Le Carrousel international du film de Rimouski : La jeunesse à l’avant-plan

Du 21 au 25 septembre 2016 a eu lieu le Carrousel international du film de Rimouski. Pour sa 34e édition,…
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Du 21 au 25 septembre 2016 a eu lieu le Carrousel international du film de Rimouski. Pour sa 34e édition, le festival offrait une programmation diversifiée, comportant plusieurs premières nord-américaines et mondiales.

Dans le covoiturage qui me mène de Montréal à Rimouski, je rencontre une réalisatrice venue de Belgique pour présenter son premier court-métrage. Nous parlons et je lui promets d’aller voir son film, Le sommeil des amazones, présenté pour la première fois de ce côté de l’Atlantique. Nous nous quittons une fois arrivées à Rimouski pour nous retrouver, à peine quelques heures plus tard, à la fin du film d’ouverture. Cette rencontre fortuite est emblématique des cinq jours que j’ai passés à arpenter Rimouski d’est en ouest, à m’illuminer la rétine de films en tous genres. Car le Carrousel international du film a été pour moi une série de ces rencontres inattendues et de ces retrouvailles immédiates. C’est l’avantage, bien sûr, d’un festival qui se déroule dans une petite ville où les lieux de rencontre se multiplient et favorisent les échanges. Si attendre en file derrière Michel Gondry (Du soleil plein la tête, L’écume des jours, La science des rêves) au Tim Horton’s parait quelque peu surréaliste, on a tôt fait de s’habituer et même, d’apprécier ces rencontres qui abolissent les frontières entre réalisateur.trice.s, comédien.e.s, spectateur.e.s, membres de l’équipe et bénévoles.

Parlant de Michel Gondry, il était justement l’invité d’honneur du festival où Microbe et Gasoil (2015, France) était présenté comme film d’ouverture. Dans ce long métrage, deux jeunes garçons, Daniel (Microbe) et Théo (Gasoil) sont exclus par leurs camarades de classe à cause de leurs différences. Tandis que Microbe, petit pour son âge, possède un talent pour le dessin, Gasoil, très articulé pour son âge, s’intéresse à tout ce qui est mécanique. Ensemble, ils décident de construire une voiture à partir d’un moteur de tondeuse et de déguerpir sur les routes de la campagne française. Le film de Gondry, dont il reconnait la part autobiographique, est souvent drôle et parfois très touchant. Tout au long de cette aventure rocambolesque en voiture plane une indécision entre le réel et les rêves, entre l’imaginaire de l’enfance et la conscience mature – mais quelque peu incomplète – de l’adolescence. Durant la classe de maître, organisée en collaboration avec l’UQAR le lendemain, Michel Gondry revendique l’utilisation de ses rêves dans la fabrication de ses films, ses idées lui venant pour la plupart au réveil. Il affirme également sa volonté de rendre les mouvements de la caméra imperceptibles et de mettre les personnages à l’avant-plan. Après la complexité de L’écume des jours, il avait, explique-t-il, ce besoin de faire un film plus personnel, qu’il serait capable de réaliser avec une équipe réduite de technicien.e.s et d’acteur.trice.s. Le résultat de cette démarche est un film d’été et de paysages auquel on pardonne ses failles (quelques longueurs, une finale un peu abrupte) parce qu’il fait sourire et qu’il reste dans la tête comme un bon souvenir.

Microbe et Gasoil, Michel Gondry, 2015.
Microbe et Gasoil, Michel Gondry, 2015.

Microbe et Gasoil constituait un film parfait pour l’ouverture du Carrousel international du film de Rimouski, qui est, il faut le préciser, un festival de films pour la jeunesse. Une particularité du Carrousel est que le jury est composé de jeunes qui évaluent les courts et longs métrages en compétition dans les catégories enfants et adolescents. Or, le critère de base pour la sélection des films est de mettre en scène des jeunes comme personnages principaux. Ce critère induit une vaste sélection de films qui s’adressent également aux adultes et loin d’avoir passé cinq jours à regarder des oursons en peluche qui dansent, j’ai eu la chance de voir plusieurs films « coup de poing », pour reprendre le titre de l’audacieuse programmation de courts-métrages du festival, présentée aux élèves de l’école secondaire Paul Hubert, et qui traitait ouvertement (et explicitement) de sexualité, du travail du sexe et de premières amours.

