Le titre Nœud Coulant n’aurait pu être plus pertinent pour l’œuvre poétique de Michaël Trahan. Ce recueil qui explore en profondeur le thème de la mort nous mène dans un univers glauque qui rappelle le cauchemar. Publié aux éditions Le Quartanier au printemps 2013, cet ouvrage a remporté le prix Émile-Nelligan en 2014. Littérature sombre, Nœud Coulant s’épanouit en dix sections d’une poétique émouvante, quoique lugubre.
Michaël Trahan est un auteur québécois ayant fait des études en littérature. Aujourd’hui doctorant de l’Université de Montréal, ses recherches interrogent les limites du lisible chez Valère Novarina et Pierre Guyotat. Finaliste pour le Prix de la poésie Radio-Canada en 2013, il a également reçu le Prix du festival de poésie de Montréal en 2014.

«Des fois je fais le mort c’est mon théâtre» (Nœud Coulant, 2013, p.125)
La poésie de Michael Trahan parait d’emblée assez sombre. Or, lors d’une lecture attentive, on remarque l’usage d’une multitude de figures de style et de jeux de mots. Bien qu’il construise une série d’images lugubres qui évoquent la pendaison, la tombe ou l’enterrement, le poète crée son univers poétique avec un ludisme qui allège le propos ou, du moins, qui le rend lisible pour les lecteurs plus sensibles. Outre le lexique varié sur le thème de la mort, l’auteur décrit son monde onirique à l’aide d’oppositions telles que le noir et le blanc, le jour et la nuit, le silence et le bruit. Le choix des mots peut apparaitre redondant, mais leur utilisation diffère d’un vers à l’autre avec une originalité remarquable. En ce sens, le mot «tombe» peut être à la fois la conjugaison du verbe tomber ainsi que la tombe mortuaire.
Il est intéressant de souligner que l’auteur ne fait pas que raconter le monde lugubre de Nœud coulant, il le crée en invitant le lecteur à pénétrer dans ce «labyrinthe noir de lumière» (p.50). La lecture du texte nous fait errer dans un véritable parcours de sentiers funèbres. C’est ainsi que les pas sur le chemin incarnent la rythmique saccadée des poèmes: «un pas, deux pas, trois pas, la route» (p.83). Le rythme du texte est également marqué par les multiples références à l’horloge et au temps qui insistent alors sur le sentiment de détresse planant dans l’œuvre. Cette angoisse se développe à l’aide d’une imagerie violente qui rappelle le poids de l’anxiété. On pense notamment aux références de crâne et de dents qui éclatent, de cœurs battants et de muscles tendus. Aussi, Trahan réfère maintes fois à l’allumette. La référence à la flamme insiste sur l’opposition lumière/noirceur qui prend place dans toute l’œuvre tout en insistant sur l’idée de feu qui renvoie au sentiment de détresse, d’urgence. Le titre du recueil lui-même incarne cette urgence; on comprend rapidement que Nœud coulant réfère explicitement à la pendaison.
«une voix murmure encore:
qu’est-ce qui te retient
à toi-même» (p.48)

Cette littérature du désespoir renouvelle la poétique de la mort qui avait déjà été exploitée par de grands poètes comme François Villon, Charles Baudelaire ou Émile Nelligan. Or, Michaël Trahan se distingue de ces derniers entre autres en exploitant la thématique morbide en vers libre plutôt qu’en vers classique, liberté stylistique qui corrobore le sentiment d’errance dans le monde cauchemardesque. Plusieurs métaphores ou oxymores participent à l’univers onirique tout en insistant sur l’impression d’une écriture labyrinthique rappelant entre autres les œuvres de Kafka comme Le Procès ou Le château. Enfin, on retrouve dans l’ouvrage des références à plusieurs auteurs dont les citations se retrouvent en début de section et soutiennent les thèmes des poèmes. On trouve notamment des énoncés de Georges Bataille, René Lapierre, Hector de Saint-Denys Garneau.
En somme, Nœud Coulant est un parcours angoissant dans les dédales du désespoir. Bien que l’œuvre semble difficile à lire sur le plan thématique, il s’agit d’une poésie composée de passages envoutants qui méritent que l’on s’y perde.
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Michaël Trahan, Nœud coulant, Montréal, Le Quartanier, avril 2013, 174 p.
