MARDI STAYIN’ ALIVE – Dimanche Napalm au CTD’A

Après les manifestations du printemps 2012, le fils quitte la grande Montréal pour revenir chez ses parents. Dans une probable tentative de suicide volontairement sabotée, il saute en bas de la fenêtre de la chambre qui l’a vu grandir. La pièce débute sur le fils, jambes dans le plâtre, regard sombre, muet, cloué dans un fauteuil roulant. Par contestation, peut-être, par dédain, ou pour marquer un découragement fort certain, le fils (Alex Bergeron), décide de garder sa bouche close, jusqu’à nouvel ordre. Il restera muet devant cette famille qui regrette l’adolescent qu’il était et peine à saisir l’adulte qu’il est devenu.
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« On joue tu à ta vie c’est de la marde ? »

Après les manifestations du printemps 2012, le fils quitte la grande Montréal pour revenir chez ses parents. Dans une probable tentative de suicide volontairement sabotée, il saute en bas de la fenêtre de la chambre qui l’a vu grandir. La pièce débute sur le fils, jambes dans le plâtre, regard sombre, muet, cloué dans un fauteuil roulant. Par contestation, peut-être, par dédain, ou pour marquer un découragement fort certain, le fils (Alex Bergeron), décide de garder sa bouche close, jusqu’à nouvel ordre. Il restera muet devant cette famille qui regrette l’adolescent qu’il était et peine à saisir l’adulte qu’il est devenu.

Crédit photographique: Valérie Remise
Crédit photographique: Valérie Remise

Suivant les jours de la semaine qui passent, Dimanche Napalm se découpe en tableaux bien distincts, où tous les membres de la famille viennent se confier au silence du jeune homme. Il devient lentement confident involontaire de ses parents (Alain Chassé et Sylvie Léonard), de sa jeune sœur (Geneviève Schmidt) et de son ex-copine (Cynthia Wu-Maheux). Immobile dans son fauteuil le fils, le frère, l’amant, reste impassible devant les aveux, forçant les autres personnages à être confrontés à eux-mêmes. Ce silence que nous sert le personnage central est parfois chargé d’une violence certaine, de cette rage due à l’impuissance à laquelle le fils se trouve confronté.

La scénographie dépouillée sert tout particulièrement le texte et la mise en scène, mettant habilement en valeur les personnages et leurs couleurs distinctives. À l’arrière-scène, sur un écran, sont projetés des titres qualifiant chaque jour qui passe. Dimanche Poutine, Mercredi Piscine, Mardi Marde, Jeudi Confession… On se surprend rapidement à attendre le prochain titre, qu’on espère tout aussi intelligemment choisi.

Crédit photographique: Valérie Remise
Crédit photographique: Valérie Remise

 « Nos vies, c’est de l’équitable marde. »

Sébastien David, qui signe le texte et la mise en scène, réussit avec finesse à dresser le portrait d’une situation familiale où tous peuvent se retrouver, ne serait-ce qu’au travers d’un seul personnage. Il nous sert des répliques aussi fines que tranchantes – tout particulièrement les paroles qui nous sont servies par la sœur, délicieux et grinçant personnage de seize ans, en plein cœur d’une crise d’adolescence qui s’exprime par un manque d’attention flagrant – qui savent nous faire pleurer, autant que rire. Son texte est percutant, il réussit à nous clouer à nos sièges à plus d’une reprise. Le public unit son souffle à celui du fils silencieux, devant les mots de cette famille blessée. La direction d’acteur est tout particulièrement efficace, chaque petit mouvement est prévu, calculé et bien choisi. Considérant que le personnage principal est présent sur scène durant l’entièreté de la pièce et qu’il ne prend pas la parole une seule fois, la marge d’erreur était mince, les conversations à sens unique auxquelles se livrent les autres membres de la famille auraient pu devenir rapidement grotesques.

Le personnage de la sœur, interprété avec finesse par Geneviève Schmidt, représente un peu cet adolescent irrévérencieux qui se cache en chacun de nous. Colorée, vulnérable, étrange et parfois méchante, elle est une soupape comique habile, indispensable.

Incapable de se déplacer seul, le fils semble partager un lien privilégié avec sa grand-mère interprétée par une Louison Danis qui nous jette à terre à chaque phrase. Elle aussi, clouée dans un fauteuil, attend que la mort vienne la faucher dans un centre d’accueil pour personnes âgées en perte d’autonomie. Elle, qui flirt définitivement avec la sénilité, nous sert pourtant le monologue le plus touchant et lucide de la pièce entière, alors qu’elle raconte sa vie et son dégout de l’endroit où on la laisse dorénavant moisir. C’est le ventre tordu et les larmes aux yeux – si ce n’est le visage inondé de larmes- que le public est témoin de cette toute fragile grand-maman qui supplie les employés du centre, ces inconnus, d’arrêter de la toucher et de passer les mains sur son corps. Un difficile moment de vertige.

Crédit photographique: Valérie Remise
Crédit photographique: Valérie Remise

On nous sert le portrait d’une famille – qui pourrait très bien être la mienne, la vôtre, la nôtre – qui tente désespérément de garder leurs têtes hors d’une eau qui les noierait, qui les séparerait, et ce, pour de bon. Une famille québécoise tout ce qu’il y a de plus normal, et de plus singulier à la fois. Leur quotidien nous est douloureux parce qu’il ne nous est pas inconnu. Cette réalisation tragique que c’est lorsque l’on n’est pas confronté à la réponse de l’autre que l’on se livre vraiment, sans avoir peur du jugement ou des reproches. Dimanche Napalm est une pièce forte qui peint un portrait puissant de notre société québécoise actuelle : orgueilleuse, mais fragile.

Dimanche Napalm était présenté du 8 au 26 novembre 2016 au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui.

Article par Laurie Léveillé.

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