À la découverte d’une nouvelle maison d’édition québécoise : Les Éditions Nébuleuses

Guillaume Boudrias était l’un de mes collègues de classe, étudiant dans le but de fonder ultérieurement sa propre maison d’édition pour un genre trop peu publié au Québec : la science-fiction. J’ai donc été enchantée lorsque j’ai appris que ce projet avait bel et bien vu le jour sous le nom des Éditions Nébuleuses.
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Par Mégane Therrien


À la suite de mon baccalauréat en Études littéraires à l’UQAM, j’ai effectué un diplôme d’études supérieures spécialisées en édition où j’ai eu la chance de rencontrer une multitude de passionné·e·s de littérature, et ce, autant parmi les enseignant·e·s que les étudiant·e·s! Guillaume Boudrias était l’un de mes collègues de classe, étudiant dans le but de fonder ultérieurement sa propre maison d’édition pour un genre trop peu publié au Québec : la science-fiction. J’ai donc été enchantée lorsque j’ai appris que ce projet avait bel et bien vu le jour sous le nom des Éditions Nébuleuses

Je ne suis pas une grande consommatrice de science-fiction, mais je me suis tout de même prêtée au jeu et lancée dans la lecture de leur première parution, L’Ogre de PENTA. Il s’agit d’un roman complexe où plusieurs histoires s’entremêlent. Effectivement, celles-ci se déroulent sur plusieurs siècles, ce qui permet d’avoir une vue d’ensemble sur le récit. Il faut être très attentif·ve lors de la lecture pour bien comprendre l’emboîtement des récits. 

J’ai été agréablement surprise par ce roman au ton scientifique qui nous plonge au cœur d’une société où le déclin de la population a encouragé la mise en place d’une solution radicale : allonger l’espérance de vie des citoyen·ne·s. En bref, on soutient l’immortalité plutôt que la procréation. Les allers-retours dans la temporalité du récit permettent d’accéder au démarrage du projet ainsi qu’aux diverses conséquences qu’il a entraînées. 

J’ai grandement apprécié les nombreuses références à la ville de Montréal, qui sont plutôt rares hors de notre littérature nationale, et l’utilisation d’enjeux actuels, comme les inondations et la disparition de métiers, ces derniers étant remplacés par l’intelligence artificielle. Ces enjeux donnent une allure dystopique au roman en poussant notre réflexion quant aux répercussions potentielles que peuvent avoir des décisions aussi radicales telles que celle de mettre fin au vieillissement de la population. 


Entretien avec Guillaume Boudrias, co-fondateur des Éditions Nébuleuses

Mégane Therrien: Pourquoi avoir décidé de fonder votre maison d’édition ? Comment votre maison contribue-t-elle à l’univers littéraire québécois ?

Guillaume Boudrias: Ma collègue Iris et moi trouvions qu’il n’y avait pas assez du genre de livres que nous lisons au Québec, le genre qu’on appelle parfois « New Adult », autrement dit de la science-fiction et de la fantasy.

Nous venons tout juste de commencer! Mais déjà je considère que notre collection 2025 est vraiment unique, il y a un mélange de tout : fiction spéculative pure et dure, fantasy « tranche de vie », fantasy humoristique… En tant que « nouveau joueur », nous nous permettons de prendre plus de risques pour savoir ce que notre public aime.

MT: Quel est le concept derrière les Éditions Nébuleuses ?

GB: Ça revient à se demander quel est le concept derrière les littératures de l’imaginaire. Chacun a sa définition, mais pour moi, c’est d’abord et avant tout une façon de s’évader par le rêve. En même temps, c’est toujours une réflexion sur la condition humaine, ce qui permet de prendre du recul par rapport à notre société et son train-train quotidien. En gros, avoir du plaisir et réfléchir en même temps.

MT: Si vous aviez à décrire les Éditions Nébuleuses en trois mots, quels seraient-ils ?

GB: Ambitieux, unique, rocambolesque!

MT: Qui est derrière Nébuleuses ?

GB: Nous avons fondé la maison à deux : Iris Martinez et moi-même. Iris vient de France (Lyon) tandis que j’ai grandi à Montréal. Nous intégrons présentement notre troisième membre, Robert-Louis Milin.
Iris et moi avons tous deux étudié en édition à l’Université de Sherbrooke (mais pas en même temps)! Avant cela, elle a fait des hautes études en littérature en France.

