Cet article comprend la deuxième partie d’une entrevue avec Adrien Fumex, coordonnateur à la Fresh Paint Gallery depuis 2012 (la première partie est disponible ici). La galerie est née en 2011 de la convention internationale de graffiti Under Pressure. Elle est un espace d’exposition et un tremplin pour les artistes graffeurs émergents et promeut la culture urbaine à travers ses divers projets éducatifs et culturels. L’approche indépendante de ses membres lui permet à la fois de critiquer et de redéfinir à sa façon la perception de la culture artistique contemporaine.
Artichaut Magazine: Les artistes de la Fresh Paint Gallery et de Under Pressure sont appelés à peindre autant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Votre mandat consiste-t-il en partie en une exploration de l’espace? Y a-t-il un intérêt pour un type de lieux en particulier?
Adrien Fumex: C’est du cas par cas. On essaie de faire de notre mieux avec ce qui est accessible et l’artiste qui est là à ce moment-là. On a un deuxième espace qui va ouvrir et qui sera vraiment plus «galeriesque», pour répondre à d’autres besoins que les artistes peuvent avoir et pour présenter quelque chose de plus conventionnel. Cela permettra de passer à quelque chose de beaucoup plus élaboré et cadré professionnellement pour les artistes qui y exposent. Notre but, c’est de rendre les artistes plus autonomes, pour qu’ils soient indépendants et qu’ils puissent prendre leur propre envol. Ce projet de galerie est un peu à l’inverse de ce qu’on fait ici, mais il y a toujours ce même principe d’accessibilité. Je pars de motivations qui sont beaucoup plus abstraites. Je ne veux pas refaire là-bas ce que je fais ici. D’un point de vue artistique, c’est de penser à comment est l’espace, quel est l’univers visuel et quels seraient les médiums les mieux adaptés à l’espace en question. C’est vraiment de pousser les artistes à penser en-dehors de la boîte. Pour ça, il faut stimuler une réflexion qui est un peu plus ouverte et basée sur des constats, des observations, pas des choses qui existent déjà…

A.M.: Vous avez déjà exporté votre concept des Beaux Dégâts à Genève, en Suisse, en collaboration avec le projet Art by Friends, et à Lyon, en France. Souhaitez-vous que le projet prenne encore de l’expansion?
A.F.: Oui, clairement. Je pense que c’est dans l’intérêt de tout le monde d’échanger. Nos réseaux se développent, ça se fait un peu par étapes. On a déjà fait deux expositions en France, l’une en hiver dernier; j’y ai emmené des œuvres d’artistes québécois. C’était un beau succès, surtout que Annecy, c’est vraiment une petite ville. On a lancé un deuxième projet d’exposition en juin dernier. Ça, c’est né de quelque chose qui se faisait déjà avec le festival, qui s’appelle Out for Fame. C’est une exposition de graffiti et ça consiste à demander à des artistes issus de la culture graffiti de différentes générations de créer des visuels dans un autre contexte, beaucoup plus «galeriesque». L’idée, c’est que ça voyage, donc c’est fait sur un format papier standardisé qui prend les dimensions des cadres IKEA (parce que ce sont les seuls cadres qu’on peut trouver partout dans le monde). On l’a présentée une première fois à Annecy, où on a demandé à des artistes français et québécois de fournir quelque chose; récemment, on l’a fait à Montréal, à Verdun; en janvier prochain, ce sera à Toronto; et en mars/avril prochain, Bruxelles. Aussi, on aimerait aller à Lyon, en France. Bref, c’est une exposition itinérante. Ici, à travers ce nouvel espace de galerie, il y a beaucoup de réseaux et de personnes que j’aimerais encourager, des artistes français qui sont super intéressants et qui mériteraient d’être plus connus.

A.M.: De votre côté, est-ce qu’il y a des groupes d’artistes ou des institutions à l’international qui ont influencé le projet de la Fresh Paint Gallery?
