Un spectacle de danse ne m’a jamais affectée au point de m’empêcher de bien dormir. Il faut croire qu’il y a un début à tout. Présenté lors l’édition 2013 du Festival Fringe de Montréal, Le mur du son, dirigé par Olivier Arteau-Gauthier, aborde des sujets assez matures compte tenu de la jeune carrière du chorégraphe. Mélangeant danse et théâtre, la production exploite les thèmes du rêve et de la mort, ainsi que les liens mystérieux qui les unissent. Elle présente avec tact et brio le malaise que certains éprouvent face à la mort.
L’œuvre débute en mettant à l’avant des personnages vêtus de blanc, tous alignés, les yeux fermés. Ceux-ci, pour la majorité, s’exprimeront davantage par la danse que par le jeu. Seule une jeune femme vêtue de rouge leur fait dos. Narratrice de la pièce, ce personnage a la particularité d’être multiple. En effet, divers interprètes s’échangeront la tenue écarlate, endossant tour à tour le rôle narratif. La narratrice fera plusieurs apparitions au cours de la représentation, la ponctuant par l’expression des textes poignants signés par Arteau-Gauthier. Les comédiens ont en général su bien doser leur jeu. Il faut souligner qu’une thématique aussi grave aurait facilement pu tomber dans l’exagération d’un mal de vivre généralisé. Au contraire, c’est avec discernement qu’ils ont su aborder la chose.
Séquencée en tableaux et rythmée en crescendo, la pièce est ainsi bâtie qu’elle n’offre peu ou pas de longueurs. L’ensemble paraît lié par un message commun, une même énergie. Et malgré cela, chacun des tableaux se présente distinctement, certains mettant davantage l’accent sur le théâtre, tandis que d’autres s’organisent formellement autour de la danse. La prépondérance de la voix narrative permet une présentation explicite du thème. Cette incarnation verbale s’amalgame judicieusement à la part chorégraphique, laquelle, par définition, laisse généralement place à de multiples interprétations. Progressivement, les mots laissent place au corps, jusqu’à l’avant-dernier tableau qui est complètement muet. Dans celui-ci, les danseuses incarnent la mort, qui tente lentement d’attraper sa prochaine victime. Le tableau, qui tient en une phrase au sol particulièrement ardue, fut interprété avec fougue et vivacité.
Par ailleurs, l’ambiance sonore et l’éclairage, fréquemment tamisé, ont su installer une atmosphère glauque, créant dans la salle un malaise général mêlé à une envie viscérale de connaître la suite, de comprendre si cette pièce n’est finalement que le contenu du rêve exprimé par la narratrice ou une brutale démonstration de la fatalité de la vie humaine. La finale laisse quant à elle une sensation rafraîchissante par rapport à l’ensemble : véritable moment de folie, les interprètes, armées de pastèque, en aspergent les quatre coins de la scène. Cela a pour effet de provoquer une finale fracassante qui ramène brutalement le thème, sans plus d’explication.
Les interprètes du théâtre Kata ont su démontrer que jeunesse n’équivaut pas à amateurisme, car ils ont su garder l’assistance en haleine avec un professionnalisme tangible.
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Le mur du son, une production du théâtre Théâtre Kata, était présenté à La Chapelle les 15, 16, 19, 21, 22 et 23 juin dernier, dans le cadre de l’édition 2013 du Festival St-Ambroise FRINGE de Montréal.
Article par Élisabeth-Anne Dorléans. Elle est danseuse interprète et étudiante au Baccalauréat en danse à l’UQAM.