Nous avons tous trois des parcours très éclectiques ceci dit! Pour ma part, j’ai étudié l’informatique, la psychologie et même (brièvement) l’anthropologie.  Iris a sauté de la littérature à la programmation en passant par le graphisme et la photographie. Notre nouveau membre, Robert-Louis, a fait des études à HEC Montréal, a monté une librairie, puis il est devenu programmeur.

Nous travaillons avec des réviseurs externes et bien sûr nous avons la chance d’être soutenus par nos amis et familles. Michel Martinez, le père d’Iris, illustre tous nos livres!

MT: Y a-t-il des défis auxquels Nébuleuses a dû faire face pour voir le jour ?

GB: Nous y faisons toujours face! Le plus difficile est de loin la diffusion, car nous n’avons pas accès aux réseaux traditionnels avant d’avoir fait nos preuves. Nous développons graduellement notre réseau, tandis que les éditeurs établis font affaire avec un diffuseur/distributeur qui s’occupe de tout cela.

Pour le reste, le plus grand défi revient toujours au nombre d’heures dans une journée. Le travail d’un éditeur est sans fin, il faut planifier sur le long terme mais choisir nos priorités au jour le jour.

MT: Comment avez-vous sélectionné vos premières publications, L’Ogre de PENTA (Victor A. Paul) et Mauvaise idée (Patrick Lévesque) ?

GB: Il va de soi que je suis fier des livres que nous avons et allons publions, mais je suis aussi très content d’avoir pu suivre un processus qui pour moi est idéal et équitable : l’appel à textes. Nous avons ainsi reçu une centaine de manuscrits, ce qui nous a permis d’être très sélectifs quant aux 5 sélectionnés pour cette année.

Nous recommençons le processus de zéro pour l’année prochaine! (Ou presque, car nous publierons quelques suites.) Heureusement, nous commençons à être connus, ou du moins trouvables, ce qui fait que nous avons déjà reçu quelques manuscrits pour 2026.

MT: Pouvez-vous nous glisser un mot sur ce qui s’en vient pour Nébuleuses ?

GB: On se fraie un chemin pas à pas. D’abord, il faut publier les trois autres romans de cette année. Le prochain arrive le 19 septembre! Il s’agit du Secret des Exilés : l’appel des flammes. C’est un roman fantastique à tendance romantique, qui comporte un mariage de convenance, une armée de démons et plusieurs complots.

À partir de l’an prochain, nous pourrons commencer à réfléchir à l’agrément, à parler aux distributeurs et à augmenter nos tirages.

MT: Auriez-vous des conseils pour les étudiants qui aimeraient être publiés ou fonder une maison d’édition à leur tour ?

GB: Pour être publié, il suffit d’écrire un bon roman! La définition d’un « bon » roman variera d’un éditeur à l’autre, c’est pourquoi il faut connaître les lignes éditoriales des maisons qui nous intéressent.

Aussi, c’est très normal d’essuyer des refus au début (et même en milieu ou en fin de carrière). Il ne faut pas se décourager d’un seul refus, ni de dix; tous les auteurs professionnels sont habitués au rejet. Pendant ce temps, ceci dit, il faut continuer d’apprendre et de pratiquer. Il faut commencer d’autres projets, et non s’accrocher inutilement à son premier. Si vous avez réussi à écrire un livre, vous pouvez en écrire un deuxième, qui n’en sera que meilleur.

Quoiqu’il advienne, je recommande d’éviter les maisons à compte d’auteur, car l’auteur devient alors le client. Ceci engendre un certain « conflit d’intérêt » (c’est peu dire) dans la sélection des auteurs. Nonobstant sa qualité (subjective), un roman ainsi publié a le même problème qu’un roman autoédité, à savoir qu’il n’est plus « inédit » et est donc moins intéressant pour beaucoup de maisons, souvent pour des questions de subventions.

Je ne sais toujours pas quoi répondre à ceux qui veulent fonder leur maison d’édition, car je n’ai pas vraiment fini de fonder la mienne. Il faudra me poser la question à nouveau dans quelques années, quand j’aurai pu tirer des leçons de l’expérience!


Entrevue réalisée le 11 septembre 2025.

Megane Therrien