Entrevue avec Vincent Magnat
Plusieurs d’entre nous le connaissent pour son rôle de Germain St-Germain dans l’émission jeunesse Radio Enfer ou ses multiples rôles au théâtre. Pour d’autres, c’est son implication dans son quartier de Rosemont Petite-Patrie qui a fait sa renommée. C’est avec Vincent Magnat, homme polyvalent, ambitieux, mais surtout généreux, que l’Artichaut a eu la chance de s’entretenir au sujet de son prochain spectacle en tant que directeur artistique et acteur.
Celui-ci sera présenté au théâtre Prospéro jusqu’au 9 février, et intitulé Pour un oui pour un non. Comédien au théâtre, à la télévision, au Grand Écran, directeur artistique du théâtre Galiléo et doubleur à ses heures, Vincent Magnat déborde de projets. Présentement, s’affichant principalement du côté du théâtre, il ne délaisse pas pour autant les autres médias tels que le cinéma, qu’il affectionne tout particulièrement. « J’aime le cinéma, car avec la caméra, on travaille sur quelque chose de très infime, de plus précis », lance-t-il. Malgré tout, ce sont notamment ses derniers projets aux grands succès de sa compagnie, le théâtre Galiléo, qui l’ont empêché de travailler dernièrement au cinéma. La pièce de la même compagnie, Monsieur de Massaulène a joué à guichet fermé et a été suivie par une tournée au Québec et en France. Le scénario semble déjà se répéter pour la pièce Kamo, l’idée du siècle. Pendant ses temps libres, Vincent s’investit également dans deux grands projets pour améliorer la vie de quartier de Rosemont Petite Patrie dont, en tant que membre fondateur, le Regroupement arts et culture Rosemont — Petite-Partie (RACRPP).

Marc Béland et Vincent Magnat (courtoisie)
Artichaut : La pièce Pour un oui pour un non sera présentée au théâtre Prospero du 15 janvier au 9 février. Pouvez-vous nous en faire un résumé?
Vincent Magnat : C’est l’histoire de deux amis de longue date, de toujours, des amis très très proches qui ont un froid au début de la pièce. On ne sait pas vraiment ce qui se passe, mais il y a une distance entre les deux. Un des deux amis veut savoir pourquoi et l’autre protagoniste ne veut pas en parler, car il considère au départ que ce n’est pas grand-chose. Finalement au cours de la pièce, on va apprendre que cet ami s’est senti blessé par le ton condescendant utilisé par l’autre lors d’une conversation. Il décide alors de prendre une distance et à partir de là va s’enclencher tout un engrenage. Ils vont remettre en question leur vieille relation et vont finir par se dire leurs quatre vérités. Finalement, ils vont arriver au constat que leur amitié n’est peut-être pas possible, mais qu’en même temps, ils ne peuvent pas vraiment se «séparer» pour une raison aussi futile en apparence. Il n’y a pas d’action. Tout se déroule dans la relation entre les deux amis, passant par le texte, mais aussi par le corps des personnages. Effectivement, le plateau est nu. On veut laisser place à l’émotion plutôt qu’au décor.
Nathalie Sarraute, qui a écrit la pièce, a essayé de faire comprendre la difficulté de la «communication réelle» et du lien entre amis, dans un couple ou une famille qui possède sa propre vision des choses. Ce petit évènement-là, ce ton ressenti, qui n’est peut être pas réel, c’est ce que Nathalie Sarraute à appelé le «tropisme» qui révèle quelque chose de beaucoup plus grave.
Artichaut : En plus d’être l’un des personnages principaux de la pièce en compagnie de Marc Béland, vous êtes également le directeur artistique du théâtre Galiléo qui présente ce spectacle. Pouvez-vous m’expliquer plus précisément votre rôle dans cette pièce?
V. M. : C’est-à-dire que j’ai fondé une compagnie en 2004 pour monter des projets qui me tentaient, sans faire la mise en scène. Depuis ce temps-là, j’invite des metteurs en scène pour m’aider à monter mes pièces. C’est donc dans cet ordre d’idée que j’ai proposé à Christiane de faire Pour un oui pour un non. J’avais déjà travaillé ce texte-là lors d’un atelier avec Christiane. J’avais vraiment adoré le texte, c’est pourquoi j’avais le goût de poursuivre avec elle. Par la suite, la première étape avant la production du spectacle a été la lecture publique du texte au printemps dernier. J’ai donc proposé à Christiane de faire la mise en scène dans laquelle je jouerais. Ensuite, ensemble, nous avons choisi l’équipe qui allait jouer autour tout en laissant une grande latitude au metteur en scène pour choisir ses collaborateurs. C’est certain qu’on travaille en étroite collaboration et donc, demeurons en échange constant tout en nous entraidant. Ainsi, mon rôle n’est pas vraiment conventionnel. Je fais toujours très confiance au metteur en scène, je ne suis jamais là pour tout remettre en question, mais nous travaillons en étroite collaboration. C’est une collaboration qui s’affine au fur et à la mesure des répétitions, puis de l’avancement de la production.
Artichaut : Qu’est-ce qui vous a attiré dans le texte de Nathalie Sarraute?
