45e anniversaire du Noroît. « Les mots sont musique »

Les Éditions du Noroît célébraient leurs quarante-cinq ans d’existence le 20 octobre dernier, au Conseil des Arts de Montréal. Pour…
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Les Éditions du Noroît célébraient leurs quarante-cinq ans d’existence le 20 octobre dernier, au Conseil des Arts de Montréal. Pour souligner sa longue histoire d’amour avec la poésie, la maison d’édition a offert une soirée de lecture surprenante. Par le spectacle musical conçu et dirigé par André Pappathomas, le Noroît soulignait sa longue présence dans la vie littéraire du Québec tout en réaffirmant son actualité.

Photographie du spectacle d'anniversaire Source: Page Facebook des éditions du Noroît
Photographie du spectacle d’anniversaire
Source: Page Facebook des éditions du Noroît

Depuis 1971, la petite maison d’édition – aujourd’hui pilotée par les poètes Paul Bélanger et Patrick Lafontaine – se consacre à faire rayonner la poésie d’ici et d’ailleurs, en publiant annuellement une vingtaine de recueils de poésie et d’essais littéraires. Assurant une continuité entre la poésie d’hier, d’aujourd’hui et de demain, le Noroît met en valeur des classiques de la poésie québécoise dans sa collection « Ovale », entretient des relations fidèles avec ses poètes – pensons à Jacques Brault, Pierre Ouellet ou encore, Élise Turcotte –, et favorise l’émergence de nouvelles voix poétiques, notamment par sa collection « Initiale » qui donne l’occasion à des auteur.e.s de publier leur premier recueil.

Pour sa soirée d’anniversaire, c’est justement ce rapport harmonieux entre tradition et renouvellement des formes poétiques que le spectacle musical d’André Pappathomas mettait de l’avant. Compositeur, directeur de chœur et mise en scène pour des projets touchant autant à l’architecture qu’à la littérature et aux arts visuels, Pappathomas a imaginé une tout autre manière de lire de la poésie, qui détonnait agréablement avec le sérieux institutionnel de l’imposant hall de l’ancienne Bibliothèque nationale du Québec.

En ouverture, les voix de quatorze poètes ayant publié dans la dernière année se faisaient entendre du balcon entourant la salle. Trônant au-dessus des noms gravés dans la pierre de Montesquieu, Bossuet, Shakespeare, Goethe, elles résonnaient et s’entremêlaient à la voix de la mezzo-soprano Marie-Annick Béliveau, ainsi qu’aux sons du violon, du violoncelle et de la clarinette. Cette première pièce polyphonique, dans laquelle le sens des mots se perdait pour devenir une forme de musique, mettait sur un pied d’égalité les voix des poètes et les instruments. La suite du spectacle, qui se déroulait au rez-de-chaussée en quatorze courtes pièces, allait accentuer davantage cette équivalence.

Tour à tour, les poètes sortaient du chœur (composé de dix personnes, en plus des poètes) pour lire un extrait de leur œuvre, accompagnés par la musique. Chaque lecture constituait une proposition musicale distincte qui pourtant s’inscrivait en continuité avec l’ensemble du spectacle. À un moment, abandonnant la direction du chœur (qui s’en est très bien sorti), c’est le metteur en scène lui-même qui a ajouté une voix à l’ensemble : celle d’un instrument inventé fabriqué à partir d’un cadre de métal où se rejoignent, dans un cercle doré, au centre, différentes cordes.

Pappathomas ne s’est pas contenté de supporter musicalement les textes indépendamment des autres, mais a plutôt ouvert un dialogue par l’improvisation dirigée. Un dialogue dans lequel les voix, les chants et les instruments se répondaient, s’arrêtaient parfois pour mieux entendre l’autre et, parfois, parlaient tous ensemble. En travaillant avec la singularité de chaque texte, mais également avec la diversité des voix et des rythmes de lecture, les poètes devenaient à leur tour un instrument qui s’accordait à l’harmonie d’ensemble.

Le spectacle s’est construit en trois rencontres et quelques échanges de courriel où les auteur.e.s suggéraient des idées concernant leur texte. Si, au départ, les poètes ignoraient que leur participation impliquait de chanter et que plusieurs avaient peur de fausser, ils et elles se sont toutefois prêté.e.s à la proposition de Pappathomas, ce dernier leur ayant assuré avec humour que le spectacle serait tellement éclaté qu’il serait impossible de fausser. Et effectivement, il n’y avait rien à redire au niveau de la justesse.


Spectacle conçu et dirigé par André Pappathomas. Avec les poètes Monique Adam, Martine Audet, Luc C. Courchesne, Louise Dupré, Jennyfer Gauthier, Gabrielle Giasson-Dulude, Michel Julien, Jonathan Lamy, Alexandre L’Archevêque, Pierre Ouellet, Diane Régimbald, Hector Ruiz, Mathieu Simoneau et Élise Turcotte. Accompagnés de Marie-Annick Béliveau, mezzo-soprano ; Rachel Burman, violoncelle ; Mathieu Gaudreault, violon ; Christine Hoerning, clarinette ; André Pappathomas, instrument inventé, de même que du Choeur bref du Noroît composé d’André Beaudoin, Isabelle Bernier, Pierre DeGagné, Claire Dion, Ginette Despatie, Michèle Houle, Claire Lafontaine, Isabelle Larrivée, Marie-Pierre Michaud et Martine Turgeon.

Article par Soline Asselin.

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