En pleine tournée des festivals, Los Hongos a de quoi piquer la curiosité: une bande-annonce éclatée, au cœur d’une Cali colorée. Couronné par le jury des cinéastes du Festival de Locarno, le nouveau film d’Oscar Ruiz Navia était attendu avec impatience lors de sa dernière projection aux Rencontres internationales du documentaire de Montréal, le 19 novembre dernier. Si la foule était au rendez-vous, la magie de Los Hongos n’y était pas.
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p style= »text-align: justify; »>Présenté dans la section Contre-courant du festival, le documentaire de Navia se concentre sur Calvin Buenaventura Tascón et Jovan Alexis Marquinez Angulo “Ras”, deux garçons de milieux et d’origines différents, dont l’amitié prend racine grâce au street art. Préférant faire l’école buissonnière, les deux adolescents déambulent dans Cali, ville de l’ouest de la Colombie, à la recherche d’un mur où apposer leurs tags politiquement engagés. Galvanisés par des vidéos sur le web, ils décident que leur prochaine frasque sera un hommage aux femmes qui prennent part au Printemps arabe.
Navia (Crab Trap) nous présente ici son second docu-fiction, qu’il préfère qualifier de «rêverie documentaire», où les différents protagonistes interprètent leur propre rôle. S’apparentant au cinéma direct, ce genre cinématographique veut donc capter la réalité, celle de Calvin et de Jovan, en suivant toutefois un scénario fictif. Loin de renforcer la représentation du réel, ce choix marque la première faiblesse du film. Dans ces répliques bien apprises, on sent le manque d’aisance; le rôle plus que le témoignage. Lorsque Calvin s’adresse à Nanita (Atala Estrada), sa grand-mère chez qui il réside et dont il prend soin, son manque de naturel est notable et nous éloigne de sa réalité. Ironiquement.
Pourtant, Navia vise juste avec ce sujet singulier et non conventionnel qu’est le graffiti socialement investi. La caméra de Sofia Oggioni Hatty capte ces rassemblements de taggers, à la fois ralliés par la volonté de revendication face à l’oppression et mués par le désir de s’exprimer par l’art collaboratif. Dans un remue-méninge animé où une dizaine d’artistes expérimentés se retrouvent, les deux adolescents s’introduisent, bien décidés à réaliser leur projet. Si la première partie du film nous installe dans les univers distincts de Calvin, garçon de la classe moyenne délaissé par un père chanteur de bolero sans le sou et une mère qui ne se matérialise que sur Skype, et de Jovan, immigré noir résidant avec sa mère croyante dans un quartier plutôt mal famé, la seconde moitié du docu-fiction suit les deux jeunes hommes lors de la création de la murale, et des événements périphériques. Los Hongos est en soi le portrait de la jeunesse colombienne.
Oscar Ruiz Navia précise qu’il a tenu à s’intégrer dans le milieu pour mieux le comprendre, mieux le représenter. Souhaitant s’éloigner du réalisme orthodoxe et du dogmatisme du cinéma qu’il critique, il explique avoir voulu capter des sentiments, des sensations, la vie elle-même, sans avoir le besoin de raconter quelque chose. Le hic, c’est qu’en nous montrant le quotidien de deux adolescents, qu’ils soient colombiens ou non, on tombe dans une banalité qui n’est malheureusement pas rassembleuse. Si le but est de démontrer que cette jeunesse est façonnée par un contexte politique particulier, le tout reste nébuleux. Tout aussi sibylline est la métaphore de Los Hongos, qui signifie les champignons. Navia a voulu rappeler la vie qui naît de la mort au travers de Calvin et Jovan, qui, colorant Cali à l’aérosol, en viennent à redonner vitalité à un décor morne, décomposé.
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p style= »text-align: justify; »>Si Los Hongos touche par son humour léger (la Nanita fait immanquablement sourire), il manque de finesse dans le message, ou plutôt dans la manière de le transmettre. L’aspect politique est intégré difficilement. On note un désintérêt pour la politique nationale chez les deux garçons, alors qu’ils s’animent lorsqu’il s’agit du conflit au Moyen-Orient. L’idée de quiet revolution reste étouffée.
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p style= »text-align: justify; »>Même si l’on capte bien l’atmosphère et les nuances de Cali, que les couleurs, le visuel attrayant et l’esthétisme soigné nous plongent en pleine Amérique latine, il demeure que Los Hongos relève plus de la fiction que de la réalité. La caméra trop présente dans l’intimité des protagonistes est l’indice du manque de recul qu’il nous faudrait, cet aspect «réel» que trahit des plans trop serrés, lors de scènes où l’acteur s’efforce à bien interpréter… sa propre vie.
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Los Hongos d’Oscar Ruiz Navia, 103 min, 2014. Les Rencontres internationales du documentaire de Montréal se sont tenues du 12 au 23 novembre dernier.
Article par Valérie Boisclair. Entre freckles et 7e art, elle tente de combler et d’extérioriser son insatiable curiosité par les lettres.