A.F.: Je pense que celui qui m’a vraiment influencé, c’est Banksy. Le projet de galerie était à la base une réponse indirecte au film [Exit Through the Gift Shop, 2010] qui était sorti. Comme le film, c’est une grosse blague; le projet galerie est parti de cette manière-là aussi, comme pour faire une blague sur le système des galeries. Fresh Paint, c’était une blague, et Beaux Dégâts, c’est une blague. À chaque fois, on caricature quelque chose qu’on trouve un petit peu ridicule ou sensationnaliste… Banksy montre comment créer une star à partir de rien, un star system, comment fonctionne l’industrie de l’art. Dans le film, il construit Mister Brainwash, qui était un personnage de film, mais qui, au final, est devenu un vrai artiste maintenant. Il y a un second degré dans ce film qui a un peu influencé comment on allait aborder et présenter le projet. On avait accès à un lieu et il y avait cette philosophie-là qui correspondait bien à la philosophie du festival qui existait depuis longtemps; les deux se sont fusionnés vers quelque chose d’un peu plus complet.
A.M.: Est-ce que vous avez d’autres projets à venir ou qui sont en marche et que vous aimeriez approfondir?
A.F.: Il y a ce projet de seconde galerie éphémère… De plus en plus, on essaie d’activer des endroits différents à Montréal. Faire une exposition à Montréal-Nord dans le centre culturel, par exemple, nous permettrait d’être accessibles à une communauté qui ne descendrait pas nécessairement au centre-ville pour faire quelque chose, pour voir, ou alors pour participer à des ateliers.
Il y a aussi le vingtième anniversaire du festival Under Pressure. On essaie de se donner les moyens que ce soit gros. Je pense que ce sera une des grosses claques pour 2015 en évènements culturels. La claque, ce n’est pas le fait que ce soit un gros évènement, mais plutôt de réussir à le faire avec les valeurs qu’on a choisi de défendre, qui ne sont pas du tout dans le fonctionnement contemporain de n’importe quel festival ou de n’importe quelle structure corporative. Le côté marketing-distribution, on le connaît, mais on n’a pas envie de tomber dans ses travers.
Sinon, plus de choses à l’international. On prévoit entre autres faire un échange avec la France en avril. Je vais emmener deux artistes avec moi et on va y faire une exposition et faire des projets. Les projets, ce n’est pas ce qui manque. On a des projets de murales, des projets de vidéos… Ça évolue tout le temps. On essaie d’en faire le plus possible; faire plus avec moins.
A.M.: Pour le mot de la fin, qu’est-ce que vous espérez apporter à la culture de Montréal?
A.F.: Stimuler la scène. Je crois que c’est notre rôle principal. Sur le plan artistique, il y a beaucoup d’action, d’activités et de dynamisme à travers nos projets qui peuvent inspirer d’autres évènements, d’autres festivals, d’autres murales. En même temps, on essaie de stimuler un peu tous les artistes, donc il y a beaucoup de concurrence. Pour ça, je pense qu’on est un peu comme un électrochoc sur la scène. Je pense qu’on n’est pas reconnus à la valeur où on devrait l’être, mais en même temps, cela nous permet d’être low profile et de travailler dans notre coin sans être distraits par des choses qui n’ont pas d’importance. On a eu beaucoup d’impact avec Fresh Paint – il y a eu un avant et un après Fresh Paint, clairement, sur la scène des arts visuels.
Puis, je pense qu’il y a notre façon un peu subversive de faire les choses. La diversité, c’est ça qu’on apporte. On ne se cantonne pas à des cadres d’action déjà établis. On essaie d’explorer de la même manière que les artistes le font. Ce projet-là, c’était une espèce de zone grise géante dans laquelle on essaie de naviguer, entre la galerie et le musée, entre plein de codes différents.
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Les expositions de la Fresh Paint Gallery se renouvèlent aux trois mois. Il est possible de visiter la galerie du mercredi au samedi de midi à 21h et le dimanche de midi à 20h. Des visites guidées sont également offertes.
Article par Maude Pelletier. Étudiante au baccalauréat en histoire de l’art, Maude est passionnée par trop de choses pour savoir où donner de la tête.