Par Leila Arab
Francesca Albanese, juriste et rapporteuse spéciale de l’ONU sur les droits humains dans les territoires palestiniens occupés, a pris des risques pour défendre les opprimé·e·s. C’est à titre d’experte indépendante de l’ONU qu’elle défend les droits des Palestinien·ne·s sur la scène internationale depuis 2022. En travaillant auprès de l’UNRWA, agence de l’ONU pour les réfugié·e·s palestinien·ne·s, elle demeure trois ans à Jérusalem[1] pour témoigner de l’horreur que les Palestinien·ne·s vivent au quotidien.
En dénonçant les actions des États-Unis et d’Israël contre le droit à l’autodétermination des Palestinien·ne·s et le respect des droits de la personne, Francesca Albanese se fait accuser de mener une guerre juridique contre les États-Unis. Cette accusation renvoie à un rapport qu’elle a présenté en juillet 2025 au Conseil des droits de l’Homme, « dans lequel elle accuse des entreprises de soutenir les opérations d’Israël à Gaza et d’en tirer profit[2] ». En réaction à ce rapport, le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, impose des sanctions à la juriste, comme « […] l’empêcher de se rendre aux États-Unis [et] bloquer ses avoirs dans le pays, si elle en a[3] ».
Dans son œuvre Quand le monde dort. Récits, voix et blessures de la Palestine[4], l’autrice témoigne contre la cruauté d’Israël et de ses alliés, en plus de critiquer l’étiquette de terrorisme, systématiquement collée à la peau des Palestinien·ne·s, notamment en lien avec l’événement du 7 octobre 2023. Elle conscientise les lecteur·trice·s au pouvoir que détiennent les mots sur notre perception de la réalité, en blâmant les médias et l’Occident quant à leur manière de caractériser le colonialisme de peuplement perpétré par Israël. Francesca Albanese explique que qualifier ce génocide de conflit religieux entre deux peuples qui n’arrivent pas à s’entendre vient enlever toute la gravité d’une situation condamnable où Israël est le premier responsable de la destruction d’un pays entier et de son peuple pour son propre compte. L’autrice fait état d’une hypocrisie internationale qui tarde à dénoncer les agissements d’Israël pour ses actions dévastatrices en Palestine :
Israël a employé un langage volontairement flou, parlant de « territoires disputé » au lieu de « territoires occupés », de « population hostile » plutôt que de « population occupée ». La communauté internationale, trop souvent, s’est réfugiée dans ces subtilités terminologiques au lieu d’affronter la réalité d’une occupation permanente et de ses inacceptables conséquences[5].
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Francesca Albanese va à la rencontre des Palestinien·ne·s sur place : elle relate avec précision une enfance arrachée, un territoire contrôlé, des massacres perpétuels, des maisons volées, des familles décimées, des terres détruites. De surcroît, elle entre en contact avec plusieurs spécialistes qui étudient la stratégie d’Israël visant à prendre de force une terre qui ne lui appartient pas. Profondément touchée par l’injustice que vivent les Palestinien·ne·s depuis plusieurs générations, elle soutient l’idée d’Ingrid Jaradat Gassner selon laquelle Israël est un régime d’apartheid semblable à celui pratiqué en Afrique du Sud.
Quand le monde dort. Récits, voix et blessures de la Palestine nous invite à nous engager pour la justice avec courage, conviction et humanité. Francesca Alabanese y relève avec ardeur la contradiction entre les principes du droit international et la « réalité brutale des rapports de force en Palestine[6] » en posant la question : « Une voix palestinienne peut-elle exister pour elle-même[7] ? »
Francesca Albanese appelle à combattre l’indifférence envers la violence : « ou bien nous nous engageons pleinement àêtre la révolution, ou bien nous échouerons[8] », parce que « [l]’empathie est le ciment qui nous relie les un[·e·]s aux autres en tant qu’humanité[9] ». Convaincue qu’il faut se battre pour la justice, la juriste nous encourage à défendre les opprimé·e·s et à nous opposer à tout acte visant à asservir une population. Dans un monde où l’indifférence et la violence sont normalisées, elle tient à nous rappeler que prendre la parole pour dénoncer les injustices est un acte de résistance.
[1] France Inter, Francesca Albanese : « je partage le même sort que Poutine et l’Ayatollah Khamenei », Bitroscopie, 22 novembre 2025.
[2] ONU info, L’ONU presse Washington de lever ses sanctions contre son experte sur la Palestine, 10 juillet 2025.
[3] Ibid.,
[4] Francesca Alabanese, Quand le monde dort. Récits, voix et blessures de la Palestine, Mémoire d’encrier, Montréal, 2025, 264 p.
[5] Francesca Albanese, Quand le monde dort. Récits, voix et blessures de la Palestine, Mémoire d’encrier, Montréal, 2025, p. 129.
[6] Madgaline Boutros, Francesca Albanese, l’experte de l’ONU qui bouscule le monde au sujet de Gaza, Le Devoir, 7 octobre 2025.
[7] Ibid., p. 151.
[8] Op cit., p. 147.
[9] Francesca Albanese, Quand le monde dort. Récits, voix et blessures de la Palestine, Mémoire d’encrier, Montréal, 2025, p. 10.