Recoller les morceaux un par un. Moé pis toé de Véronique Grenier.

Le mal du siècle, c’est ce qu’on dit de la dépression. Je ne sais même pas si j’ai assez de…
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Le mal du siècle, c’est ce qu’on dit de la dépression. Je ne sais même pas si j’ai assez de doigts pour compter tous ceux que je connais qui en ont souffert ou qui en souffrent encore. Dans un spectacle qui réchauffe au plus profond du cœur, Véronick Raymond met en scène des textes de Véronique Grenier et accompagne les actrices dans leur cheminement pour passer au travers d’une dépression. La pièce Moé pis toé était présentée dans le cadre du Festival St-Ambroise FRINGE à la Salle Multimédia du Conservatoire de musique et d’art dramatique du Québec du 14 au 21 juin 2015.

La scénographie toute simple fonctionne à merveille. Des cubes blancs sont disposés sur la scène et servent de banc, d’accotoir ou d’estrade pour les actrices. Des petits accessoires, œuvres de Gaële Cluzel-Gouriou, sont disposés sur le sol: coussins, chandelles, verre de vin rempli de papiers, etc. Les éclairages sont très simples, mais permettent de centrer le regard et de créer un effet enveloppant autour des comédiennes, renforçant ainsi l’intimité entre elles, mais aussi avec le public.

Dessin de Cath Laporte
Dessin de Cath Laporte

Un violoncelliste, Serge Mandeville, jouant des suites de Bach est déjà sur scène lorsque le public entre – il accompagnera la représentation en plus de narrer certaines parties du texte et de réciter des fragments de Bukowski ou de Kundera, pour ne nommer que ceux-ci. Chacune à leur tour, les comédiennes récitent le texte de Véronique Grenier, parfois en petit groupe, parfois seules. Une mise en scène économe en mouvements, mais très efficace, laisse toute la place au texte, sans distraire par des gestes superflus. Toute la splendeur du texte est donnée à entendre, interprété par Marie-Ève Babineau, Marie-Ève Bertrand, Mylène Bérubé, Gaële Cluzel-Gouriou, Véronique Daudelin, Véronique Gallant, Katia Lévesque, Serge Mandeville, Véronique Marchand et Véronick Raymond, aux voix profondes et colorées. D’ailleurs, elles sont très solides, et réussissent bien à nous transmettre l’état ressenti par la narratrice du texte. On sent toute la vulnérabilité, mais aussi la force qui permet de combattre la douleur et de rester en vie. L’écriture est juste, touchante, mais surtout savoureuse, grâce aux images, aux nouvelles expressions créées, mais surtout à la sincérité de celle-ci; chaque nouvelle réplique est un plaisir pour les oreilles.

La dépression est abordée ici d’une façon tellement douce et franche. Pour une fois, on nous explique aussi le après, comment on réapprend à aimer la vie. C’est plutôt rare qu’on nous montre l’envers du décor, le comment ça se passe quand on sort de l’hôpital, comment on reprend la vie, avec les bons et les mauvais moments. Par ailleurs, ce n’est pas que l’état mental qui est abordé. On nous parle de la vie, des amours déchirées et les autres, naissants, qui viennent mettre un baume sur le cœur. Il y a les enfants aussi, qu’il faut élever, même si toute l’énergie y passe, effort qui au final est récompensé. En effet, Grenier nous livre un beau portrait de la maternité, dans tout ce qu’elle comporte de défis, de maladresses, mais aussi de fous rires devant les comportements de cette progéniture.

Ce qui est particulièrement touchant dans la proposition, c’est que les actrices se livrent, vraies, devant nous. Non seulement, nous, public, nous pleurons et reniflons allègrement, mais elles aussi, devant nous, sans subterfuge, à être aussi touchées que nous par le texte. Un spectacle à voir, parce qu’il montre la dépression sous un autre angle et déconstruit tous les clichés entourant cet état mental. On passe par toutes les gammes d’émotions, mais on se sent accueilli sur un petit coussin et bercé comme un bébé au son du texte de Grenier.

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La pièce Moé pis toé était présentée dans le cadre du Festival St-Ambroise FRINGE à la Salle Multimédia du Conservatoire de musique et d’art dramatique du Québec du 14 au 21 juin 2015.

Article par Anne-Marie Spénard – Issue du baccalauréat en Études théâtrales à l’École supérieure de théâtre, Anne-Marie est aussi passée par les Women’s Studies à Concordia . Elle entretient une légère obsession pour la question des genres, la musique et la mer.

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