Dommages collatéraux : Viol et nationalisme – La femme comme champ de bataille au MAI

Créée à partir du texte éponyme de Matei Visniec, la pièce La femme comme champ de bataille expose les destins croisés de deux femmes différemment ébranlées par la guerre de Bosnie-Herzégovine. Dora, jeune femme ayant subi un viol de guerre, est interprétée par Nora Guerch. Kate, la psychologue américaine affectée au centre où Dora est recueillie, est interprétée par Marie-Ève de Courcy. Ce duo d’actrices est mis en scène par Naeim Jabelli.
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Créée à partir du texte éponyme de Matei Visniec, la pièce La femme comme champ de bataille expose les destins croisés de deux femmes différemment ébranlées par la guerre de Bosnie-Herzégovine. Dora, jeune femme ayant subi un viol de guerre, est interprétée par Nora Guerch. Kate, la psychologue américaine affectée au centre où Dora est recueillie, est interprétée par Marie-Ève de Courcy. Ce duo d’actrices est mis en scène par Naeim Jabelli.

Crédit photo: Montréal en lumière
Crédit photo: Montréal en lumière

Le texte traite de l’utilisation du viol comme arme de guerre, transformant la femme en territoire à conquérir et à ravager. Au-delà de l’assouvissement sexuel, le viol instrumentalise le corps de la femme pour « faire éclater le noyau familial, anéantir une population » (Nora Guerch) par la destruction, le traumatisme, l’éclatement et l’exode qui en découlent.

Dans cette perspective, la thématique du viol évoque nécessairement la question du nationalisme exacerbé qui mène au conflit. Une séquence audio émet un lien avec les théories freudiennes, notamment à travers les concepts de Frénésie et de Libido nationalistes.

Cette séquence permet de déterritorialiser le propos, de sortir le texte du conflit bosniaque pour lui donner un retentissement plus ample. Le spectacle étend ce concept de pulsion nationaliste destructrice et lui donne un écho à plus grande échelle. Nous savons que ces pratiques ont été et sont encore perpétrées de manière systématique dans les conflits, que ce soit en Allemagne occupée par les soldats russes ou à l’Est du Congo (voir à ce sujet cet article)

Au cours de la pièce, nous apprenons que Dora est enceinte. Dès lors, la mise en scène met l’accent sur cet aspect. Émergent alors les questions de la survivance du traumatisme, de l’avortement et de la posture de l’enfant à la fois comme survivant, témoin et reliquat. L’enfant à l’état embryonnaire n’a de cesse de crier dans l’imaginaire de Dora, qui refuse de se dire mère d’un enfant dont le père est la guerre.

Crédit photo : Hoopand Lashkari
Crédit photo : Hoopand Lashkari

La scénographie est à la fois sobre et signifiante, elle délimite métonymiquement l’espace de la psychologue: à jardin à l’aide d’un bureau de travail et l’espace de la patiente, à cour avec un lit. Entre ces deux espaces, un praticable blanc circulaire les relie. C’est là que se construira le cœur de la relation entre les deux femmes, par des scènes d’ivresse, d’échange et de complicité.

Derrière, différents types d’écrans accueillent de la vidéo et de l’animation, explorant les diverses textures que l’on peut donner à une image projetée. Une autre source de projection est ajoutée au cours du spectacle depuis le plafond, sur une flaque de sang constituée par l’union de quatre pièces de puzzle. Cependant, les projections paraissent souvent superflues, voire redondantes (par exemple, lorsqu’un feu de cheminée s’allume au moment où Kate invite la patiente à la rejoindre au coin du feu).

La grande faiblesse de ce spectacle est le jeu stéréotypé des deux actrices, qui s’enferment dès le départ dans une ligne de jeu qui tend vers l’hystérie chez Dora et vers le feuilleton télévisé pour Kate.

La femme comme champ de bataille se termine sur une interminable succession de vidéos des deux actrices nageant nues et sortant la tête de l’eau pour prononcer une phrase d’ordre généralisant sur la guerre dans le monde.

La femme comme champ de bataille avait lieu du 23 février au 5 mars 2017 au MAI.

Article par Lena Djaïz.

Artichaut magazine

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