
ARTICHAUT MAGAZINE: Qui êtes-vous?
Maxime Brillon: finissant en interprétation théâtrale à Lionel-Groulx, fils d’informaticien et de croupière, petit-fils d’avocat et de pasteur, Hullois, Irlandais, Ukrainien, chanceux.
AM: Qu’est-ce que vous proposez à Vous êtes ici?
MB: On essaye de faire vieillir Mackenzie King, le premier ministre canadien, de 25 à 75 ans, avec le son, l’image, le jeu, les mots – peu importe – et ce, en dix minutes.
« On » étant :
- Geneviève Labelle et Olivier Beauchemin, camarades finissants;
- Ariane Roy, finissante en production à Lionel-Groulx;
- Catherine Beauchemin, finissante en interprétation à Sainte-Hyacinthe;
- Renaud Jobin-Delaquis , Pierre Dion-Bisson et Anna-Sophie Neher, camarades gatinois de longue date, l’un artiste visuel, l’autre designer graphique, la dernière chanteuse classique, tous finissants (ou presque).
AM: Qu’est-ce que tu/vous dites/faites/vivez avec/dans votre proposition?
MB: De la fascination. Depuis que je suis revenu de son domaine, c’est pas mal ça : Mackenzie King me fascine. Qu’un homme ait décidé de construire de fausses ruines gréco-romaines et anglicanes en plein milieu de nulle part, autour de ce qu’on pourrait appeler son « chalet », dans un parc national québécois, alors qu’il n’a jamais ou très peu parlé français, qu’elles aient été construites, ses ruines, à partir d’autres ruines d’anciens parlements canadiens et britanniques, de banques, de la maison brûlée de sa mère (dit-on) : et ben ça me fascine, ça me sidère.
Ensuite, on dirait que j’ai pas juste envie de comprendre pourquoi il les a construites, mais plutôt le vivre, le feeler, le pratiquer de l’intérieur, plonger à fond dans le romantisme, au lieu de simplement l’intellectualiser comme on a tendance à le faire en Histoire classique ou dans des biographies chronologiques. Retrouver donc ce qu’on ressent quand on est devant une vraie (ou fausse) ruine, ou devant un paysage sculpté par la mer, pis qu’on a l’impression que beaucoup de choses se sont et vont se passer. Faire l’expérience du temps qui s’écoule, qui s’est écoulé, en continu, sans ellipse – qu’on emploie souvent en théâtre, parce qu’on est live pis qu’on n’a pas 12 000 personnes en post-prod sur des ordis pour synthétiser des time-lapse en ultra-accéléré – trouver comment on peut faire sentir aux spectateurs que beaucoup de temps passe, en évitant les codes ou signifiants figés et concrets (l’horloge, le coq qui chante, le gars qui rentre pis qui crie « cinq ans plus tard! », etc. ), et pas juste non plus faire un dix minutes de silence ou d’immobilité, pas juste faire sentir le temps seul de la représentation, mais les autres aussi, les autres temps, jouer avec les différents temps d’une vie, que ça accélère, que ça ralentit, que ça recommence pis que ça bifurque.
Donc, concrètement, faute de ruine ou de monument, on va faire vieillir Mackenzie lui-même.
Fourmiller autour de lui, immobile, joué par un seul acteur au centre.
Nous tous devant nos ordis, dans nos petites stations de ministres/scientifiques/techniciens modernes, lui devant son bureau d’époque.
Essayer de le faire vieillir.
Avec tous les outils à notre disposition.
C’est ce qu’on va faire pendant la résidence,
et c’est probablement ce qu’on va montrer à la fin.
Pis si c’est tout croche, ce sera tout croche.
Pis si c’est tout beau, ce sera tout beau.
AM: Pour vous, la courte forme, c’est contraignant/stimulant/aucun changement?
MB: L’équivalent de 500 mots à double-interligne. Une consigne à respecter.
AM: Comment on se sent en tant que jeune diplômé(e)s en arts à Montréal?
MB: J’allais encore partir sur une longue tirade avec des sentiments contraires pis des virgules, mais « libre », c’est assez bon comme mot pour décrire comment j’me sens. Pis être libre, ben ça fait du bien, mais ça fait aussi peur.
AM: Ce que tu souhaites aux diplômé(e)s qui suivront?
MB: De l’amour, des fleurs, de la curiosité, quelques erreurs, et d’excellents repas.
AM: Une parole sage pour la route?
MB: J’vais la laisser à Mackenzie, qui lui-même la laisse au diable, en citant Faust dans les premières pages de son journal personnel :
« Make good use of your time, for fast
Time flies, and is for ever past;
To make time for yourself begin
By order – method –discipline »
C’qui veut pas mal dire : «fait des horaires pis des plannings, pis après ça, ben carpe diem mon gars».
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Vous êtes ici, une initiative de création par LA SERRE – arts vivants, sera présenté du 29 septembre au 1er octobre à 19h au Théâtre Aux Écuries.