Tous l’immigrant de quelqu’un. TU É MOI de Marco Collin

L’immigration a fait surgir, depuis plusieurs années, un débat très houleux dans la société québécoise. Doit-on être ouvert à l’intégration…
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L’immigration a fait surgir, depuis plusieurs années, un débat très houleux dans la société québécoise. Doit-on être ouvert à l’intégration de ces étrangers? Doit-on la limiter? L’immigration peut-elle menacer l’identité du peuple québécois? Chacun prend position sur ce sujet, mais omet parfois de penser à l’histoire de ce même peuple. Car c’est celui-ci, il n’y a pas si longtemps, qui a assimilé les Amérindiens qui vivaient sur ces terres. Ce petit préambule interrogatif donne un avant-goût des thématiques dont traite la pièce TU É MOI. Une vision amérindienne et une vision québécoise réunies dans une seule oeuvre lourde de sens. Portant un regard critique sur l’assimilation, cette pièce de Marco Collin pousse plus loin la réflexion sur le rapport de domination qu’opèrent certains groupes ethniques sur d’autres au Québec. Ce spectacle traite de la société amérindienne, en n’oubliant pas la relation des immigrants vis-à-vis du peuple québécois. Un tableau multiculturel peu harmonieux se dresse alors devant nous.

TU É MOI de Marc Collin (Crédit photo Martine Doyon)
TU É MOI de Marco Collin (Crédit photo Martine Doyon)

Présenté en lecture publique au mois de mai dernier, TU É MOI a été adaptée et puis mise en scène par Yves Sioui Durand. Présentée aux Ateliers Jean-Brillant jusqu’au 30 novembre, la pièce de Marc Collin traite d’un sujet à la fois sensible et actuel. On ouvre sur un homme d’affaires (Charles Bender) qui semble avoir tout réussi dans la vie et qui pourtant se retrouve attaché à un calorifère dans une pièce lugubre. Son kidnappeur le force alors à faire face à ses plus anciens et douloureux souvenirs. Un tableau parallèle se charge de raconter simultanément l’histoire de son enfance. La dichotomie ainsi opérée a toutefois pour effet de faire perdre le fil au spectateur à de nombreuses reprises et ce, malgré la simplicité de l’histoire.

De plus, la délicatesse de ce sujet ne manque pas de créer occasionnellement un malaise dans l’auditoire. Notamment, lors d’un passage où un itinérant (Jean Régnier) déploie une critique de plusieurs ethnies. Malgré la vocation humoristique que Marco Collin semble avoir voulu donner à sa pièce, on observe parfois l’effet inverse. Une critique sévère des arrivants rend particulièrement tout le monde mal à l’aise.

TU É MOI de Marc Collin (Crédit photo Martine Doyon)
TU É MOI de Marc Collin (Crédit photo Martine Doyon)

Pour ce qui est de la mise en scène de Yves Sioui Durand, disons que celle-ci stimule l’imagination. Le décor épuré, créé par l’atelier Jean-Brillant, remplit son office. Un endroit assez gore, rappelant l’ambiance de la série de films Décadence, vient amplifier l’effet macabre. Les quelques chorégraphies de rituels amérindiens constituent la force de cette pièce. On présente également quelquefois des projections sur les murs. Malgré l’idée très ingénieuse, l’emplacement de l’auditoire n’a pas permis de maximiser l’effet. Plusieurs personnes n’avaient pas la chance de voir ces projections qui étaient, somme toutes, assez importantes.

Malgré tout, la performance des artistes aide à créer une pièce s’approchant beaucoup de la réalité. Par contre, la scène principale se déroulant entre le personnage de Charles Bender et celui de Marco Collin perd son rythme à plusieurs reprises. En effet, la puissance du jeu de Charles Bender rend celui de Marco Collin moins intéressant. L’écart du niveau de jeu entre les deux acteurs paraît trop important.

TU É MOI de Marc Collin (Crédit photo Martine Doyon)
TU É MOI de Marc Collin (Crédit photo Martine Doyon)

Le sujet de la pièce, quant à lui, amène à réfléchir : une société qui se dit ouverte, juste et équitable, peut-elle critiquer l’immigration au Québec, alors qu’elle-même a demandé l’asile assez brutalement il y a un peu plus de 400 ans? Le débat est ouvert.

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TU É MOI, présenté aux Ateliers Jean-Brillant, du 13 novembre au 30 novembre 2013. M.E.S. Yves Sioui Durand.

Article par Jennifer Pelletier. Étudiante en communication et politique. Amatrice de théâtre.

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