Le Collectif Grande Surface présente jusqu’au 12 décembre à la Chapelle une reprise de son spectacle présenté l’an dernier dans le cadre des productions libres de l’UQAM, Et quand vient le silence (on se rend compte que personne n’avait rien d’important à raconter). Une œuvre forte et fracassante qui dit juste et laisse les images s’infiltrer en splash publicitaire épeurant. On plonge dans le doute de notre confort, de notre réalité crue et passive, et ça donne l’impression de se faire présenter un paquet de guimauves géantes sans gras parce que boire un coke diète, ça fait du bien à la conscience.

Tout commence par la présence en scène et ce rapport infiniment puissant aux images. La scène, cette grande allée de magasin générique où l’on retrouve des boîtes de carton, du matériel essentiel, comme du papier hygiénique, jusqu’au chocolat liquide Quik, sucre et guimauve, luxe superflu. Les personnages se retrouvent en camping, sur un plateau de tournage, dans un ring de lutte et nous font traverser toutes sortes de délires. Les allées deviennent des tranchées de guerre où vivre et mourir sont des verbes drôlement synonymes. Cette confrontation entre notre image, notre réalité et celle que les comédiens dépeignent forme une sorte de monstre devant lequel on rit jaune. La présence de la musique est marquante. Partant d’airs connus ou de sons effrayants, jusqu’à chanter haut et fort «Pour some sugar on me», oui, de DEF LEPPARD, ils y vont à fond. On sort de là avec la chanson dans la tête et les images d’une ode aux beignes cancéreux de chez Dunkin Donuts dans les globes oculaires.
Les textes de Rodrigo Garcìa sont forts et justes et restent un outil scénique égal aux autres matériaux scénographiques tels que les éclairages, les sons et les images. C’est un amalgame juste entre les poèmes et les dérapages imagés et contrôlés que se permet le collectif. Malgré tout, les images et teintes de Garcìa sont présentes dans une perspective plus ludique. Les thèmes sont aussi très similaires: la nature, la consommation et le corps mêlé à la matière.
Les comédiens ne se gênent surtout pas pour faire intervenir le public. Le visage d’un spectateur sur grand écran lisant un texte et cherchant maladroitement à émouvoir, alors que l’on tente en même temps de nous vendre une boisson gazeuse, c’est aussi ça le spectacle. Le tout évidemment accompagné d’une musique dramatique et fait avec un humour bien placé.
Le collectif Grande Surface est composé de Joanie Poirier et Jonathan Saucier à la mise en scène et à l’écriture de plateau, les interprètes sont Chloé Barshee, Mickaël Tétrault-Ménard, Audrey Leblanc, Jérôme Bédard et Véronique Lachance. Charlotte Hoffmann et Claire Renaud sont à la conception. Une relève éclatée qu’il faudra suivre de près.
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Et quand vient le silence (On se rend compte que personne n’avait rien d’important à raconter) était présenté au théâtre la Chapelle du 8 au 12 décembre 2015. Pour lire l’entrevue avec Joanie Poirier cliquez ici.
Article par Marilyne Lamontagne.