Edith Kabuya, jeune auteure

Edith Kabuya publie son premier roman à l’âge de 25 ans: Résurrection, Les maudit tome 1 aux Éditions de Mortagne,…
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Edith Kabuya publie son premier roman à l’âge de 25 ans: Résurrection, Les maudit tome 1 aux Éditions de Mortagne, disponible depuis le 12 septembre dernier.

L’Artichaut a eu la chance de s’entretenir avec la jeune auteur et de participer à sa tournée des blogues.

L’Artichaut: Tu es jeune, tu dévores les livres, qui prennent une place considérable sur le plan culturel. Quelle est la place de la culture dans ta vie et dans une société?

Edit Kabuya: Je crois que chaque individu ne peut se définir sans une facette culturelle : il est ancré dans un milieu particulier, dans une société particulière. Nécessairement, il est influencé par ce que son environnement lui offre, ce qu’il accepte ou ce qu’il rejette de cette société. Pour ma part, je suis une Québécoise née de parents congolais, alors j’ai grandi avec cette dualité culturelle; au fil des années, j’ai réussi à concilier mes deux identités pour n’en former qu’une seule, qui reflète mes valeurs et mes goûts. J’aime apprendre et découvrir. Même lorsque mon travail gruge tout mon temps libre, j’essaie autant que possible de voler quelques secondes pour me mettre à jour, que ce soit sur le plan musical, cinéma ou lecture.

A. :Pourquoi est-ce qu’on écrit à 25 ans? Y a-t-il cet espoir de devenir un grand écrivain?

Je n’ai pas envie de devenir quelqu’un; je suis déjà qui je suis, et je veux rester moi-même. Ce n’est pas non plus une question d’écrire à 25 ans; j’ai écrit toute ma vie. Il s’avère seulement que je publie à cet âge. Cela aurait pu arriver cinq ans plus tôt, ou vingt ans plus tard. Ma mission n’a jamais été d’être publiée, mais de raconter une histoire pour moi… et mes potes.

A. :Quel genre de coup de coeur culturel as-tu? Es-tu plus du genre culture émergente ou populaire?

E. K. : Des coups de cœur, j’en ai tout le temps, issu de plusieurs domaines, mais ils se divisent généralement en musique, télévision, et littérature. Je suis une touche-à-tout et j’ai rapidement cessé de catégoriser mes goûts par ce qui est « populaire » et « underground » mais par ce que « j’aime » ou « j’aime pas ». Qu’on m’accuse de suivre la mode ne me fait ni chaud ni froid : lorsque j’aime quelque chose, je l’aime à fond et je me fiche de ce que les autres pensent. En littérature, je suis un peu avant-gardiste, mais c’est toujours avec un certain retard que je découvre les autres facettes culturelles. J’aime également sortir de la bulle québécoise; lorsqu’un film ou un mouvement me plaît, je l’analyse, je cherche à savoir son origine, ses créateurs, l’inspiration qui est derrière, quelles sont les conséquences de son émergence.

A. : Que penses-tu du concept d’hipsterism?

E. K. : Quant au phénomène hipster… si vous posez la question dans la rue, vous vous retrouvez avec un tas de définitions pour une notion que la plupart des gens ont du mal à cerner. Est-ce une mode vestimentaire, une façon de penser, un style de vie, un retour dans le passé? Ça m’amuse et m’intrigue en même temps, parce qu’en réalité, personne ne sait ce qu’est réellement, un hipster. À mon avis, le hipster s’est tué lui-même : ce qu’on voit aujourd’hui est une énorme blague, une contraction en elle-même. Le hipster est devenu branché alors qu’à l’origine, son but était justement de rejeter ce qui est branché.

A. : J’ai lu que tu écoutais de la musique en écrivant, qu’est-ce que tu écoutes? Qu’est-ce qui t’inspire?

E. K. : Mes goûts musicaux sont très éclectiques; autant la pop que le reggae que l’alternative que le rock que les pièces bollywoodiennes que le jazz que… vous voyez ce que je veux dire. J’écoute de tout, tant que ça me plaît, encore mieux, tant que ça me donne la chair de poule tellement c’est bon.Pour l’écriture de la série Les Maudits, cependant, je choisis mes pièces plus soigneusement afin qu’elles m’inspirent lors de ma rédaction. Elles doivent être mystérieuses, laconiques, parfois morbides, d’autres fois pleines d’espoir. Résurrection a entre autres été écrit sur Métric, Kate Havnevik, Azure Ray, The Veronicas; la pièce Help I’m Alive de Métric est justement la «chanson-thème» de Résurrection.Pour le 2e tome, que je travaille actuellement, j’écoute Florence and the Machine et Arcade Fire en boucle, surtout le premier. Je suis tombée complètement, totalement, aveuglément, en amour avec F&M : leur discographie complète reflète l’atmosphère exacte de mon univers. Le son, les instruments, les paroles, chaque pièce et chaque note sont recherchés, en parfaite harmonie. J’ai encore les larmes qui montent aux yeux chaque fois que je pense que je l’ai raté cet été, à Osheaga!La musique est la seule manière de me tenir collée sur ma chaise. Sans quoi, le silence ne tarde pas à me distraire et j’ai alors de la difficulté à rester en place. C’est comme si j’entrais en transe : si vous me surprenez en train de fredonner et « gigoter », ça veut dire que je suis à mon maximum de concentration : la musique ne fait plus qu’un avec moi et mon roman. Ne m’interrompez surtout pas!! (rires) Non, sérieusement, pire moment pour m’interrompre. Ça me prend du temps fou pour atteindre cet état-là.

A. : Qu’est-ce qui t’inspire dans l’industrie de la culture québécoise?

E. K. : Tout ce qui est hors du commun ou tout ce à quoi je peux m’identifier. C’est sûr que j’aimerais voir ou entendre des œuvres plus multiculturelles, mais qui demeurent québécoises dans l’âme. Des œuvres comme moi, en tant que personne. C’est un peu difficile à expliquer, et encore plus difficile à trouver. Si je prends l’exemple de la télévision : j’apprécie certaines émissions québécoises, mais pas à cent pour cent parce que peu importe ce que je regarde (mis à part quelques exceptions) ce n’est jamais ce que j’ai vécu, ce que j’ai connu. J’ai l’impression qu’il faut changer de formule puisqu’elle ne miroite plus vraiment la réalité de notre génération. Je crois également qu’on devrait céder plus de place à la relève. Elle n’est pas ignorée, mais elle n’est pas encore assez reconnue. Les jeunes ont le désir et le talent d’insuffler un renouveau dans notre culture, mais soit ils en ont pas les moyens, soit pas la chance parce qu’on leur coupe l’herbe sous le pieds. Que ce soit en télé, en musique, en ciné, en littérature, il est temps de secouer le tapis ou carrément, le changer et faire bouger les choses! On voit et entend toujours les mêmes personnes. Par mes propres moyens, même s’il ne s’agit que d’un simple geste, j’essaie d’encourager cette relève si forte et talentueuse. Et, je pense qu’avec les derniers tourments politiques que nous venons de vivre, on a la preuve que les jeunes n’ont plus l’intention de se laisser marcher sur les pieds ou de se faire mettre de côté. Nous avons une voix, nous ne parlerons plus, nous hurlerons cette fois-ci.

Au plaisir de lire la plume de cette nouvelle venue dans le domaine du livre au Québec!

Article par Fanny Samson.

Artichaut magazine

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