Outardes de Catherine Côté. Quand la poésie fait mémoire

Outardes, le premier recueil de poésie de Catherine Côté, publié par les éditions du passage en 2017, présente le voyage…
1 Min Read 0 177

Outardes, le premier recueil de poésie de Catherine Côté, publié par les éditions du passage en 2017, présente le voyage d’une femme qui, entre les histoires de famille et les épinettes de l’Abitibi, cherche un héritage. En route vers le lieu de son passé familial, l’auteure rouvre, au fil des pages, les deuils qu’elle porte depuis l’enfance, dont celui de son grand-père Jean. Souvent en vers, parfois en prose poétique, les images déployées frappent par la force de leur sincérité. Une première publication intime et réussie pour Catherine Côté. 

Outardes de Catherine Côté
Source: Le Fil Rouge

Le recueil se divise en trois parties : Rouyn, Cala et Maison morte. Chacune d’elles, ponctuée par des souvenirs de famille, marque une étape du parcours de la femme qui quitte Montréal pour aller retrouver, dans les régions du Nord, la présence de son défunt grand-père Jean, l’âme de sa famille. Le recueil débute avec son arrivée à Rouyn où «les voitures/sont collantes de poussière/comme les machines à Coke/dans les casse-croûtes/où tout le monde s’appelle Ginette/comme ma mère» (p. 20). Mais l’immersion complète dans le territoire n’est pas possible, puisque la pluie contre les fenêtres du motel Mistral lui rappelle Montréal : «pour que la ville me parle autant/à travers des kilomètres /de forêts d’épinettes /c’est que Rouyn ne me réussit pas/il me faudra/aller plus loin» (p. 33). Le retour aux origines exige de s’enfoncer au plus profond de l’Abitibi, au cœur de ses forêts. C’est aussi dans cette première partie du texte que Côté annonce la fonction poétique de son écriture : «les Grecs pensaient qu’en parlant des morts/on animait leur âme/qu’il ne fallait jamais rien dire de mauvais sur eux/rien de laid/pour ne pas les dérange (p.47). Peut-être s’agit-il avec Outardes, grâce au pouvoir d’incantation des mots et des images, de ramener auprès de soi, un court instant, ceux disparus.

La deuxième partie du recueil, Cala, représente le noyau de l’œuvre, alors que le sujet s’imprègne de la forêt et du lac bordant le Cala. «Après Val-d’Or/le chemin bifurque à gauche/trois heures dans le bois/deux heures de canot/vers le camp construit /il y a quarante ans au bord d’un lac /et vendu l’été dernier à des inconnus/on l’appelle le Cala/en l’honneur de Jean» (p. 53). En osmose avec le décor, la femme qui se sent lentement «devenir arbre» (p.67) réussit à retrouver dans le vent les vibrations de la voix de son grand-père, mort depuis longtemps. Toute la beauté d’Outardes réside dans l’idée que les corps marquent les lieux et qu’il serait possible de retrouver cette trace, peu importe le nombre d’années écoulées : «on croirait que les corps laissent/des traces sur les lieux /des vergetures de sapins noirs/de la lie de rivières/des plaies ouvertes au milieu des champs/qui suintent les légumes maigres/le travail et la misère /il y a des millions de morts silencieuses/dans les bois/et chacune me rappelle la tienne» (p. 59).

Dans Maison morte, la jeune femme revisite la maison de sa grand-mère. «Cette maison est un cœur mort/dont le sang est encore chaud» (p. 88). Elle décrit aussi ses visites à mémé qui demeure désormais dans une résidence pour personnes semi-autonomes. Bien qu’il s’agisse de la dernière partie de l’œuvre, il semble tout de même s’y trouver le point de départ du recueil alors que l’aînée oublie de plus en plus de souvenirs. À travers la culpabilité du sujet, celle de ne pas en faire assez pour sa grand-mère, il y a une tristesse liée à la disparition mnésique de son héritage. En ce sens, la filiation dans Outardes dépend davantage de la traversée des territoires de l’Abitibi, siège de l’âme familiale, que d’une transmission orale.

Catherine Côté, Outardes, du Passage, Montréal, 2017, 104 p.

Article par Marie-Pier Lafontaine.

Artichaut magazine

— LE MAGAZINE DES ÉTUDIANT·E·S EN ART DE L'UQAM