Délire en kimono. Soirée nippone de Philippe Brach

Philippe Brach avait hâte de nous recevoir à sa mystérieuse «Soirée nippone» au Théâtre Fairmount le samedi 5 mars. Chose…
1 Min Read 0 240

Philippe Brach avait hâte de nous recevoir à sa mystérieuse «Soirée nippone» au Théâtre Fairmount le samedi 5 mars. Chose certaine, l’auteur-compositeur-interprète se sentait dans son élément sur scène. «Je faisais de la fièvre et cette fièvre se transforme en alcoolémie!» s’est-il exclamé entre deux gorgées de Sapporo.

Photo: Philippe Lemelin
Photo: Philippe Lemelin

C’est avec humour et énergie que Brach a accueilli la foule nombreuse dans son voyage vers un Japon décalé. Avant même le début du spectacle, il a offert en guise de première partie des projections d’Ultraman, superhéros culte de la taille d’un gratte-ciel, et de la série scientifique pour enfants Pitagora Suichi. Cette dernière mettait en vedette plusieurs machines à réactions en chaîne qui aboutissaient chaque fois sur le même thème musical. «Je vais purger le monde ben comme il faut», a blagué Brach à l’Artichaut en entrevue téléphonique avant le spectacle.

Au plafond, de nombreuses lanternes traditionnelles avaient été installées alors que les pieds de micro étaient ornés de bijoux de taxidermie, dont ce qui semblait être un raton laveur empaillé sur celui du chanteur principal. Parmi ses autres fantaisies, la diffusion d’un film de samouraïs très sanglant à l’entracte et un extrait sonore de la publicité de Metro chantée par Dan Bigras.

Heureusement, même avec tous ces artifices, la musique de Philippe Brach avait gardé tout son mordant. En plus de ses musiciens habituels, le musicien montréalais d’origine vietnamienne Huu Bac Quach, meneur du Huu Bac Quintet, s’était greffé à l’équipe, question d’apporter une nouvelle sauce plus orientale à la plupart des chansons. Celui-ci a alterné entre le violon chinois, la quena – flûte originaire d’Amérique du Sud – et le dan bau, un instrument que Brach lui-même décrit comme «un genre de thérémine». Cette addition a permis d’ajouter une nouvelle dimension à ses chansons sans toutefois les dénaturer.

Philippe Brach s’est dit très heureux de pouvoir ajouter une nouvelle dimension à ses pièces. «Pour vrai, ça fait chier de faire tout le temps les mêmes choses», a-t-il confié à propos de ses chansons qu’il traine depuis parfois plusieurs années. On pratiquait pour le spectacle et j’avais vraiment du fun musicalement à jouer.»

Photo: Philippe Lemelin
Photo: Philippe Lemelin

Parmi les moments forts de la soirée, on souligne son interprétation solo sur «Bonne journée», malgré la difficulté que semblait avoir le public à taper des mains en même temps. Les amateurs de rock musclé ont apprécié «D’amour, de booze, de pot pis de topes», interprété en grande finale alors que Brach a laissé ses musiciens improviser durant de longues minutes pour étirer la pièce bien au-delà de sa durée habituelle. Plus loin dans son délire, Philippe Brach s’est amusé à emprunter un couplet des Beastie Boys durant «Race-pape», à chanter du gospel avec les lumières éteintes et à faire jouer la fameuse chanson de Sophie Grégoire depuis son étonnante banque de sons. Heureusement pour lui, la foule semblait réceptive à tous ses virages à gauche, alors que l’alcoolémie collective commençait à atteindre un point qui mettrait Éduc’alcool sur ses gardes.

Le Japon, un heureux accident

Cet amour du pays du soleil levant est arrivé un peu par hasard pour Philippe Brach. C’est que le jeune musicien voulait partir en voyage en Louisiane en décembre dernier. «Mais ça a choké finalement», indique-t-il. Il s’est alors tourné vers le Japon. «En fait, c’est juste qu’on a réussi à trouver un bon deal pour des billets d’avion», avoue-t-il. S’il admet ne pas avoir eu d’intérêt particulier pour ce pays avant son départ, il affirme avoir été impressionné par ce qu’il y a vu. «Oui, il y a les paysages, mais ce qui m’a vraiment surpris, c’est le peuple, de voir à quel point les gens là-bas sont respectueux. J’ai vu du monde ne pas barrer son vélo en plein milieu de Tokyo et revenir une demi-heure après et c’était encore là», raconte le chanteur.

Parmi ses plus belles rencontres, celle d’un couple qui l’a hébergé quelques jours l’a particulièrement touché. Le couple lui avait jadis offert 250$ alors que son premier disque était en période de financement. Avant de le laisser partir, le couple a décidé d’offrir en souvenir à Brach un kimono centenaire multicolore, qu’il portait d’ailleurs pendant la seconde moitié du spectacle.

Photo: Philippe Lemelin
Photo: Philippe Lemelin

Il s’agissait d’un dernier spectacle en sol montréalais pour Philippe Brach avant son départ vers une première tournée européenne. «J’ai vraiment hâte, mais ça va être vraiment rushant», admet-il. Si Brach pense déjà à son troisième disque, il assure que rien n’est encore décidé. «Sérieux, en ce moment, je n’ai pas de tounes, confie-t-il. Mais visuellement, ça va être très sombre et tordu. C’est ma zone de confort.» Il ajoute toutefois qu’il souhaite terminer son projet de livre, qu’il traîne depuis bientôt six ans, avant son troisième disque.



— Ses admirateurs devront donc prendre leur mal en patience, puisqu’aucune de ses machinations n’est près de se concrétiser. Ils pourront toutefois se consoler en sachant que le fougueux chanteur sera en spectacle dans une vingtaine de villes durant le printemps, avec un arrêt prévu à Montréal le 22 avril.

Article par Estelle Grignon.

Artichaut magazine

— LE MAGAZINE DES ÉTUDIANT·E·S EN ART DE L'UQAM