En 2014, neuf étudiants de l’UQAM en jeu et scénographie s’unissent pour monter une pièce dans le cadre des productions libres de l’université. Ce collectif prend le nom de Grande surface comme les grands magasins interminables et comme l’aire de jeu immense que les artistes se donnent. Le texte dramatique, intitulé Et quand vient le silence (on se rend compte que personne n’avait rien d’important à raconter) et tiré d’extraits des recueils de poésie de Rodrigo Garcìa, dramaturge et metteur en scène argentin, est fragmenté. Ils reprendront cette production à la Chapelle dès le 8 décembre prochain. L’Artichaut a rencontré la co-metteure en scène Joanie Poirier pour discuter du projet.

Artichaut magazine: Comment avance Et quand vient le silence (on se rend compte que personne n’avait rien d’important à raconter)?
Joanie Poirier: Je pense qu’on est assez confiant du chemin qu’on a fait. C’est un grand saut de se retrouver dans les murs d’un théâtre comme la Chapelle. Il y a un souci de remplir la salle en plus du souci artistique. C’est sûr que nous avons eu la chance d’explorer beaucoup dans le cadre des productions libres de l’UQAM en 2014. Nous voulions nous donner un an par la suite pour, évidemment, remplir les papiers, trouver un espace pour nous produire, faire les demandes de subventions qui jusqu’ici nous sont toujours refusées. Nous devons nous adapter à un tout nouveau vocabulaire pour comprendre tous ces rouages en dehors de la création. C’est une toute nouvelle démarche sur le terrain qui est tellement enrichissante. Nous avons hâte de nous retrouver dans les lieux, sur la scène et de donner tout ce que nous avons.
A.M: Pourquoi reprendre le spectacle?
J.P.: Nous sommes convaincus qu’il peut toucher tout le monde. L’UQAM nous a beaucoup supporté pour sortir la pièce du contexte scolaire. Nous sommes confiants de son potentiel. Je suis persuadée que ce spectacle vaut la peine d’être vu. Nos plus beaux commentaires étaient ceux de gens qui ne sont pas dans le milieu artistique. Mononc’, matante et le cousin de banlieue qui sont venus voir le spectacle et qui se sentaient visés. Nous avons trouvé une manière de faire du théâtre qui était ouvert. L’idée que nous pouvons toucher tout le monde avec cette pièce est importante. Nous ouvrons des portes, éveillons les sens, sans faire de l’éducation et c’est pour ça qu’on reprend le spectacle.
A.M.: Avez-vous changé beaucoup d’éléments du spectacle original créé en 2014?
J.P.: Ça se veut de plus en plus une reprise, mais évidemment en finesse. En août dernier, nous avons loué un espace dans le but de travailler davantage sur le projet. Nous voulions essayer autre chose, faire de petites corrections et finalement nous restons avec la version initiale. Nous sommes très contents de notre première version parce qu’elle est bonne! Alors on s’en tient à celle-là. Le temps a laissé les choses se déposer et les paroles sont plus assumées. Parfois, changer quatre trente sous pour une piasse, ça ne vaut pas la peine.
A.M.: Pourquoi choisir les textes de Garcìa? Comment s’est opéré ce choix?
J.P.: Les textes de Garcia sont fascinants. Quand j’ai lu pour la première fois ses textes, j’étais impressionnée d’être concernée, de rire de moi sans me sentir critiquée. Il n’y a pas de côté moralisateur. Ce sont de courts textes qui travaillent avec des flashs, comme en publicité. Garcia s’intéresse à la surconsommation, à la nature et surtout au fait que nous sommes tellement petits dans le monde, que la question de notre place insignifiante est majeure. Nous partions toujours de la volonté de dire, d’exprimer. Nous avons choisi des textes qui nous parlaient tout simplement. Encore ce matin, en sortant des répétitions, nous constations à quel point le texte est fort et qu’il nous touche toujours même après plus d’un an. C’est sûr que le texte touchera quelqu’un dans la salle.

A.M.: Comment fonctionne le collectif Grande surface?
J.P.: Administrativement, nous nous sommes donné des postes dans le cadre de la production libre. Il nous fallait ça pour la note finale. Lorsque j’ai choisi mon équipe de création, je savais que je prenais des artistes qui voudraient se poser des questions et se pousser pour développer du matériel fort. Il règne beaucoup de respect dans l’équipe, ce qui est essentiel. Nous cherchons la complémentarité dans l’équipe. Il y a un travail d’immersion artistique puisque chacun s’implique dans le processus des autres, autant scénographe que comédien. À neuf personnes, c’est très enrichissant. Ça ajoute de l’élasticité au sujet. Que ce soit la folie de Véro ou la plasticité de Jonathan, c’est le tout qui fonctionne.
A.M.: Qu’est ce que tu proposes aux spectateurs?
J.P.: Je te propose un show qui fait du bien. Tu t’assois dans un siège de théâtre conventionnel, celui de la Chapelle, mais tu ne sais pas où ça va te mener. On s’en va dans du bricolage et on finit avec un scrapbooking. C’est clair que nous, on te propose des images et tu ne verras peut-être rien de ce qu’on veut te proposer, et c’est bien correct. Au moins, tu vas t’être donné le droit d’éveiller tes sens. On essaie de te manipuler, de te faire sentir concerné sans jamais jouer sur le côté lourd. On ne te moralise pas, on te suggère. Du moment où tu rentres dans la salle, on fait la fête, on fait le party. On veut juste que tu sois stimulé. Les images vont peut-être rester et c’est là que tu fais ton propre chemin. Attention, on ouvre des portes, mais on n’éduque pas. On ne veut pas non plus envahir tes sens, mais les stimuler. Vous montrer une beauté monstrueuse. Non, une monstrueuse beauté.
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Et quand vient le silence (On se rend compte que personne n’avait rien d’important à raconter) sera présenté au théâtre la Chapelle du 8 au 12 décembre 2015.
Article par Marilyne Lamontagne.