V. M. : En fait, c’est drôle parce j’avais vu une production de ce texte-là qui ne m’avait pas emballé au début. Ça ne m’avait pas vraiment accroché. C’est justement quand j’ai fait l’atelier avec Christiane sur ce texte-là que j’ai réalisé que j’adorais à la fois l’écriture qui peut paraitre très simple, presque comme du langage parlé, mais en même temps, où chaque mot est soigneusement choisi. Justement, la recherche de Sarraute, c’est de préciser des mots qui peuvent être difficiles à véhiculer. Cette langue-là me parlait beaucoup. Ce qui m’a également touché dans ce texte est la thématique de cette histoire qui est vécue par tous, à tous les jours et qui est intéressante. Habituellement, des histoires comme celles-là, on ne s’y attarde pas, mais c’est ce qui est formidable dans ce texte: Nathalie Sarraute tente de voir : et si on s’arrêtait à ça, si on tentait d’expliquer tout ça? Le constat est terrible en effet, dans la vie de tous les jours, on ne s’y arrête pas et on passe par-dessus. C’est un texte qui permet à n’importe quel spectateur de s’y reconnaitre. C’est quelque chose de très personnel, quelque chose de très infime dans la relation entre deux personnes, mais qu’on a tous vécut.
Artichaut : Avez-vous eu certaines difficultés avec la mise en scène?
V. M. : J’avais déjà travaillé avec Marc Béland auparavant. C’est un homme extrêmement généreux et malgré le fait qu’il ait beaucoup plus d’expérience que moi, la mise en scène et les répétitions se sont bien déroulées. Par contre, nous avons trouvé quelques éléments assez exigeants dans ce spectacle, car Christiane Pasquier cherche à épurer et à aller à l’essentiel, avec un minimum de gestes et peu d’action. En effet, on veut s’écarter du réalisme, du quotidien, pour ne pas être dans des manières quotidiennes, des manières de bouger, par exemple.
Artichaut : Dans un autre ordre d’idée, vous êtes un homme très engagé, notamment dans le Regroupement des arts et de la culture de Rosemont Petite-Patrie, pourquoi êtes-vous autant impliqué? Qu’est-ce qui vous pousse à le faire?
V. M. : C’est drôle parce que j’ai réalisé dernièrement que j’étais très actif. Mes parents l’étaient beaucoup aussi, ça doit être une des raisons! Ils doivent m’avoir transmis ça.
RACRPP est parti du fait que j’étais installé là et qu’avec d’autres artistes, nous avons constaté qu’il y avait peu de lieux de création et de diffusion dans ce coin de Montréal malgré la grande quantité d’artistes et de compagnies qu’y vivent. C’est dommage, car on ne peut pas travailler avec la population. Les gens ne sont pas au courant de ce qu’on fait à l’extérieur de notre quartier. Autrefois on parlait de démocratisation de la culture, on parlait d’amener des projets dans les quartiers ou dans les régions. Il est nécessaire qu’il y ait des relations qui s’établissent au quotidien entre les arts et les citoyens. Les gens fréquentent alors les arts et la culture de façon plus quotidienne. Le travail au sein du regroupement c’est de faire en sorte que les artistes qui sont dans Rosemont Petite-Patrie puissent travailler en restant dans l’arrondissement et diffuser leur travail au même endroit. Pour que les citoyens puissent profiter de ça. On veut développer une vraie relation de quartier qui passe à travers les arts et la culture. Je suis convaincu que ça va être bénéfique pour tout le monde et pas juste économiquement ou pour les artistes, mais aussi pour les liens sociaux, l’appartenance et l’intégration des nouvelles personnes dans le quartier. C’est mon rôle de citoyen de ne pas me limiter seulement à mon travail professionnel, mais de faire quelque chose pour l’ensemble de la communauté.
Artichaut : À quoi peut-on s’attendre de vous dans les prochains mois, les prochaines années?
V. M. : Kamo est présentement en tournée cette année et nous concrétisons présentement une tournée en France pour l’année prochaine, début 2014, dans un festival ou dans la région parisienne. Ça se poursuit. Je continue ma collaboration avec les bibliothèques de Montréal. Il y aura d’autres lectures l’année prochaine. Je travaille en ce moment pour une autre compagnie, Eldorado théâtre, où je joue dans la pièce Les ours dorment enfin, un texte de Geneviève Billette. Nous allons en France justement au mois d’avril, au Festival Mini-Mômes. Nous sommes encore en tournée au Québec ce printemps et l’année prochaine. Et pour ma compagnie, il y a un autre projet qui n’est pas encore ficelé. Et comme c’est une petite structure et que l’automne et l’été ont été très chargés, je n’ai pas eu vraiment le temps de travailler là-dessus. Bon, ce sera pour plus tard, mais effectivement ça s’en vient!
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Pour un oui pour un non, de Nathalie Sarraute, présenté au théâtre Prospéro du 15 janvier au 9 février 2013. M.E.S. Christiane Pasquier.
Article par Jennifer Pelletier. Étudiante en communication et politique. Amatrice de théâtre.