La migration, lieu commun d’une ère mondialisée?

Du 16 au 18 février et du 22 au 25 février, l’Espace Go a présenté Straight Right ou l’art d’être Nulle Part…
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Du 16 au 18 février et du 22 au 25 février, l’Espace Go a présenté Straight Right ou l’art d’être Nulle Part Ailleurs, spectacle présenté dans le cadre de Montréal en Lumière. L’Artichaut y était et comme dit l’expression, il vaut mieux tard que jamais.

Crédit: Nicolas Ruel

Depuis une trentaines d’années, nous avons vu l’émergence d’une quantité énorme de créations abordant le thème de la migration. Conséquemment, il devient de plus en plus difficile d’apporter un nouveau regard sur cette réflexion. Une réflexion pourtant de plus en plus nécessaire, la mondialisation s’étant, depuis une dizaine d’années, grandement accélérée, amenant de plus en plus de gens à partir. Partir définitivement, indéfiniment, ou partir pour mieux revenir, là n’est pas la question : partir reste partir. À la fois envoutante et déstabilisante, l’expérience s’avère inévitablement stimulante.

Ayant toutes les deux eu une vie pour le moins géographiquement mouvementée, on comprend aisément que les deux interprètes de Straight Right ou l’art d’être Nulle Part Ailleurs – Victoria May et Ève Garnier – aient osé s’attaquer à la thématique de la migration, d’autant plus que celle-ci semble s’être moins fortement imposée en danse que, par exemple, en littérature. Pourtant, le voyage occupe une part importante du mode de vie des professionnels des arts de la scène. Entre la tournée, les résidences de création à l’étranger, le désir ou la nécessité d’aller tenter sa chance ailleurs, de dénicher du travail là où il se trouve; se pencher sur les difficultés du déracinement conséquent à bien des carrières en danse contemporaine doit sans doute s’affirmer comme incontournable.

Toutefois, aborder une thématique déjà largement explorée comporte nécessairement certains écueils. Est-ce que Straight Right arrive à les contourner? Je me dois de donner une réponse ambivalente : à la fois oui et non. La pièce m’est apparue plutôt inégale, comportant certains moments forts, d’autres qui l’étaient beaucoup moins.

Migration et au-delà technique

D’emblée, la structure du spectacle aurait pu engendrer un résultat hétérogène : divisé en quatre parties, chacune créée par un chorégraphe différent, Straight Right arrive néanmoins à établir un fil conducteur bien défini. Le thème de la migration reste, tout au long du spectacle, central, canalisant le travail de chaque chorégraphe et la grande diversité des esthétiques abordées vers un même point. Malheureusement, c’est au sein même de chacune de ces sections que j’ai buté sur des moments m’apparaissant moins intéressants. Alternant entre des images très fortes et d’autres pouvant s’affirmer plus hermétiques, le spectacle n’a malheureusement pas su me transporter d’un bout à l’autre.

Il en va de même pour l’objet thématique du spectacle, soit la migration : proposant plusieurs scènes touchantes – entre autres Victoria May faisant ses valises durant la deuxième partie de la pièce (celle chorégraphiée par Louise Bédard) – le spectacle n’a pas su transcender la piste de réflexion qu’il s’est donné. Posant beaucoup de questions, sans donner de réponses (chose qui n’est pas un mal en-soi), l’ensemble n’est pas arrivé à me faire voir la migration d’une façon nouvelle, me donnant par le fait même l’impression de naviguer en territoire connu.

Ceci dit, le spectacle en vaut néanmoins le détour, puisque, au-delà d’une dimension conceptuelle peut-être moins intéressante, la dimension formelle de la pièce reste très solide. Danseuses possédant une maitrise technique exceptionnelle, Victoria May et Ève Garnier proposent un travail du corps remarquable, marqué par un immense souci du détail. La scénographie s’avère aussi d’une efficacité redoutable, surtout dans les deux premières parties : quelques chaises déposées sur la scène ou de simples bandes d’éclairage rouge traversant l’espace scénique – d’une simplicité belle et désarmante. Je me dois aussi de souligner la trame sonore et l’excellent travail de composition effectué par Olivier Girouard.

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Spectacle présenté dans le cadre de Montréal en lumière au théâtre Espace Go.
Produit par Danse-Cité, en association avec Louise Bédard danse et Dansens Hus.
Interprètes : Victoria May et Ève Garnier
Chorégraphes : Louise Bédard, Martin Bélanger, Anders Christiansen, Dominique Porte.
Compositeur : Olivier Girouard
Éclairage : Rasmus Sylvest

Article par Gabriel Vignola. Il aime le gros son, mais aussi la délicatesse… Le verre ciselé par l’orfèvre… Il aime qu’on se lance, qu’on s’attrape et qu’on s’arrête, devant une toile, un livre ou un panneau de signalisation.

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