Films d’auteurs à l’honneur. Les Jutra 2016

Les nominations en vue de la 18e  soirée des Prix Jutra ont été dévoilées lundi. La cérémonie récompensant annuellement l’excellence…
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Les nominations en vue de la 18e  soirée des Prix Jutra ont été dévoilées lundi. La cérémonie récompensant annuellement l’excellence cinématographique québécoise saluera principalement les films d’auteurs, en cette année 2016.

Une scène du film Corbo, de Mathieu Denis. Culture de l'image et société télévisuelle : une soirée électorale chez les Corbo.
Une scène du film Corbo, de Mathieu Denis.
Culture de l’image et société télévisuelle : une soirée électorale chez les Corbo.

Dans la catégorie du Meilleur Film, la lutte se jouera entre Corbo, Les Démons, Les Êtres chers, Félix et Meira et La Passion d’Augustine. Bien que ce dernier ne puisse pas être considéré comme un « film d’auteur », c’est le cas des quatre autres, et ce sont ces œuvres à vocation moins populaires qui devancent les productions grands publics, toutes nominations confondues.

Les longs-métrages tels que Le Mirage, de Ricardo Trogi, Guibord s’en va-t-en guerre, de Philippe Falardeau, ou bien même de Paul à Québec, réalisé par François Bouvier, n’ont obtenu que très peu de nominations. Ces films, qui ont pourtant très bien réussi au box-office, seront presque invisibles à la soirée des Jutra face aux multiples nominations récoltées par Corbo (en lice pour 10 prix), Elephant Song (8) ou Les Êtres chers (7), entre autres. Mise à part La Passion d’Augustine (10 nominations), qui s’est très bien débrouillé aux guichets, les nominations font briller des réalisations qui ne sont pas parvenues à rester à l’affiche très longtemps et qui n’ont pas énormément fait parler d’elles. Popularité n’équivaut pas nécessairement à qualité. La sélection de cette année en fait la preuve, mais les choix des jurés pourraient cependant déplaire à certains. Les téléspectateurs préfèreront peut-être changer de chaîne plutôt que de regarder, le 20 mars prochain, une soirée de remise de prix qui considère à peine la plupart des films grands publics réalisés dans la dernière année.

Les 28 membres du jury ont décidé sans se concerter des nominés de cette 18e édition, parmi une centaine d’aspirants. En tête de peloton, des films plus artistiques, moins grand public et plus singuliers, alors que le cinéma populaire est relégué loin derrière.

Lysandre Ménard dans La passion d'Augustine, de Léa Pool (2015)
Lysandre Ménard dans La passion d’Augustine, de Léa Pool (2015)

En lice pour le Meilleur film de l’année, voici donc une présentation des cinq long-métrages qui émergent du lot :

1. Corbo, Mathieu Denis

Ce premier long-métrage solo de Mathieu Denis (Laurentie, 2011), prend place au printemps 1966, à Montréal. « Corbo », c’est pour le jeune Jean Corbo (Anthony Therrien), 16 ans, idéaliste italo-québecois qui se voit entraîné sur un chemin dangereux lorsqu’il rejoint les rangs du Front de Libération du Québec, après s’être lié d’amitié avec deux de ses militants. Passionné par les idéaux du mouvement, il s’implique de plus en plus dans les actions du groupe, déterminé à déclencher par la violence une révolution socialiste au Québec. Jean subira le déchirement entre ses racines, les aspirations de ses parents et ses convictions, influencées par les rhétoriques radicales du FLQ.

Mathieu Denis a réalisé un drame historique inspiré de faits réels, dépeignant la tragédie et la souffrance, mais aussi la hargne et la force de conviction qui imprègne l’histoire de Jean Corbo et du FLQ dans les années 60. La forme du film, le drame historique, sert cependant mal le propos militant du réalisateur.

2. Les Démons, Philippe Lesage

Dans une banlieue tranquille de Montréal, on retrouve le petit Félix, 10 ans, et les démons qui le hantent. Un jour, un drame atteint un de ses amis d’école. Alors qu’il prend conscience du monde qui l’entoure, l’imaginaire de l’enfant, parfois très effrayant et sombre, nous est dévoilé.

Dans ce drame fantastique, le documentariste Philippe Lesage (Ce cœur qui bat, 2010) explore le sujet peu abordé des peurs infantiles. Les enfants campent les rôles principaux du long-métrage. Lesage s’est inspiré de ses propres souvenirs d’enfance pour transposer à l’écran l’anxiété enfouie chez un enfant, subitement confronté à l’atrocité du monde des « grands ».

3. Les Êtres chers, Anne Émond

Émond signe son second long-métrage, après Nuit #1 et nous présente cette fois un drame familial, relatant l’histoire de David (Maxime Gaudette) et de son entourage, sur une période de 25 ans. Il est question de l’impact de la mort du père de David, dont on lui avait caché la réelle cause, sur David, mais aussi sur sa fille, Laurence (Karelle Trembay). La relation entre cette dernière et son père est d’ailleurs un des points centraux de la trame narrative, qui suit l’évolution de ces personnages déchirés mais intensément attachés les uns aux autres. Le père de famille est rongé par un mal de vivre et doit y faire face au nom de l’amour qu’il porte à sa famille.

Bien que le suicide soit un sujet lourd et inquiétant, il n’en est rien dans le film, qui explore plutôt les liens tissés lors d’une situation difficile à affronter. Malgré que le film soit parfois triste et nostalgique, il est tout autant drôle, heureux et généreux.

4. La Passion d’Augustine, Léa Pool

Nous sommes en pleine Révolution tranquille, dans les années ’60, et la laïcisation du système scolaire au Québec provoque la fermeture des couvents, dont celui de Mère Augustine (Céline Bonier), une école de musique qui forme les jeunes filles au piano pour le concours provincial annuel. La nièce d’Augustine, Alice (Lysandre Ménard), rebelle mais prodige, lui est un jour confiée par sa soeur. En parallèle, le spectateur suit la rébellion des Sœurs contre le gouvernement qui tente à tout prix de faire fermer l’établissement.

Pool (Maman est chez le coiffeur, 2008) aborde le thème de l’impact des communautés religieuses sur le Québec des années 1960 dans un long-métrage drôle et émouvant, baigné par la musique.

Hadas Yaron, dans le film Félix et Meira, de Giroux [2014]
Hadas Yaron, dans le film Félix et Meira, de Giroux [2014]
5. Félix et Meira, Maxime Giroux

Troisième long-métrage de Giroux (Jo pour Jonathan, 2008), Félix et Meira raconte l’histoire d’amour improbable entre une jeune mère de famille juive hassidique et un québécois francophone. Bien que leurs profondes différences les séparent, Meira (Hadas Yaron), ne peut s’empêcher de se détacher de son mode de vie traditionnel. Sa rencontre avec Félix (Martin Dubreuil), l’entraîne encore plus loin dans cette envie de fuite.

Par ce drame romantique, le réalisateur nous plonge dans le récit d’une confrontation entre deux univers qui se rencontrent et s’apprivoisent, malgré l’écart culturel qui en apparence les sépare.

Pour consulter la liste complète des nominés aux Prix Jutra 2016 : http://www.lesjutra.ca/finalistes

Article par Marissa Groguhe.

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