
Vendredi 7 octobre, une centaine de personnes s’est rassemblée pour assister à l’inauguration de la réplique de La croix du mont Royal, œuvre imaginée et conçue il y a 40 ans par Pierre Ayot pour l’événement Corridart. Après un bras de fer avec la ville de Montréal, les commissaires ont finalement pu installer la croix infléchie au pied de la montagne, à quelques mètres des sœurs hospitalières.
À l’angle des avenues Parc et des Pins, nombreux sont ceux qui se disent choqués par l’attitude du maire de Montréal. «Cela nous a surpris que l’on puisse avoir cette réaction en 2016», commentent Michel Piquette, photographe, et Guy Rodrigue, amateur d’art. Yvon Cozic, artiste qui fut proche de Pierre Ayot, partage leur avis : «C’est révoltant de voir cette pression s’exercer par le maire».
Fin septembre, quelques jours avant le début des travaux, Denis Coderre retire la subvention de 10,000$ promise aux commissaires. L’édile suggère alors d’installer l’œuvre de Pierre Ayot dans un lieu plus approprié, par «délicatesse» dit-il, pour les Hospitalières de Saint-Joseph. Finalement, après une rencontre entre les instigateurs du projet, les commissaires Marthe Carrier et Nicolas Mavrikakis, et les religieuses, le maire revient sur sa décision.
Mais vendredi, au pied de la montagne, les commissaires n’ont pas oublié l’épisode malheureux. Pour eux, le débat a pris un tournant «étrange». «Il faudrait qu’une œuvre, dès le départ, arrive à créer une accessibilité sociale», déplore Nicolas Mavrikakis. «Nous en profitons pour réaffirmer une chose importante, l’art public ne doit pas nécessairement obtenir le consensus de tous. L’art public est là pour poser des questions, ce n’est pas un art qui doit simplement réconforter les gens [et les] divertir», déclare-t-il face à ses convives.
«Vous nous avez permis de défendre une grande œuvre de notre histoire que presque personne n’avait pu voir», remercie Nicolas Mavrikakis. L’œuvre originale de Pierre Ayot n’a, en effet, jamais pu être exposée. Conçue en 1976 pour l’exposition culturelle Corridart, elle avait été démantelée, comme 15 autres pièces, quelques heures après son installation sur injonction du maire Jean Drapeau. Celui-ci avait critiqué l’indécence et la dangerosité de certaines installations.
«À l’époque, l’œuvre de Pierre Ayot devait être installée à côté de l’Université McGill», explique Yvon Cozic, ancien participant à l’exposition avortée Corridart. «Dans ces années-là, la ville Montréal était séparée en deux. C’était un geste fort pour un artiste francophone de venir planter un symbole de la religion catholique dans cette partie de la ville», dit-il. Pour lui, l’œuvre de Pierre Ayot est «de plus en plus actuelle. Elle démontre la perte d’influence de la religion au Québec.»
Reproduite à l’aide de photographies de l’époque par la société Infravert, la réplique se veut une copie exacte de l’œuvre originale. Elle devrait être exposée jusqu’en décembre 2016. Le travail de l’artiste Pierre Ayot fait présentement l’objet d’une rétrospective déclinée dans différents lieux, notamment la Bibliothèque et Archives nationales du Québec, la Fondation Guido Molinari ainsi que les galeries Joyce Yahouda, Graff et B-312.
Article par Justine Cohendet.