Robert Morin au «Je». Entretien avec Robert Morin

Une rétrospective de l’œuvre du cinéaste Robert Morin est en cours à la Cinémathèque québécoise. Les Montréalais peuvent sans plus…
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Une rétrospective de l’œuvre du cinéaste Robert Morin est en cours à la Cinémathèque québécoise. Les Montréalais peuvent sans plus tarder assister aux projections de plusieurs films du réalisateur, notamment Papa à la chasse aux lagopèdes, Le nèg, Journal d’un coopérant, Windigo et Que Dieu bénisse l’Amérique. Les amateurs d’un cinéma «très près de la réalité» ont donc l’occasion de se familiariser avec l’œuvre de l’incontournable et audacieux cinéaste québécois. Entretien avec cette curiosité nationale. 

Confortablement installé dans son bureau à domicile, les jambes croisées, Robert Morin répond très franchement lorsqu’on lui demande ce qu’il pense de cette nouvelle rétrospective. «Une rétrospective, c’est comme si quelqu’un publiait les albums de photos de famille de mon enfance. Ça me met un peu mal à l’aise», explique le cinéaste, le sourire aux lèvres. «Mais c’est flatteur, il n’y a rien d’autre à dire», ajoute celui où de la banalité émane l’élégance. Sa barbe mal rasée et son franc-parler laissent planer une désinvolture engagée qui n’est pas sans rappeler l’attitude de feu Pierre Falardeau. Comme le père d’Elvis Graton en son temps, Morin est manifestement interpelé par sa société, ce qui transparait inévitablement dans son cinéma qui illustre maints enjeux réels à toutes les sauces.

Robert Morin, rétrospective
Crédit photo: Pedro Ruiz

Une absence de fierté
Malgré son style avant-gardiste, Morin ne croit pas au talent. D’autant plus qu’il ne ressent pas de fierté à exercer son métier. «La notion de fierté est beaucoup galvaudée au Québec. Moi, je n’ai pas de fierté à faire mes films. J’exerce ce métier parce que je ne peux pas vraiment faire autre chose.» C’est avec une sincère modestie que le cinéaste se dit d’avis que travailler fort peut être payant pour n’importe qui. «Il n’y a pas de quoi être fier à être soumis à ce qu’on est. Tu ne peux pas être fier d’avoir les yeux noirs, tu n’y es absolument pour rien. C’est la même chose pour les films. J’ai fait ce que j’avais à faire.» L’artiste ne fait manifestement pas des films pour la reconnaissance, mais bien pour s’exprimer. À l’instar de Denis Côté (Vic + Flo ont vu un ours), Morin n’a pas peur de choquer son auditoire pour se faire entendre. «Mes films sont des bibittes. Les gens n’aiment pas les bibittes», ajoute-t-il. Très modeste à l’égard de ses accomplissements, le cinéaste n’a cependant pas le pouvoir de nous empêcher de discerner, à travers ses yeux bleu clair, cette clairvoyance à l’égard de l’environnement qui l’entoure, digne de celle des frères Coen (Fargo). Elle se profile sur ses œuvres, donne vie à ses images et leur confère toute leur puissance.

À la manière du cinéaste italien Vittorio De Sica, dont il dit s’inspirer, Morin voulait trouver un nouveau moyen cinématographique pour exprimer ses propos sociaux. Alors que le réalisateur italien avait eu l’audacieuse idée de faire jouer des acteurs non professionnels pour favoriser le réalisme (Le voleur de bicyclette), Robert Morin privilégie une caméra au «Je», plutôt qu’au «Il». Cette technique est désormais récurrente dans la plupart de ses films. En procédant ainsi, il reproduit de faux témoignages qui paraissent inévitablement vrais. La caméra est souvent maniée directement par les personnages (Papa à la chasse aux lagopèdes, Petit Pow Pow Noël). Il arrive aussi qu’elle soit partie prenante de l’histoire en incarnant un protagoniste dont l’œil est tout simplement la lentille (Requiem pour un beau sans-cœur). Malgré la répétitivité de la technique, l’efficacité de cet effet surprend néanmoins à tous les coups.

Rappelons que la rétrospective de Robert Morin est présentée jusqu’au 14 février prochain. L’horaire de toutes les projections est disponible sur le site de la cinémathèque québécoise. Cette rétrospective a lieu afin d’introduire son plus récent film, 3 Histoires d’Indiens, qui sera présenté en première mondiale le 13 février au festival de Berlin et à Montréal le 26 février, dans le cadre des Rendez-Vous du Cinéma Québécois.

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Robert Morin: Comme d’autres sont des gars de char, présenté du 8 janvier au 14 février 2014 à la Cinémathèque québécoise (335, boul. De Maisonneuve Est, Montréal).

Article par Émile Mercille Brunelle.

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