Le nord revisité. Uvanga de Marie-Hélène Cousineau

Présenté le 25 février dernier lors des Rendez-vous du cinéma québécois, Uvanga pose un regard neuf sur les habitants du…
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Présenté le 25 février dernier lors des Rendez-vous du cinéma québécois, Uvanga pose un regard neuf sur les habitants du Nord canadien. Alors que les problèmes socio-économiques des nations autochtones commencent tranquillement à prendre leur place au grand écran, le long métrage de Marie-Hélène Cousineau vient dépeindre une réalité qui donne envie de partir à la découverte de ces vastes territoires encore méconnus.

Crédits photographiques: Arnait Video Productions Inc.
Crédits photographiques: Arnait Video Productions Inc.

Les films sur le Nord canadien inspirent de plus en plus les cinéastes d’ici et permettent aux cinéphiles d’en apprendre davantage sur leurs racines. Il est habituel d’observer cette région du monde sous la loupe d’un documentariste, mais les réalisatrices Marie-Hélène Cousineau et Madeline Piujuq Ivalu viennent changer la donne en proposant une fiction qui réussit le pari de conserver l’authenticité du Nunavut. La réalisation est d’une si grande finesse, qu’à la première écoute, fiction et documentaire s’accordent parfaitement à la trame narrative au diapason.

Uvanga relate l’histoire d’Anna (Marianne Farley), une Montréalaise, qui se rend à Igloolik avec son fils Tomas (Travis Kunuuk) pour lui faire découvrir ses origines. Quelques années auparavant, Anna avait eu une relation avec le père de Tomas, décédé dans des circonstances pour le moins nébuleuses. À travers ces retrouvailles familiales, les deux Montréalais se découvriront peu à peu et retraceront leur histoire.

Marianne Farley (Anna) et Carol Kunnuk (Sheba). Crédits photographiques: Mongrel Media.
Marianne Farley (Anna) et Carol Kunnuk (Sheba). Crédits photographiques: Mongrel Media.

Même si le thème de la quête identitaire peut sembler quelque peu cliché, Uvanga plonge le spectateur dans un conflit beaucoup plus profond: celui du choc culturel. Se projetant dans les personnages d’Anna et de Tomas, le public réalise qu’il en connaît peu sur ses racines. Les réalisatrices ont choisi de tourner le long métrage au moment charnière du mois de juillet. Le film est ainsi travaillé avec la lumière du soleil de minuit. Les spectateurs vivent à travers la lentille un phénomène naturel dont l’existence reste un mystère pour ceux ne l’ayant jamais observé. L’œuvre est d’une très grande simplicité et fait l’éloge des merveilles des territoires autochtones.

Une autre des grandes réussites de la réalisation du film est d’avoir choisi des acteurs du collectif Arnait Video dont certains ne sont pas des acteurs professionnels, mais apportent un vent de fraîcheur à la distribution. Il est évident que quelques écarts entre le jeu des acteurs sont perceptibles, mais c’est rapidement pardonné par le désir d’avoir voulu conserver l’authenticité du village inuit.

Crédits photographiques: Arnait Video Productions Inc.
Crédits photographiques: Arnait Video Productions Inc.

Les acteurs n’étant pas de grandes «vedettes», il est plus ardu de trouver un marché pour promouvoir le film, explique Marie-Hélène Cousineau. Selon la réalisatrice, le cinéma est un art industriel et bien plus que l’éloignement et les grands froids, c’est cette compétition au sein du marché qui constitue le réel obstacle. «Le défi c’est d’avoir les ressources du fond de production canadien qui est plus tourné vers les productions francophones et anglophones. La bataille des producteurs autochtones c’est d’avoir accès à ces fonds», souligne-t-elle.

Uvanga a eu un franc succès auprès de la communauté d’Igloolik. La chance de voir leur communauté peinte au grand écran a constitué un immense bonheur pour les Inuits. Le long métrage s’oppose aux grandes productions canadiennes et américaines et c’est probablement ce qui le rend si touchant, il est empreint d’une grande humanité.

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Uvanga était présenté dans le cadre des RVCQ le 25 février dernier. Le long métrage sortira en salle au Québec le 2 mai prochain.

Article par Jasmine Legendre.

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