Un couple dans la trentaine joue avec l’idée d’avoir un enfant. Sur scène, leurs insécurités, leurs multiples questions, leurs peurs irrationnelles et leur conscience environnementale se dévoilent. Des Arbres est une pièce au diapason de notre réalité qui offre un nouveau regard, touchant et lucide, sur le quotidien un peu banal d’un couple emblématique de toute la génération Y. Un miroir qui renvoie certainement une image familière à plusieurs spectateurs.

Mettant en scène Sophie Cadieux et Maxime Denommée, Des Arbres a été présentée du 7 mars au 3 mai 2016 à la petite Licorne. Exploitant un texte fort et un jeu d’acteur captivant, il n’est pas étonnant que la production ait plu au public jusqu’à susciter non pas une, mais deux séries de supplémentaires.
Lui est musicien, elle étudiante au doctorat en littérature. En faisant la file pour payer leurs achats au IKEA, le jeune homme propose à sa copine de fonder une famille, idée qui déclenche une véritable crise existentielle pour ce couple de « bonnes personnes » éduquées, bien établies et consciencieuses. C’est par une succession de dialogues simples mais vrais, de petits moments croqués sur le vif et de remises en question que les spectateurs entrent dans l’intimité de ce couple. Des Arbres, c’est une fenêtre qui s’ouvre pendant 1 h 25 sur une vie imaginaire qui fait pourtant écho à la nôtre. Bien que la question de la procréation serve d’élément déclencheur, ce sont toutes les petites, et moins petites, décisions de la vie qui sont au centre de la production.
Sur une scène totalement dénudée, sans décors – et j’oserais même dire sans costumes – sans autres accessoires qu’une bouteille d’eau et un élastique à cheveux, Cadieux et Denommée livrent une grande performance. Malgré l’aspect minimaliste de la mise en scène de Benoît Vermulen, qui ne repose que sur quelques effets sonores et deux projecteurs lumineux, le spectateur n’a aucune difficulté à suivre le déroulement de la pièce, ce qui aurait pu être ardu vu les nombreuses ellipses temporelles. Sans artifices, Des Arbres confronte les spectateurs à la pure émotion des personnages et donne raison à cette célèbre phrase de Sénèque : « Le langage de la vérité est simple. »

Cependant, il semble que la véritable force de la pièce vienne du texte du jeune dramaturge britannique Duncan Macmillan lui-même. Présenté pour la première fois en 2011 en sa version originale, Des Arbres (Lungs) reçoit la récompense de la meilleure création aux Off West End Awards et aux CBS Oustanding Drama Awards. C’est avec brio que le dramaturge fait s’entremêler des enjeux sociétaux et les angoisses personnelles d’un couple de la classe moyenne. Il faut également souligner l’excellent travail d’adaptation du traducteur qui a su nous faire oublier que ce texte n’avait pas d’emblée été écrit pour un public montréalais. Le texte coule de façon fluide, la langue est naturelle, sans être caricaturée.
Bref, Des Arbres avait tout pour plaire. Toutefois, durant la représentation, une question me restait en tête. Est-ce que le propos de la pièce s’adresse à tout le monde? Évidemment que moi, étudiante au doctorat en littérature qui approche dangereusement la trentaine, je me suis sentie interpellée. Mais est-ce que les étudiants de Cégeps assis à côté de moi seront aussi captivés? Est-ce que les baby-boomers se sentiront concernés? À en croire les rires et les applaudissements du public, Des Arbres, par la sincérité qui émane du texte et du jeu des acteurs, fait partie de ces rares productions qui suscite une émotion brute, comprise et appréciée de tous.
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La pièce Des arbres a lieu du 7 mars au 3 mai 2016 au Théâtre La Licorne.
Article par Maude Lafleur.