Tangente a entamé le 12 décembre dernier une série de spectacles dans le cadre du projet Danses buissonnières_classe 2013. Six courtes créations ont retenu l’attention d’un jury indépendant à la direction artistique de la compagnie, permettant à la relève en danse contemporaine de signer une soirée d’expérimentation et d’éclectisme.
Il est usuel de chercher une certaine ligne directrice au sein d’un spectacle proposant plusieurs compositions, de dégager des points communs. Le point d’ancrage entre les créations de Danses buisonnières_classe 2013 est sans doute l’éclectisme. Le fait est qu’il n’y a pas, ou presque, de caractéristiques communes autres que celle-ci.
La soirée a débuté avec une courte chorégraphie de Vanessa Bousquet interprétée conjointement avec Marie-Michèle Poissant. Échantillon réunissait sur scène les deux interprètes accompagnées d’un musicien, Felix Petit, sous le thème de la pulsation. La courte création se dessinait autour de l’idée d’une première improvisation autour de ce thème très – peut-être trop – général. Tout au long des douze minutes de la chorégraphie, les interprètes ont offert une gestuelle similaire. Pour ce numéro, le texte du programme, traitant de la pulsation et d’un retour aux sources, ne semblait toutefois pas concorder avec ce qui était présenté au public.
Dans la deuxième création, 4 morts de Julia Barrette-Laperrière, l’avancée de l’interprète Sébastien Provencher vers les spectateurs n’était pas sans rappeler le spectacle Miniatures de José Navas présenté à l’Agora de la danse en février et mars 2013. En effet, la voix d’une chanteuse, la synchronisation labiale et l’éclairage unique sur le danseur sont des éléments similaires à la chorégraphie de Navas datant de 2008. Il n’est donc pas surprenant d’apprendre que les chorégraphes ont bénéficié d’une résidence offerte par Tangente en partenariat avec José Navas et sa compagnie Flak.

La troisième composition présentée, Tout nu tout cru: 5 à 7 nudiste. Deux danseurs qui voulaient faire du nu, était dans la lignée habituellement loufoque des créations de Claudia Chan Tak. En compagnie de Louis Elyan Martin, les deux danseurs ont su présenter le nu d’une nouvelle manière: libre, désacralisé, sans pudeur et sans sérieux. Il était intéressant d’avoir, à titre de bande sonore, les échanges des interprètes sur leurs visions du nu. Attendant le chorégraphe qui «réinterprètera le nu », pour reprendre leurs propres mots, ils ont su le revisiter eux-mêmes avec sarcasme et plaisir. Et si la raison motivant le recours au nu était, simplement, de n’en avoir aucune?
Dans les deux premières créations qui précédaient Se bercer dans la vase d’Ariane Dubé-Lavigne, il était question de gestuelle contemporaine, presque traditionnelle. Nous avons aussi eu droit à une mise en scène humoristique et minimaliste dans le nombre de mouvements effectués. La quatrième création, interprétée par la chorégraphe elle-même, a apporté une vague de fraicheur à la soirée avec une gestuelle peu vue ailleurs, semblant illustrer un vieillard très courbé et refermé sur lui-même. Un élément de difficulté s’ajoutait à cette performance considérant le nombre de petites balles blanches recouvrant le sol. Tout au long de la chorégraphie, Dubé-Lavigne n’en a pas frôlé une: l’exploit est de taille, vu la quantité et le genre de mouvements que la danseuse exécutait au sol. Une musique soul et une voix rocailleuse accompagnaient ses mouvements sans prétention. La prestation qui en a découlé était à la fois mystérieuse et aventureuse.
Enough de Claire Lyke et Shaun Weadick a fait relever de surprise quelques sourcils. Pour ce numéro, qui ne comportait presque pas de gestuelle, quelques pas de course tout au plus, les artistes ont joué de la musique face à face sous les rires à peine camouflés de l’assistance. Encore une fois, le programme ne s’est pas avéré très utile pour le public, car la description rapide de la performance comportait des explications vides de sens.

C’est par un début lent et comique, avec Sébastien Provencher à vélo interagissant avec le public, que s’ouvrait Simon Says d’Alex-Ann Boucher. Cette création était divisée en deux rythmes très différents. Tout d’abord, nous avons assisté à un numéro de clown renouvelé, dans lequel un adolescent au style hip-hop américanisé et bon marché raconte les histoires de drogue de ses amis. Le jeu, simple mais bien exécuté, prêtait à rire. Avec l’entrée sur scène de la première interprète féminine, le rythme a changé pour nous donner l’impression de se trouver dans une rave. Trois danseuses (Marie-Philippe Santerre, Christina Paquette, Marie-Reine Kabasha) ont adopté des gestuelles saccadées et individualistes. La répétition des mouvements, les éclairages psychédéliques et le déplacement de Sébastien Provencher, roulant en bicyclette et entourant les trois femmes, formaient un tableau des plus singuliers et captivants. Puis, les lumières se sont éteintes d’un coup. La musique s’est poursuivie un moment. Le tableau s’est achevé dans le noir sur la voix à peine audible de Provencher appelant sa mère pour qu’elle puisse venir le chercher.
Danses buissonnières_classe 2013 est un des nombreux projets montréalais valorisant la relève en danse, et ce, en la présentant sous plusieurs angles, quelques-uns réussis, d’autres moins.
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Danses buissonnières_classe 2013, spectacle présenté les 12, 13, 14 et 15 décembre derniers par Tangente Laboratoire de mouvements contemporains au Studio Hydro-Québec du Monument National.
Article par Anne-Marie Santerre.