Entrevue avec les créateurs de Le monde est petit– Vous êtes ici

Le monde est petit est initialement un dialogue entre trois concepts territoriaux qui deviennent personas : Ville, Banlieue et Région. Chacun est ici réduit à une image, à un cliché que l’on transpose, dans un espace des Écuries, pour qu’il prenne vie. Trois personnes sont positionnées dans trois coins du théâtre pour enfiler le masque de leur territoire respectif.
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L’équipe de
Le monde est petit est composée de Lorie Ganley, Joanie Fortin et Steave Ruel. Leur travail sera présenté du 28 au 30 septembre prochain au Théâtre Aux Écuries dans le cadre de l’événement Vous êtes ici produit par LA SERRE — arts vivants.

Un rêve de ver nu, Annette Messager, 2011
Un rêve de ver nu, Annette Messager, 2011

Qui êtes-vous?

Fraîche émoulue de l’École supérieure de théâtre de l’UQAM, profil Études théâtrales, nous sommes une bête à trois têtes avide d’art vivant.

Je suis Lorie Ganley, conceptrice et performeuse pour Le monde est petit. Je m’intéresse particulièrement à la place du spectateur dans une représentation. J’aime questionner son rapport face aux différents aspects qui forment le spectacle et comment celui-ci peut contribuer directement, malgré lui à la représentation.

Je suis Joanie Fortin, conceptrice et performeuse pour Le monde est petit. Nouvellement étudiante au DESS en théâtre de marionnettes contemporain de l’UQAM, je m’intéresse à l’objet comme personnage médiateur. Dans ce projet, je suis la tête qui cherche ce qui peut se dire sans les mots, notamment au travers de l’objet et du son.

Je suis Steave Ruel, concepteur et performeur pour Le monde est petit. Je suis avide d’écriture, de construction dramatique et j’ai un besoin, sans équivoque, de réfléchir, constamment, aux différentes formes théâtrales. Pour ce qui est de ce projet, on s’est réunis autour d’une question : le territoire définit-il l’identité? L’identité est en constante transformation, pourquoi est-ce qu’on continue à s’enivrer de clichés attachés au lieu où l’on demeure? Par l’entremise de la technologie/Skype (pont entre les différents lieux), je saute dans cette exploration avec énormément de plaisir et je suis plus que choyé de le faire avec deux têtes chercheuses hors du commun!

 

Qu’est-ce que vous proposez à Vous êtes ici?

Le monde est petit est initialement un dialogue entre trois concepts territoriaux qui deviennent personas : Ville, Banlieue et Région. Chacun est ici réduit à une image, à un cliché que l’on transpose, dans un espace des Écuries, pour qu’il prenne vie. Trois personnes sont positionnées dans trois coins du théâtre pour enfiler le masque de leur territoire respectif. Ce masque est d’abord virtuel. En communication par Skype, chacun fait face à l’image de l’autre tout en étant renvoyé à la sienne. Les actions transmises sont quotidiennes, voire banales, et se répètent. Toutefois, il y a quelque chose qui tente de se créer entre ces trois espaces, quelque chose d’invisible pouvant se manifester entre ceux qui les habitent et ceux qui les traversent, cette même chose hasardeuse qui fait que l’on s’exclame : «le monde est petit!» (en assumant le cliché).

Le spectateur est invité à voyager dans ce triangle, à suivre les perceptions qui circulent d’un écran à l’autre et à voir ce qui déborde des lignes. La forme est hybride, mais on peut tenter (maladroitement) de la définir ainsi : elle est installative car il est possible de l’observer de près ou de loin, d’y accorder le temps que l’on veut. Également performative, elle se fonde sur la coprésence d’actions effectuées dans l’immédiat, lesquelles suffisent parfois pour dialoguer. La forme reste quand même théâtrale car une histoire cherche à se raconter au sein de celle-ci. Finalement, le projet n’est pas du tout ce qui vient d’être décrit, mais une variation sur le chiffre trois (on blague).

 

Qu’est-ce que tu vous dites/faites/vivez avec/dans votre proposition?

