Les pieds sur terre et la tête dans les étoiles: Mes nuits feront écho de Sophie Goyette

C’est avec les jambes molles et le cœur gros que j’ai quitté la projection de presse du premier long-métrage de…
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C’est avec les jambes molles et le cœur gros que j’ai quitté la projection de presse du premier long-métrage de la cinéaste québécoise renommée Sophie Goyette, présentation organisée dans le but de donner le coup d’envoi à la sortie en salle de l’œuvre, le 13 janvier. C’était comme si certains mots, certaines images, certains moments m’avaient parlé, avaient résonné en moi si fort qu’ils avaient fini par se creuser un trou au plus profond de mon abdomen, laissant à la fois une sensation de plein et de vide. L’œuvre fait mal, par sa beauté et sa vérité, par sa chaleur et sa foi. Elle fait mal parce qu’elle porte en elle-même ce qui hante tout un chacun et qu’elle cherche, avec amour, à valoriser cette hantise, à transformer ce cauchemar en rêve.

Mes nuits feront écho (2016) raconte l’histoire d’Éliane, de Romes et de son père Pablo, qui, s’ils sont de générations bien différentes et portent en eux-mêmes des histoires, des peines et des rêves bien différents, se retrouvent tous ici reliés par un moment unique de rencontre et de partage, un moment où tous se trouvent, à leur manière, à la croisée des chemins. C’est autour d’Éliane, jeune Québécoise qui rêve de musique et de chant, que les histoires de Romes et Pablo prendront naissance. Après avoir décidé de partir pour le Mexique sans but certain, Éliane se met à donner des cours de piano au jeune fils de Romes. Cette rencontre débouchera sur un nouveau voyage : le périple en Chine de Romes et Pablo. L’œuvre se divise en trois chapitres, portant chacun le nom d’un des personnages et cherchant, tour à tour, à créer un portrait des protagonistes et de ce qui les rassemble. L’œuvre se veut lente et méditative, laissant apparaître, à travers mots et images, les rêves, les désirs, les ambitions et les tourments de chacun. C’est dans la banalité du quotidien et la lenteur du temps que les âmes se laissent écouter, partageant l’une à l’autre leur peur du temps qui fuit, leur peur de l’échec, de l’oubli, de la solitude et de la mort. L’œuvre, par ses trois récits, parle de ce qui nous habite tous : cette condition douloureuse qui ne peut exister que si l’espoir y habite aussi.

Mes nuits feront écho – Sophie Goyette

Le premier long-métrage de Sophie Goyette, présenté en première mondiale au dernier Festival du Nouveau cinéma (2016) et sélectionné, en compétition officielle dans la catégorie « Bright Future », au prestigieux Festival des films de Rotterdam, où il sera bientôt présenté, frappe par cet univers mélancolique où règne, au final, une ode touchante à la vie : cette vie si courte dans laquelle on ne peut faire autrement que continuer de rêver, d’avancer, de se dépasser. Tout comme les personnages de son film, qui ouvrent à la lumière du jour ou à la lueur de la nuit leur intériorité profonde grâce à l’imaginaire de l’art, du rêve et du récit, la cinéaste offre, avec Mes nuits feront écho, une création sincère et riche, touchant par son besoin pressant de dire, de partager et d’oser. Comme me l’a expliqué l’artiste, lors d’une généreuse rencontre, « l’art aide à transcender les choses. Il peut être, dans la vie de tous les jours, une échappatoire comme un miroir de nous-mêmes ; il peut être confrontant comme réconfortant ». Sophie Goyette, connue, reconnue et acclamée, au Québec comme à l’international (Sundance, Locarno, TIFF), pour ses nombreux courts-métrages, présente son premier long-métrage comme la traduction d’un sentiment ponctuel qui l’habitait depuis un temps et qui nécessitait un partage. Mes nuits feront écho est en ce sens une œuvre qui vient du cœur. Et qui vient aussi du cœur de plusieurs autres artistes ayant participé au film, artistes que Sophie Goyette pose comme de précieux collaborateurs et collaboratrices. Notamment : Léna Mill-Reuillard à la direction photographique et Éliane Préfontaine à la musique et à l’interprétation du personnage d’Éliane.

Sophie Goyette – Crédit Photo : Ulysse del Drago

Avec sa vision, sa poésie et son témoignage, Mes nuits feront écho, constitue un premier long-métrage sincère, touchant et riche. Le film, pouvant peut-être paraître opaque par son rythme lent et ses images oniriques, reste au final grandement accessible par son message à la fois universel et intemporel, traversant les générations et les frontières. Mes nuits feront écho est un hymne à la beauté de la vie et sa fugacité, hymne qui nous ancre les pieds sur terre et nous fait rêver aux étoiles. Comme la cinéaste l’a si bien proposé, tout ce que le film peut aujourd’hui espérer, c’est de réussir, l’espace d’un court instant, à offrir un moment pendant lequel le spectateur puisse ne plus se sentir seul. Un moment où la chaleur du partage et de la rencontre puisse réussir à nous rassembler tous.

Mes nuits feront écho est sorti en salle le 13 janvier à Montréal (Cinéma Beaubien, Cinémathèque québécoise, Station Vu), à Québec, Sherbrooke, Sept-Îles et Rimouski.

Article par Catherine Bergeron.

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