Les prouesses du cœur. Le Misanthrope de Molière selon Michel Monty

Présenté au Théâtre du Rideau Vert du 3 au 28 février, Michel Monty revisite Le Misanthrope de Molière, un classique…
1 Min Read 0 226

Présenté au Théâtre du Rideau Vert du 3 au 28 février, Michel Monty revisite Le Misanthrope de Molière, un classique maintes fois repris. La pièce se veut une version actualisée intégrant technologie et se déroulant dans le décor d’un loft moderne montréalais, tout en conservant l’authenticité des dialogues. Une mise en commun qui pourrait gêner le spectateur. Le Misanthrope est toutefois un exemple prouvant que certaines réalités demeurent actuelles, même après 250 ans.

Crédits photographiques: Jean-François Hamelin
Crédits photographiques: Jean-François Hamelin

La directrice artistique du théâtre, Denise Filiatrault, a une fois de plus visé juste en programmant Le Misanthrope de Molière. Les acteurs sont sans faille dans la mise en scène de Monty. La distribution est juste: tous campent leurs rôles à merveille et manient la langue de Molière de façon exemplaire. Alors que Bénédicte Décary et François Papineau interprètent respectivement Alceste et Célimène, un jeune acteur sorti du Conservatoire d’art dramatique de Montréal, Mathieu Richard, personnifie Basque, le valet de la dame. Monty a bien dirigé son équipe d’acteurs, rendant la performance véridique malgré la complexité de la langue versifiée.

Ponctuée de moments cocasses, cette pièce de Molière parle de l’amour à sens unique. Le spectateur peut soit se retrouver en Célimène, celle qui a besoin de plusieurs hommes pour être heureuse, ou en Alceste qui aime d’un amour si fort, à la fois touchant et destructeur. La jalousie et l’indifférence ne sont pas des sentiments inventés hier. Molière fait partie de ces auteurs de génie dont les oeuvres traversent les époques et qui sont toujours aussi poignantes.

Le metteur en scène a choisi de camper sa pièce dans un loft huppé de Montréal. Les neuf acteurs vont et viennent dans cet environnement en empruntant un ascenseur intelligent qui annonce le prochain venu. Le valet marche avec sa tablette électronique, les autres pianotent sur leurs téléphones intelligents, mais parlent avec un français impeccable.

Le clivage entre le français soutenu et l’usage de l’instantané dérange quelque peu; il est difficile de s’adapter à cette ambiance. Ces deux aspects semblent être plus réunis par défaut dans le but d’actualiser la pièce que de s’agencer en parfaite symbiose. Le recours à la technologie était-il nécessaire? Le public s’adapte mal à ce nouvel accessoire de jeu. Puis, il semble que la réflexion sur la société d’aujourd’hui ne soit pas suffisamment exploitée. Les costumes et les décors modernes auraient pu suffire. Reste que le metteur en scène a choisi de ne pas s’attaquer à une actualisation du texte – et c’est effectivement les vers de Molière qui rendent la pièce aussi captivante.

Il ne faut pas oublier que Le Misanthrope se voulait aussi un pied de nez à l’aristocratie. La vie n’est pas toujours plus attrayante sous tous ces beaux habits et cette apparence soignée. L’hypocrisie fait parfois bien plus de ravage là qu’ailleurs. Molière critique et cherche à interroger l’être humain. Il trouve et dissèque ce côté risible de cette classe de la société que tous ont tendance à envier.

Molière n’est pas de ces écrivains qui se contentent de terminer une pièce sur une note positive pour réconforter leur public. Il essaie plutôt de peindre un portrait authentique et satirique de la société. Les médisances et les rumeurs ont toujours fait partie du quotidien. Monty a d’ailleurs conduit Isabelle Vincent vers l’une de ses performances d’actrice les plus sublimes de sa carrière. Celle qui interprète Arsinoé, la reine des ragots, le fait de façon tout simplement splendide. Même si son personnage se veut détestable, elle réussit à susciter les rires et à faire voir l’envers de la médaille. Célimène n’est peut-être pas aussi pure et parfaite qu’elle ne le laisse paraitre.

Crédits photographiques: Jean-François Hamelin
Crédits photographiques: Jean-François Hamelin

Dans cette proposition de Monty, le public entretient l’espoir que l’amour triomphe. Mais, parfois, il faut plus que de l’amour: il faut de la volonté et du courage. Évidemment, l’ouverture de la pièce laisse penser qu’Alceste et Célimène se retrouveront éventuellement. Est-ce qu’ils sont capables de s’oublier après tout ce qu’ils ont vécu? Le spectateur se fait sa propre opinion. Il reste que bien que l’amour soit un sujet populaire chez les auteurs, Molière a cette façon unique de le rendre véridique. Le spectateur ne se sent pas entourloupé dans une histoire d’amour qui n’a pas de sens. Ce ne sont pas des histoires à l’eau de rose, mais plutôt des constats d’une réalité qui suit les soubresauts de la vie. Le public peut donc se rattacher à une réalité crue, mais tellement plus émouvante.

——
Le Misanthrope de Molière, mis en scène par Michel Monty, est présenté du 3 au 28 février au Théâtre du Rideau Vert.

Article par Jasmine Legendre.

Artichaut magazine

— LE MAGAZINE DES ÉTUDIANT·E·S EN ART DE L'UQAM