Une vie pour deux [la chair et autres fragments de l’amour]questionne ce qui peut être dit. Quoi dévoiler, quoi inventer. Marie Cardinal a romancé sa vie, sa fille l’a montré. Dans une adaptation théâtrale d’Evelyne de la Chenelière, les mots résonnent jusqu’au bout de la parole.
Simone et Jean se sont déchirés, mais Simone [Marie Cardinal] et Jean [Jean-Pierre Ronfard] se sont aimés. D’un amour tantôt fort, tantôt libre, Simone et Jean traversent le temps. Une escapade en Irlande viendra tout changer. La découverte macabre d’un cadavre change la dynamique du couple. Simone, jalouse, incitera son époux à inventer et réinventer avec elle la vie de Mary la noyée. Ce jeu les brisera et les réunira aussi longtemps que Simone parlera.
Une vie pour deux [la chair et autres fragments de l’amour] (Crédit photo Conseil National des Arts)Violette Chauveau (Simone) est saisissante. Les nuances avec lesquelles elle peint le personnage sont si fines qu’il est quasi impossible de percevoir les transitions. Chauveau cumule les rôles lumineux, légers et décadents. La voir ici dans un rôle fort; presque transformée, est l’expression même de son talent. Et au moment où l’apogée est atteint, son personnage entame un déclin. Ouvrant ainsi la porte à un niveau de jeu qui laisse sans voix.
Une vie pour deux [la chair et autres fragments de l’amour] (Crédit photo Conseil National des Arts)Une fois de plus, c’est Jean-François Casabonne (Jean) qui fait état de toute la douceur de son jeu pour soutenir et propulser le personnage de Simone. Il faut aussi lui accorder une certaine allure de Ronfard, car non seulement l’histoire s’inspire d’une relation complexe et d’un évènement vécu, mais les choix esthétiques amènent une ressemblance au couple réel. Quand la fiction rencontre la réalité.
Une vie pour deux [la chair et autres fragments de l’amour] (Crédit photo Conseil National des Arts)En dépit d’un écran plus que suggestif, projetant tantôt le ciel, tantôt la mer, la scénographie est à la fois simple et efficace. Le décor se décline dans une esthétique moderne, mais plutôt classique; rien de nouveau. La suggestivité trace son chemin à travers la pièce. Passant du balancement des vagues à la chanson patriotique, sans oublier l’effet d’outre-tombe sur la voix d’Evelyne de la Chenelière (Mary), il reste peu de place pour l’imagination collective et personnelle.
À la suite de la création de la pièce en 2012, Alice Ronfard et Luc Bourdon ont co-réalisé le film Une vie pour deux qui sortira au Québec en 2014.
—— Une vie pour deux [la chair et autres fragments de l’amour] d’Evelyne de la Chenelière (d’après le roman de Marie Cardinal) est présenté du 22 octobre au 2 novembre, en reprise, à l’Espace Go. M.E.S. Alice Ronfard.
Article par Marie-Michelle Borduas. Animatrice et chroniqueuse radio, amoureuse de théâtre et consommatrice avertie de musique! Je partage mon temps entre tous les théâtres et les salles de spectacles montréalais. 1001 projets parce que la tête bouillonne. Oh et j’ai aussi ce petit papier qui indique: bachelière en journalisme.
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