Qui nesciunt quid dicant sermonem eorum ou La parole de celles qui ne savent pas dire, présenté dans le cadre de l’événement Nous sommes ici/ We are here. Entrevue avec Marie-Pier Lefebvre et Pascale Labonté

Nous sommes ici, c’est 31 artistes, tous nouveaux finissants d’écoles d’art de Montréal, qui se rassemblent le temps d’une semaine pour faire naître 11 projets, précisément des courtes formes de tous acabits. La plateforme accueille notamment, dans le cadre de cette édition, quatre projets de finissants de l’École supérieure de théâtre de l’UQAM. J’ai donc souhaité rencontrer les artistes derrière ces quatre propositions. Voici d’abord une entrevue avec Marie-Pier Lefebvre et Pascale Labonté, créatrices de Qui nesciunt quid dicant sermonem eorum ou La parole de celle qui ne savent pas dire.
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Nous sommes ici/ We are here, c’est 31 artistes, tous nouveaux finissants d’écoles d’art de Montréal, qui se rassemblent le temps d’une semaine pour faire naître 11 projets, précisément des courtes formes de tous acabits. Précédemment orchestré dans le cadre du OFFTA, l’événement organisé par LA SERRE— arts vivants a lieu cette année au Théâtre Aux Écuries dans une nouvelle formule. La plateforme accueille notamment, dans le cadre de cette édition, quatre projets de finissants de l’École supérieure de théâtre de l’UQAM. J’ai donc souhaité rencontrer les artistes derrière ces quatre propositions. Voici d’abord une entrevue avec Marie-Pier Lefebvre et Pascale Labonté, finissantes en jeu et créatrices de Qui nesciunt quid dicant sermonem eorum ou La parole de celle qui ne savent pas dire.

Crédit photographique: Google?
Crédit photographique: Google?

Artichaut Magazine: Qu’est-ce que c’est Qui nesciunt quid dicant sermonem eorum ou La parole de celle qui ne savent pas dire?

Marie Pier et Pascale: Deux comédiennes, un micro, une parole impossible à prendre. C’est aussi une très mauvaise traduction de titre en latin effectuée sur Google Traduction. (Les titres trop longs, ça nous fait bien rire.) Finalement, c’est beaucoup d’accessoires, des comportements excessifs et violents et une parole défaillante.

AM: Qu’est-ce que vous dites avec Qui nesciunt quid dicant sermonem eorum ou La parole de celles qui ne savent pas dire?

M-P et P: En fait, on essaie de dire. C’est notre motivation pendant tout le numéro, essayer d’exprimer quelque chose et ne pas y arriver. On tente d’expliquer qu’en tant qu’artistes et comédiennes, il est sous-entendu qu’on doit aussi bien s’exprimer dans la vie de tous les jours que lorsqu’on est sur scène, mais que ce n’est pas un principe nécessairement évident.

AM: Qu’est-ce que vous vivez dans ce duo?

M-P et P: On vit pas mal de choses. Au départ, on est vraiment là, toutes les deux, solidaires, pour dire quelque chose au public, mais comme ça devient difficile, la colère et la frustration prennent le dessus sur nous et alors on passe par la violence pour essayer d’arriver à quelque chose. On assume bien le cliché des deux «fifilles» qui essaient de se battre et qui ont l’air ridicules.

AM: Pourquoi donc que vous faites/dites/vivez ça?

M-P et P: Parce que c’est important pour nous de parler du fait que s’exprimer sans lacune, ce n’est pas donné à tout le monde et que ça engendre parfois une frustration. On a donc décidé de rire de nous-mêmes et de la situation en nous poussant à l’apogée du ridicule. On le fait surtout parce qu’on a vraiment du plaisir, on sort de ce qu’on a l’habitude de faire et ça nous permet d’exprimer notre folie.

AM: Vos inspirations pour Qui nesciunt quid dicant sermonem eorum ou La parole de celle qui ne savent pas dire?

M-P et P: Pour la partie discursive, on est parti de nous, de nos moments de frustrations surtout durant notre bac, lorsqu’on se devait de parler, de s’exprimer, d’expliquer… On avait parfois du mal à enligner deux phrases qui avaient du sens parce que sur le coup ça se bousculait dans notre tête, on cherchait nos mots et facilement on avait l’air de ne pas savoir de quoi on parlait. On s’est aussi inspiré des gens de notre entourage un peu trop articulés, qui utilisent des phrases à mille piastres et qui te sortent des mots que tu n’as jamais entendus de ta vie. On se pâme devant leur intelligence, alors que ce qu’ils disent, ça ne veut pas nécessairement dire grand-chose. Évidemment, toute la frustration évoquée ainsi que la critique qu’on en fait se veulent très humoristiques.

AM: La courte forme pour vous, c’est contraignant/stimulant/aucun changement?

M-P et P: Une des seules contraintes avec Nous sommes ici/ We are here, c’était la courte forme, ce qui pour nous n’en était pas vraiment une. Nous n’aurions pas pu faire un numéro d’une heure avec deux filles mal articulées qui se tapent dessus; on comprend le principe assez vite, ça aurait été lassant. Ce que nous faisons, c’est une courte performance et c’est bien qu’il y ait une limite à ne pas dépasser pour que, dans notre cas, les choses restent drôles et appréciables.

AM: Comment on se sent en tant que jeune diplômées en théâtre de l’UQAM?

M-P et P: C’est une montagne russe d’émotions, il y a de très bons jours et de moins bons. On cherche à faire notre chemin et à grimper la très longue échelle du domaine artistique, mais on reste confiantes et passionnées. On a une bonne formation comme bagage et ce n’est que le début de notre vie professionnelle. On est très heureuses de faire partie de cette édition de Nous sommes ici/ We are here. C’est une belle plateforme de création et une opportunité en sortant de l’école de pouvoir jouer dans un théâtre et d’être encadrées par une équipe de professionnels. C’est aussi une occasion de rencontrer d’autres artistes de la relève appartenant à différentes disciplines et de créer des liens pour le futur. Par ailleurs, on est aussi très heureuses d’avoir un projet de création sur la table qui sera présenté en juin prochain. C’est très motivant d’avoir quelque chose en branle qui nous permet de rester actives.

AM: Ce que vous souhaitez aux diplômé(e)s qui suivront?

M-P et P: De ne pas avoir peur de se lancer dans ce qu’ils aiment, de faire leurs projets et de continuer de se découvrir. De ne pas attendre de répondre à une demande, mais de profiter du fait que le théâtre offre de multiples possibilités de création. Finalement, que l’UDA leur donne, au moins, la moitié de leurs points en sortant de l’école!

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L’événement Nous sommes ici/ We are here aura lieu du 10 au 12 décembre prochain au Théâtre Aux Écuries à 19h.

Artichaut magazine

— LE MAGAZINE DES ÉTUDIANT·E·S EN ART DE L'UQAM