Cette impression que toutes les journées se ressemblent. La routine s’installe dans la vie des gens, peu importe leur situation; qu’ils soient seuls ou en couple. Elle s’infiltre et prend place, confortablement. Dans la pièce Après moi, on parvient à entrer dans l’univers de cette routine lourde, celle de différents individus, le tout sans tomber dans le cliché. Une pièce qui puise sa force dans l’impact que peut avoir la présence d’un individu sur le destin d’un autre.

Présentée à La Licorne jusqu’au 21 septembre, cette pièce créée par la troupe des Éternels Pigistes, attend jusqu’à la toute fin avant de révéler le fil conducteur reliant ses divers tableaux. Brillamment conçue par le très talentueux Christian Bégin, l’intrigue se place graduellement. Malgré l’impression persistante que la pièce se terminera en queue de poisson, il faut patienter jusqu’à l’ultime dénouement avant que l’intrigue ne prenne tout son sens. Après moi se veut une histoire sur les vies respectives d’un vieux couple, d’un individu et d’un conférencier amateur d’aventures d’un soir. L’action se passe dans un hôtel, lors d’une tempête qui s’abat sur la région de Val d’arbres. On y verra à quel point la présence d’un individu dans la vie de l’autre peut changer le cours de son histoire. La pièce est composée de diverses scènes qui s’avèrent toutes être une répétition de la première, perpétuel recommencement. Trois histoires se déroulent parallèlement jusqu’à ce que les protagonistes finissent par se rencontrer.
Conçue par l’habile Marie Charlebois, la scénographie appuie bien le propos. Par la disposition scénique sélectionnée (les spectateurs sont placés sur deux estrades, face à face), elle évoque le pouvoir de persuasion qu’a l’autre sur nous, celui de nous changer. Le jeu, quant à lui, se déroule entièrement dans le petit espace central qui sépare les deux estrades. Cette mise en scène a cependant pour conséquence de déséquilibrer l’action, forçant le spectateur à se concentrer sur un côté plutôt que sur l’autre et pouvant ainsi le laisser sur sa faim.

Précisons-le ici, la troupe des Éternels Pigistes est constituée d’artistes chevronnés. Christian Bégin, qui signe le texte, en est d’ailleurs un joueur important. Son talent est mis à profit tout au long de la pièce. De plus, les scènes qu’il joue avec Isabelle Vincent sont d’un calibre très élevé, allant parfois même jusqu’à rendre le jeu des autres acteurs moins intéressants dans les autres tableaux. L’inévitable comparaison du spectateur entre l’interprétation des divers comédiens assombrit ainsi la performance de certains que l’on aurait jugée avec plus de clémence dans toute autre circonstance.
C’est dans la simplicité du geste que cette production parvient à créer un sens à toute cette histoire. Celui de faire réaliser l’importance des autres dans notre parcours au sein d’une société. À l’ère de l’individualisme et de l’Homme-huître, du repli sur soi et de la négation de l’autre, ça fait du bien.
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Après moi, de Christian Bégin, du 3 au 21 septembre 2013 à La Licorne. M.E.S. Marie Charlebois.
Article par Jennifer Pelletier. Étudiante en communication et politique. Amatrice de théâtre.