
L’ambiance au bar La marche d’à côté est feutrée et chaleureuse. Les murs de bois et les longues tables donnent à l’endroit un cachet particulier. La salle est pleine, en tout une cinquantaine de personnes sont assises un peu partout et sirotent une bière ou un verre de vin. Rien ne laisse présager que débutera bientôt un récital d’opéra, sinon le petit piano sur la scène et le rideau rouge tendu devant les fenêtres. La salle n’a rien d’un lieu de concert, mais l’atmosphère y est agréable et sans prétention. Les spectateurs attendent que débute la toute première édition des Soirées Lyriques, une formule de récital intimiste où des chanteurs classiques de provenances diverses se produisent.
«Notre mandat est de démocratiser l’opéra et d’intéresser un autre public», nous explique Alexandre Desjeunes, responsable de la programmation des Soirées et lui-même chanteur classique, «c’était un peu le défi d’emmener les gens de la salle de concert vers un bar».
C’est défi relevé puisque le bar est bien rempli. Lorsque le spectacle débute, on comprend bien le choix de l’endroit; l’espace semble petit par rapport à l’ampleur des voix présentées. Avec les murs en bois, on se croirait assis dans un violon.
Plusieurs artistes d’âges variés défilent sur scène en alternance, souvent pour interpréter deux ou trois pièces. Le répertoire est très large, passant de Haydn à Offenbach, de Mozart au jazz des années 30-40. L’exiguïté de la pièce ajoute un côté intimiste dans les passages pianos. Cependant, certains segments fortissimo résonnent trop fort. En effet, puisque ce type de voix peut couvrir sans micro des salles beaucoup plus vastes, le fait de l’entendre dans un lieu plus restreint et à plein potentiel peut être irritant pour l’oreille. Heureusement, ces désagréments sont de courte durée, étant spécifiques à certaines portions des interprétations.
Entre chaque performance, Élysée Daniel, fondatrice de l’évènement, prend la parole pour introduire le prochain musicien en ne ratant pas une occasion de lui témoigner son amour. Sa passion pour la musique et pour les musiciens est contagieuse.

Dans un esprit de démocratisation, beaucoup de chanteuses et de chanteurs contextualisent les compositions qu’ils interprètent. Cela permet de susciter un plus grand intérêt chez l’auditeur et de rendre accessible des pièces qui datent parfois de plusieurs siècles. De cette façon, l’opéra semble plus actuel, moins poussiéreux.
Plusieurs artistes présents sur scènes sont issus du programme des jeunes ambassadeurs lyriques. Ce dernier est une audition devant des responsables de l’opéra venus de partout à travers le monde. C’est une véritable porte d’entrée vers la scène internationale.
L’accompagnement était assuré par le pianiste Dominic Boulianne. Ce dernier résume bien l’esprit des Soirées Lyriques: «le chant a quelque chose de plus que les autres instruments n’ont pas: la parole». En ce sens, ce n’est pas uniquement la parole chantée, mais aussi celle parlée qui anime ces rassemblements. Il est d’abord question de partage de la musique, mais aussi de discussions et d’échanges entourant cette même musique.
L’événement est le premier d’une longue série sous le thème du chant lyrique. À tous les premiers et troisièmes mardis du mois, le public pourra assister à des spectacles chantés au bar La marche d’à côté.
Article par Thomas Dufour.