Métamorphose/mue : La fonte hivernée de Sébastien Auger

Les Éditions de la Tournure nous invitent une nouvelle fois à découvrir les mots de Sébastien Auger dans son deuxième…
1 Min Read 0 203

Les Éditions de la Tournure nous invitent une nouvelle fois à découvrir les mots de Sébastien Auger dans son deuxième recueil, La fonte hivernée, publié en 2017. Les thèmes de la nature, de la mue, du temps et de l’amour sont évoqués par un choix des mots et un découpage des vers précis. L’auteur nous offre de petits poèmes qui ont la force d’un torrent.

Première de couverture
Source: Éditions de la Tournure

Un feu             veux-tu ?
 J’ai les oies de la tête
Les cris lithographes
 
Une chaleur stature
À perdre le fond d’horizon
 
Taire le bâtiment
Baume l’azur à demain
(p. 36)

Sébastien Auger nous pousse dans un univers en mue, « s’opposant à la plaie de l’assèchement » (p. 5). La « fonte » est espérée, elle apporte un changement de saison, de paysages, de relations. Tous les poèmes du recueil sont transcendés par la nature. Les liens intrinsèques avec la terre et l’environnement épousent avec fluidité les mots du poète. La végétation tapisse ses écrits qui sont opposés à des mots plus mécaniques : « Ce qui décompte/ Le battement des fauves// Cadence la détresse/ Machine » (p. 9).

Le fardeau du temps se fait omniprésent. Le temps est polarisé, assombri par des nuits plus noires ou infinies. Les jours passent dans une cadence parfois fixe, d’autres fois floue. Les saisons sont évoquées à mesure que la mue est enclenchée.

Illustration de Lucile Crémier
Source: Éditions de la Tournure

Le râle s’enfle tout au long des poèmes. « Le râle est aussi un oiseau» (p. 7), une voix, une écriture. Il fait face à des nœuds, des poids, des agonies, qui lentement se transforment en amour et en plénitude. De l’intérieur vers l’extérieur, les atrocités s’échappent du corps et deviennent des beautés : « Je me départis rancœurs/ Simples verges d’or à la gorge. » (p. 19)

Le papillon dans le recueil est une métaphore de la métamorphose qui appartient au « nous ». Ce changement s’inscrit dans une croissance, à l’instar du printemps. Une renaissance de petits travers quotidiens qui transforme la douleur en beauté : « Nous avons appris à être/ Papillons/ Sur l’enfer d’un peu » (p. 30).

Illustration de Lucile Crémier
Source: Éditions de la Tournure

Le recueil est séparé en quatre sections. La première, Concrétions, met en scène la solidification du temps. La noirceur immobile doit être secouée par une mue, le printemps sera salvateur. On sent le cloisonnement qui est à la limite de l’implosion.

La deuxième partie de l’ouvrage, Nous en traverse l’étendue, s’oriente vers le lien fusionnel et libérateur avec une autre personne. Cette relation mène vers l’horizon : « Dans l’étau nos corps amont/ Nous réveillerons au soleil// Je nous aurai dessanglés » (p. 43). Les couleurs s’insinuent dans l’environnement à mesure que la joie enfle. Les mots qui étaient teintés de noir ou de gris sont alors reliés au vert des plantes et des forêts, ou à l’aube.

La section Le prime saut convoqué évoque l’écriture ; par les poèmes, le papier, la parole, les écrits, la bibliothèque, on recueille la nature et on en fait partie : « Enfin libres/ Les oiseaux gaspillent leur parole » (p. 57). La dernière partie, Legs, est seulement constituée d’un poème qui appelle à l’ancrage dans le présent.

Illustration de Lucile Crémier
Source: Éditions de la Tournure

Les dessins de Lucile Crémier, qui accompagnent les textes, évoquent merveilleusement la mue continuelle ou l’évolution ; on peut voir un tronc d’arbre qui se décompose en petits morceaux ou une aile de papillon à moitié dessinée. Les illustrations très détaillées de l’artiste cohabitent bien avec les poèmes concis et justes du poète.

Sébastien Auger réussit à incorporer la nature au corps de ses mots. Le paysage qui naît après l’hiver sera le lieu privilégié d’un amour. Les malheurs et les échecs seront remplacés par la simplicité et la beauté des plantes ou de la terre. La fonte hivernée propose une juxtaposition de mots qui crée des images surprenantes, mais percutantes. Les illustrations de Lucile Crémier rendent justice à l’univers du recueil. Les Éditions de la Tournure nous offrent un magnifique recueil qui amplifie nos envies de printemps.

Sébastien Auger, La fonte hivernée, Montréal, Les Éditions de la Tournure, 2017, 89 pages.

Article par Florence Dancause.

Artichaut magazine

— LE MAGAZINE DES ÉTUDIANT·E·S EN ART DE L'UQAM