J’ai donc vu, durant ces cinq jours, des films de tous genres. Des films qui m’ont fait rire comme Mutants (2016, Québec, prix du meilleur court-métrage canadien au TIFF) d’Alexandre Dostie par sa représentation à la fois comique et tragique de la découverte de l’amour sur fond de baseball. Tourné en Beauce à l’été 2015, ce sont des jeunes de la région qui jouent pour la première fois dans ce film aux couleurs vives et aux dialogues tout autant colorés.

J’ai aussi vu des films, il faut le dire, qui m’ont mise mal à l’aise, comme Mon dernier été (2016, Québec, prix du meilleur court-métrage catégorie « adolescents » au Carrousel) de Claude Demers qui aborde la question de l’inceste et le dilemme du jeune voisin Tom devant ce dont il a été témoin. Tandis que le jeu d’Émilie Bierre et d’Antoine Marchand-Gagnon est impeccable, le sujet est cependant dépeint grossièrement. Le but du réalisateur était, affirme-t-il, de lancer une pierre et que celle-ci fasse des vagues, et c’est justement ce but avoué de faire un film « choc » qui rend inconfortable.

Dans un autre ordre d’idée, il y a des films qui m’ont épatée par leur qualité visuelle, particulièrement les images fantomatiques de la ville de Paris dans le court film expérimental d’animation Ghost Cell (2015, France) d’Antoine Delacharlery. Proposant une équivalence entre le microscopique et le macroscopique, entre le flot humain qui traverse la métropole et les détails de la cellulaire, ce court-métrage fascine par son visuel où l’imperfection est volontaire dans ce qu’elle révèle de la composition du monde et des mouvements erratiques des foules.

Il y avait également plusieurs courts-métrages qui mettaient en scène non seulement les déchirements propres à la complexité de la vie humaine, mais aussi les moments de réconciliation et d’amour qui marquent nos rapports interpersonnels. Faisant ressortir l’importance de l’amitié lors des temps difficiles, ces films sont aussi les rares de la programmation qui traitaient d’enjeux féministes tels que la sororité, l’exploitation sexuelle et psychologique, le rapport aux nouvelles technologies et au contrôle des corps. Dans Le sommeil des amazones (2015, Belgique) de Bérangère McNeese, ce sont quatre femmes qui se soutiennent et habitent ensemble, dormant toutes dans la même pièce et s’entraidant financièrement. Elles accueillent la jeune Camille qui a fugué après avoir eu une aventure avec son professeur de français, aventure qui a ruiné sa réputation à l’école et ses relations familiales. Elle trouve auprès de cette tribu de femmes un soutien quelquefois maladroit, car elles ont toutes leurs blessures et leurs histoires sous leur cuirasse de confiance, mais aussi des outils d’émancipation et de subjectivation. L’amitié est également au centre de Carla en 10 secondes (2016, Québec) de Jeanne Leblanc. Dans ce court-métrage, on suit Gaby, inquiète, qui parcourt la ville à la recherche de son amie Carla. Tandis que des photos de Carla circulent via snapchat et que la rumeur d’un gang bang orchestré par les joueurs de l’équipe de football se multiplie, Gaby est la seule à réagir tandis que les autres demeurent indifférent.e.s. Film au sujet difficile, c’est toutefois la force inébranlable de l’amitié qui émeut. Dans une société de l’image où le désinvestissement des individus est la triste norme, Gaby représente la permanence d’un rapport à l’autre basé sur une éthique du care.

Le Sommeil des Amazones, Bérangère McNeese, 2015
Le Sommeil des Amazones, Bérangère McNeese, 2015

À la fin de ces cinq jours, alors que, saturée de films, je m’apprêtais à faire la longue route inverse vers Montréal, il y avait une nostalgie de fin de festival qui planait sur la ville. Il y avait eu toutes ces rencontres qui avaient mené à des échanges de contact, à des discussions passionnées, mais nous repartions désormais chacun.e de notre côté. Quelques jours après mon retour, j’ai bu quelques verres sur la terrasse du Ste-Élisabeth avec la réalisatrice belge rencontrée dans le covoiturage. Elle était de passage à Montréal avant de poursuivre son voyage et nous nous sommes remémoré Rimouski, le fleuve, le Bien le Malt, Michel Gondry au Tim Horton’s.

Article par Soline Asselin.

Artichaut magazine

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