On s’est beaucoup questionnés sur les problématiques reliées à la distance, aux frontières, aux territoires et aux rapports humains qui en découlent. Ces sujets chauds concernent les populations d’ici et d’ailleurs. On ne possède pas la légitimité pour les empoigner dans leur entièreté et espérer dire quelque chose d’éloquent…ou quelque chose tout simplement. Par contre, ces rapports existent également dans les contextes les plus restreints. On a donc observé nos nombrils pour voir ce qu’on pouvait y trouver et on a réalisé qu’on parlait de la ville, de la banlieue et de la région comme si le Québec était séparé en trois parties. Instinctivement, on a placé la ville au centre, la région à l’extrémité la plus reculée et la banlieue dans l’entre-deux. On a alors suivi nos réflexes de pensée, qui mènent presque toujours vers les mêmes clichés, pour reporter ces imageries dans un cadre encore plus petit.

Ce que l’on souhaite vivre et faire vivre avec Le monde est petit, c’est une sorte de voyage. Le voyage est vécu par celui qui se déplace, en l’occurrence le spectateur, mais également par celui qui reçoit. Dans chaque espace, il y a donc en parallèle une image projetée par l’écran, contrôlée et encadrée, et une rencontre réelle, laquelle peut modifier le contenu de l’image. C’est ce jeu de perceptions qui nous intéresse, dans lequel une représentation simpliste peut devenir objet de création et de dialogue, tout dépendant l’on se situe et si l’on varie ses points de vue. À ce propos, on s’inspire aussi du palindrome. Comme les composantes d’une même phrase, les trois espaces peuvent être lus dans tous les sens.

Bref, on a hâte de vivre ce voyage et d’être, probablement et heureusement, déroutés.

 

La courte forme pour vous, c’est contraignant/stimulant/aucun changement?

C’est stimulant, mais on ne présente pas une courte forme. Notre projet a lieu dans des espaces intermédiaires du théâtre et se déroule principalement durant les transitions prévues pour Vous êtes ici. Sa durée est donc fragmentée en même temps que d’être continue. Le spectateur peut nous accorder cinq minutes comme il peut choisir de rester à nos côtés pendant deux heures. En fait, on s’installe chacun dans notre coin, on l’habite comme on peut et on voit ce qui se passe. Cette grande part d’aléatoire est une contrainte riche qui fait en sorte que la forme de notre projet devient également un fond. Toujours dans l’idée du voyage, on peut s’arrêter à l’image d’un lieu, à son impression première, comme un peut s’arrêter dans ce lieu pour voir comment l’image est construite. Pour chaque spectateur, l’expérience est nécessairement différente.

Le projet présente trois temporalités qui agissent en simultané. C’est également un facteur moteur avec lequel on peut se permettre de jouer sur différents rythmes pour créer des décalages, des points de frictions ou, à l’inverse, des complémentarités entre les trois espaces. Les ponctuations créées étant principalement influencées par les allées et venues du public, on se retrouve également spectateur de ce déambulatoire qu’est Vous êtes ici. De nos carrefours, on peut assister aux transitions, aux courses folles et même aux temps morts qui surviennent dans les couloirs. Cette position est très féconde. Dans celle-ci, attendre, c’est faire quelque chose. On n’est jamais au repos, et c’est bien.

 

Comment on se sent en tant que jeune diplômé-e en arts vivants?

Les trois têtes sont d’accord pour dire : libres.

 

Vous êtes iciune initiative de création par LA SERRE – arts vivants, sera présentée du 28 au 30 septembre 2017 au Théâtre Aux Écuries.

Steave Ruel, ex-chef de pupitre théâtre de l’Artichaut s’est commis comme auteur à plusieurs reprises. Pour lire ses textes, suivez ce lien.

Ô bonheur, Lorie Ganley a aussi été collaboratrice pour l’Artichaut, vous pouvez la lire ICI!

Artichaut magazine

— LE MAGAZINE DES ÉTUDIANT·E·S EN ART DE L'UQAM