Un cycle d’éternel recommencement – Uroborus de La Pocha Nostra au MAI

«La quête identitaire est souvent nourrie par un besoin de trouver un lieu auquel nous appartenons. En 2017, la notion de lieu sera capitale au Canada. Les récits ayant particulièrement trait à l’appartenance et à la cohésion sociale revêtiront une importance cruciale. « Prendre place » est une série portant sur les arts performatifs qui réunit sous un même toit huit artistes exceptionnels issus des quatre coins du monde au moment précis où la notion de lieu devient singulièrement pertinente. Lieu de résidence, géographie, attachement territorial. Communauté. La série « Prendre place » a en outre été conçue pour faire référence aux droits civils et aux mouvements de libération qui ont trait à l’inclusion. Il s’agit de prendre sa place au moment où la notion d’équité est toute aussi déterminante. Intersection, identité sociale et frontières indéfinies.»
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Sur la page de l’événement, on peut lire : «La quête identitaire est souvent nourrie par un besoin de trouver un lieu auquel nous appartenons. En 2017, la notion de lieu sera capitale au Canada. Les récits ayant particulièrement trait à l’appartenance et à la cohésion sociale revêtiront une importance cruciale. « Prendre place » est une série portant sur les arts performatifs qui réunit sous un même toit huit artistes exceptionnels issus des quatre coins du monde au moment précis où la notion de lieu devient singulièrement pertinente. Lieu de résidence, géographie, attachement territorial. Communauté. La série « Prendre place » a en outre été conçue pour faire référence aux droits civils et aux mouvements de libération qui ont trait à l’inclusion. Il s’agit de prendre sa place au moment où la notion d’équité est toute aussi déterminante. Intersection, identité sociale et frontières indéfinies.»

Cabaret Babylon Aztlan. Crédit photographique:  Don Costello
Cabaret Babylon Aztlan. Crédit photographique: Don Costello

En effet, la question de l’inclusion sur les scènes théâtrales crée un débat complexe. Quelle est la différence entre le multiculturalisme et l’interculturalisme? Le multiculturalisme évoque une pluralité de cultures. Cela étant dit, ce mot place les différentes cultures comme adjacentes les unes aux autres, elles vivent côte à côte, mais ne se mélangent pas. L’interculturalisme, lui, évoque plutôt le dialogue entre les différentes sociétés ethnoculturelles. Ce terme prend ses racines dans une société anglo-saxonne/occidentale. Le désir de donner la parole aux communautés ostracisées à cause de leur identité culturelle se fait sentir. On souhaite, aussi, colorer nos scènes et nos salles dans une perspective d’inclusion.

La troupe-culte La Pocha Nostra, originaire de San Fransico, concluait la série de performances avec son nouveau spectacle : Uroborus. Le mot Uroborus (ou Ouroboros) ramène à l’image du serpent ou d’un dragon qui se mord la queue. Symboliquement, le terme désigne un cycle d’évolution fermé sur lui-même et d’éternels recommencements. C’est l’impossibilité de transcender son cycle pour s’élever à un niveau supérieur.

De ce fait, en entrant dans la salle du MAI, on assiste à une projection, sur le mur, de vieux films américains où l’« étranger » est représenté d’une manière grotesque. Près de la porte, un miroir et des supports à costumes indiquent que les changements se feront à la vue de tous. Deux plateaux sont installés de manière à ce que les spectateurs puissent circuler entre. La disposition a des allures muséales. Sur le premier plateau, on assiste à une femme voilée qui se fait laver les pieds par une femme habillée en religieuse. La sœur trempe un drapeau des États-Unis dans un bol d’eau rouge (rappelant le sang) et frotte les pieds de la femme voilée. Sur l’autre plateau, un homme nu est immobile dans une carcasse de porc ouvert au niveau de l’abdomen. Nous observons les corps mouvants au son d’une reprise d’Hotel California des Eagles. La performance est explicite et ne passe pas par quatre chemins pour installer les images dans la tête du spectateur. À l’avant des deux plateaux, il y a un podium avec micro, c’est Guillermo Gómez-Peña qui prend la parole.

Uroborus par La Pocha Nostra. Crédit photographique: MAI
Uroborus par La Pocha Nostra. Crédit photographique: MAI

Depuis près de 30 ans, Guillermo Gómez-Peña est directeur de la troupe La Pocha Nostra. L’objectif de la troupe s’articule dans le désir d’effacer les frontières entre l’art et la politique, la pratique et la théorie et l’artiste et le spectateur. La collaboration doit se faire sans frontière de races, de nations et de générations. Le tout se fait de manière radicale. En créant une communauté éphémère d’artistes rebelles, la Pocha cherche à mélanger l’activisme, la participation de l’audience et les différentes esthétiques. Cette communauté d’artistes rebelles se crée dans la ville que la troupe visite. Pour Montréal, La Pocha Nostra s’était installée dans le studio de répétitions du MAI pour cinq jours d’ateliers intensifs avec Guillermo Gómez-Peña, Balitronica Gomez et Saul Garcia Lopez. Pour poser sa candidature, il suffisait d’être un artiste avec un bagage de réalisations. Il y avait donc quelques participants de cet atelier dans la performance.

Gómez-Peña donne un discours de bienvenue constitué d’un mélange de langue française, anglaise et espagnole. Vêtu d’un chandail sur lequel il est inscrit Policia, il est le chaman, le maître de la cérémonie. Nous sommes dans une performance où les frontières sont flexibles et poreuses. Les spectateurs seront invités à prendre place là où la dame voilée était assise pour se faire laver les pieds par la religieuse qui représente l’occident. Le corps inanimé, dans la carcasse de porc, s’animera et finira par danser nu avec un autre homme. Tout au long de la soirée, au changement de musique, on change d’action et de courte scène. Parfois, Gómez-Peña vient chuchoter aux performeurs ou bien leur crier des incantations incompréhensibles pour le spectateur, mais qui provoquent l’évolution de la performance. La religieuse finira par se changer en infirmière armée d’une kalachnikov. Ici, le moment le plus frappant arrive. Certains spectateurs prennent la mitraillette pour la mettre dans la bouche du chaman en le fixant dans les yeux… De plus, un nouveau performeur fera irruption dans le public. La peau peinte, il a des cornes de cerf dans les mains et effectue une danse corporelle sentie au rythme de la musique. Il frôle les spectateurs.

Cette proposition me semble problématique, mais la surcharge d’actions qui se déroulent autour de nous n’est pas en cause. C’est que chacune d’entre elles est manifestement claire (voire clichée), mais il manquait la touche ironique ou même satirique qui aurait ajouté un discours latent à la performance. Plutôt que de se réapproprier les clichés, on sentait une simple explication des rapports de forces qui émergent dans la société. La violence symbolique d’un humour caustique (élément récurrent dans les performances de la troupe) aurait été davantage radicale qu’un didactisme simple et criard.

En finissant, le directeur de La Pocha Nostra nous remercie, puisqu’il se sent chez lui. On comprend bien qu’au final, la performance n’aura émancipé personne. La jam-session est terminée, nous n’avons rien appris, le didactisme de la pièce était lourd à porter. Les inégalités se perpétuent, la performance ne fait que le confirmer.

La série de performances Prendre Place était présentée au MAI (Montréal, arts interculturels) du 16 au 25 mars 2017.

Article par Steave Ruel. Étudiant en Études Théâtrales, j’aime ce qui est acerbe, irrévérencieux, satirique, ironique, sarcastique et cathartique. Tout ça pis manger.

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