Créer un spectacle sans dépenser d’argent, voilà le mandat que se sont donné Les Débrouill-Art(des), collectif composé de Chloé Ouellet-Payeur et Marie-Philippe Santerre. La pièce Essai #2 était présentée du 14 au 21 juin 2015 à la Salle Jean-Claude Germain du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui dans le cadre du Festival St-Ambroise FRINGE.

La précarité dans le domaine des arts est un sujet hautement fouillé par les artistes montréalais. Ce n’est pas surprenant si on se fie à toutes les coupures effectuées par le gouvernement – et cela va de mal en pis, je ne crois rien vous apprendre ici. Ceci explique qu’autant de compagnies s’acharnent à survivre et à continuer de produire des spectacles, mais aussi qu’elles insistent à parler du manque de subventions. Il faut donc être original pour se démarquer parmi toutes ces créations. Les Débrouill-Art(des) nous proposent une formule «bricolée main», où elles s’occupent elles-mêmes de tous les départements, sauf de la narration, pour laquelle elles ont fait appel à des acteurs bénévoles.
Les deux artistes font preuve de beaucoup de débrouillardise, tel que laisse présager le nom de leur collectif. La scénographie, pour la nommer ainsi, est composée de quelques petites stations disposées sur scène, dont une pour le son, comportant un téléphone cellulaire que les actrices manipulent afin de faire jouer la musique ou une voix narrative qui explique les différents tableaux du spectacle. Une autre station est composée d’une lumière de Noël en forme de chandelle et de petites cartes, résultats de la recherche des deux danseuses. Cette station n’est utilisée qu’au début, et nous n’y avons ensuite accès que par le regard sans pouvoir lire ce qui y est écrit, ce qui est un peu dommage.
Les deux interprètes sont déjà sur scène lors de l’entrée du public et attendent le début du spectacle. Celui-ci commence par une petite introduction durant laquelle Marie-Philippe Santerre danse sur une musique digne d’un film d’horreur. L’enregistrement saute, volontairement, et c’est alors Chloé Ouellet-Payeur qui fredonne la musique, tout en éclairant Marie-Philippe à l’aide d’une lampe frontale. L’effet est réussi, particulièrement lorsque la lampe frontale est en mode «intermittent» et que Marie-Philippe se meut au rythme de l’effet stroboscope. L’utilisation de la lampe frontale, notamment lorsque les deux dansent en même temps est très réussie et nous permet de voir les mouvements sous un angle que nous voyons rarement, puisque les éclairages ne sont généralement pas aussi sombres. Il s’ensuit une chorégraphie où les danseuses font une analogie entre le ballet classique et le style de danse house. Cette partie est très intéressante, mais elle finit par s’étirer; après avoir compris le concept, nous perdons un peu de l’émerveillement du début.
Le dernier tableau est malheureusement celui qui laisse le plus indifférent. Marie-Philippe encourage le public à payer pour que Chloé fasse des acrobaties. Les enchères commencent à 2$ et grimpent au-delà de 20$. Ce n’est pas d’hier que les artistes utilisent leur corps et leurs prouesses pour gagner le cœur, mais aussi l’argent des spectateurs – pensons seulement au théâtre de tréteaux au Moyen Âge. Pourquoi ce retour en arrière, pourquoi terminer le spectacle avec un numéro qui nous en rappelle tant d’autres? D’ailleurs, n’est-ce pas contredire le propos original du spectacle que de quémander? En demandant de l’argent au public, le spectacle devient, dans une certaine mesure, subventionné, puisqu’en somme, cet argent qu’on leur fournit, devient leur salaire (très maigre, j’en conviens).
Quant au principe de faire un spectacle sans dépenser, n’est-ce pas que de se tirer dans le pied que de prouver au gouvernement que nous pouvons nous passer de leur argent? Je veux dire ici qu’en montrant d’emblée que nous n’avons pas besoin de subvention, croiront-ils que nous n’en avons pas besoin? C’est un questionnement auquel je n’ai malheureusement pas de réponse et qui me tourmente l’esprit depuis quelque temps. Cela dit, le spectacle mérite d’être vu pour l’humour, mais surtout pour le talent, la technique et l’ingéniosité des deux danseuses.
——
Essai # 2 était présenté du 14 au 21 juin 2015 à la Salle Jean-Claude Germain du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui dans le cadre du Festival St-Ambroise FRINGE.
Article par Anne-Marie Spénard – Issue du baccalauréat en Études théâtrales à l’École supérieure de théâtre, Anne-Marie est aussi passée par les Women’s Studies à Concordia . Elle entretient une légère obsession pour la question des genres, la musique et la mer.