Après deux albums mettant en musique la poésie de Gaston Miron, les Douze hommes rapaillés collaborent cette fois avec l’Orchestre symphonique de Montréal pour un 3e opus intitulé simplement La symphonie rapaillée. L’Artichaut magazine s’est entretenu avec Vincent Vallières, Martin Léon et Yann Perreau dans le cadre du lancement du disque au Salon Urbain de la Place des Arts le 1er avril dernier.

Cela a déjà été dit et redit: mettre de la musique sur des mots n’est pas toujours chose simple. C’est le défi que s’était lancé Gilles Bélanger au début de cette aventure qui a fait des petits. Il a pu compter sur les arrangements de Blair Thomson et la réalisation de Louis-Jean Cormier et Martin Léon. L’Orchestre symphonique de Montréal a quant à elle offert 24 musiciens au service de ce projet artistique, une proposition difficile à résister.
Outre ces hommes impliqués, d’autres âmes pourtant aptes à créer ont mis leurs voix au service des mots de Miron. Il s’agit ici de Vincent Vallières, Michel Faubert, Yves Lambert, Gilles Bélanger, Pierre Flynn, Michel Rivard, Richard Séguin, Daniel Lavoie, Jim Corcoran et Yann Perreau. Douze chansons ont été reprises des albums précédents (volume 1 et volume 2) afin d’offrir une relecture de certains poèmes. Les textes ont donc été revisités (et l’on a en profité pour corriger au passage une erreur de liaison d’un disque précédent).
«La musique commence là où s’arrête le pouvoir des mots»
Lorsqu’on demande à Vincent Vallières, Martin Léon et Yann Perreau la différence entre chanter leurs propres mots et ceux des autres, les réponses se ressemblent et diffèrent à la fois. Vallières répond que « chanter, c’est chanter. Il faut s’approprier les propos des chansons afin de leur donner une touche personnelle ». Léon dit « qu’il doit ressentir la phrase qu’il chante », mais y voit une certaine nuance. Ses propres mots lui offrent « un ricochet de moins ». Et Perreau, quant à lui, nous précise « qu’il n’y a pas de distance entre son ventre et le texte » lorsqu’il s’agit de sa plume et qu’il a « moins de pudeur » quand vient le temps de chanter les mots des autres. La pudeur est selon lui essentielle. Sans elle, nous écririons n’importe quoi.
Et qu’est-ce que cela signifie de jouer avec la musique quasi originelle? Pour Vallières, cela lui permet de « vibrer différemment. Ça nous emmène ailleurs, nous oblige à autre chose ». Léon s’est laissé « bercer par la musique. Ça nous a transformés pendant le chant ». Vous entendriez sa voix en répondant que vous le croiriez-vous aussi.
Nul ne sait pourquoi Miron a laissé ses mots sans musique, mais Vallières, Léon et Perreau précisent tous qu’il n’était pas compositeur, même s’il était un grand admirateur de musique. Lors de ses déclamations, il avait l’habitude de s’accompagner d’une harmonica.
À entendre les réponses de ces trois artistes, nous percevons bien que la poésie n’est pas morte en 2014. Perreau juge toutefois que c’est encore difficile d’atteindre les publics, puisque « les gens préféreront toujours voir Marie-Mai au Centre Bell qu’une déclamation de poésie, même les gens du milieu culturel s’y intéressent peu ».
Vallières considère pour sa part que nous sommes « dans une époque de grande poésie, de liberté d’action. Ce n’est pas parfait, mais on a toujours le droit de rêver et de s’exprimer librement ». La poésie est accessible à tous. Pour lui, sa définition est « simplement de prendre le temps, de se parler, de s’écouter, de se respecter davantage ». À vos plumes?
Et à ceux qui se demandent pourquoi l’on cherche à mettre de la musique sur des mots qui en ont déjà, je vous renvoie à une jolie citation du compositeur allemand du XIXe siècle Wilhelm Richard Wagner: « La musique commence là où s’arrête le pouvoir des mots.» Bonne écoute!
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Le lancement de La symphonie rapaillée avait lieu au Salon urbain de la Place des Arts, 175 rue Ste-Catherine Ouest. Les Douze hommes rapaillés seront sur scène accompagnés de l’Orchestre symphonique de Montréal les 7 et 8 mai 2014. L’album est disponible sur iTunes dès maintenant.
Article par Catherine Lamoureux.
