Fortin (mes bons chums alcoolytes), on avait créé la musique principalement à partir de la voix de Xavier Dolan dans plusieurs de ses entrevues.

Quand on modifie assez les samples et que tout d’un coup on reconnait une phrase, ou une sonorité particulièrement codée, ça donne une force à ce code ou ce message-là. Ça le met de l’avant. Ça étoffe aussi le lien de connivence entre les spectateurs et les artistes sur scène. On est dans le même univers.

Les samples me permettent de partir sur delongues envolées planantes, comme ça me permet de casser ces envolées-là en faisant surgir un rythme dans une phrase ou encore un mot sur lequel j’insiste et qui trouve une place dans la musique que je compose ou joue en direct. Il y a certains moments dans l’Histoire qui sont ancrés dans nos têtes seulement à cause d’une phrase. Et ça se reflète aussi dans les grands moments de l’histoire du Québec et du Canada.

Sachant tout ça, je pense que je vais parler du Canada et du Québec et du français et de l’anglais. Je n’essaierai pas d’ouvrir à nouveau la grande blessure identitaire, mais je veux quand même que l’ambiance que je vais créer soit une incarnation du malaise profond que je ressens quand j’ai à m’exprimer sur le sujet. Entre souverainisme et fédéralisme, il y a quoi? C’est quoi le frottement qui fait qu’on peine à parler de l’avenir de cette question identitaire? Pourquoi on reste dans le flou, dans une espèce de non-dit qui sous-tend que quelque chose nous attend, quelque part, pour enfin régler le problème… Je me dis que ça serait l’idéal, de tous être en harmonie, de savoir que tout est beau, de savoir que tout est réglé, d’être en paix avec nous-mêmes, de reconnaitre notre place dans l’histoire de notre pays, quel qu’il soit. Mais je ne pense pas qu’on y arrivera en tentant de façon un peu simpliste de balayer du revers de la main les questions irrésolues qui, sous une façade d’indifférence et de désillusion, nous habitent toujours. J’ai le « nous » large, mais bon, on se comprend.

Qu’on le veuille ou non, il y a une plaie ou du moins un trou dans l’identité québécoise. Je ne veux pas le patcher, mais juste qu’on s’avoue qu’il est là.

Bref, pour faire ça court, avec un échantillonneur et des instruments, je vais créer un espace englobant dont le but sera de faire surgir le malaise identitaire chez le spectateur.

J’aurais pu dire ça juste comme ça.

AM: Pour vous, la courte forme, c’est contraignant/stimulant/aucun changement? 

AG: C’est nouveau et je pense que je vais avoir de la misère. Mais c’est stimulant.

AM: Comment on se sent en tant que jeune diplômé(e)s en arts à Montréal? 

AG: Comme n’importe qui, avec moins de confiance et peu d’argent.

AM: Ce que tu souhaites aux diplômé(e)s qui suivront? 

AG: D’être heureux même quand c’est angoissant. En même temps, ça fait 5 mois que j’ai fini l’école, je suis pas assez vieux pour donner des conseils, je pense. Laissez-faire.

AM: Une parole sage pour la route? 

AG: Get rich or die tryin’?

 

 

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Vous êtes ici, une initiative de création par LA SERRE – arts vivants, sera présenté du 29 septembre au 1er octobre à 19h au Théâtre Aux Écuries.

Artichaut magazine

— LE MAGAZINE DES ÉTUDIANT·E·S EN ART DE L'UQAM