Amed et Aziz sont des jumeaux âgés de 9 ans. Ils vivent avec leurs parents dans un pays où la guerre fait des ravages. Deux mots viendront bouleverser leur avenir à jamais : ceinture explosive. Lequel des deux aura la « chance » de la porter lors d’une mission suicide?
Larry Tremblay collabore pour la cinquième fois avec le metteur en scène Claude Poissant dans cette toute nouvelle pièce de théâtre qui était présentée du 23 mars au 16 avril dernier au Théâtre Denise-Pelletier. L’orangeraie est une collaboration avec le théâtre du Trident de Québec.
L’Orangeraie est d’abord un roman de Larry Tremblay. Publiée en 2013, l’oeuvre a déjà remporté huit prix, est traduite en sept langues et sera bientôt présentée sur 11 territoires. Cette histoire permet au public de pénétrer à la perfection dans l’univers de ce que l’on peut deviner comme étant le Proche ou le Moyen-Orient. L’auteur ne nomme jamais un pays en particulier, ce qui laisse au spectateur une plus grande liberté d’interprétation.

Pour un auteur québécois qui vit loin des réalités de la guerre, traiter de ce sujet est très délicat. Pourtant, il y est arrivé puisque l’on saisit magnifiquement bien les motivations qui peuvent guider les actes des personnages. Larry Tremblay arrive même à faire accepter au public ce qui leur semble inacceptable au premier abord, le choix du fils à sacrifier.
Bien que son texte est construit à l’aide d’un vocabulaire simple, Tremblay inclut des passages plus poétiques et descriptifs qui permettent au public de vivre l’histoire avec les personnages. Certains détails plus sombres sont aussi présents pour que les spectateurs n’oublient jamais le contexte de guerre qui entoure les deux jumeaux. Les enfants qui vivent la violence et la dureté de la guerre vieillissent bien plus rapidement. Ils doivent faire face à des événements bouleversants et prendre des décisions en conséquence. Un de leurs amis, Halim, est choisi avant eux pour aller commettre un attentat suicide. Cette situation difficile est bientôt allégée par les jumeaux. L’un d’entre eux s’exprime: «Il doit y avoir des petits morceaux d’Halim partout maintenant.» Une phrase qui peut sembler déplacée, mais qui correspond bien aux phrases que les enfants peuvent lancer sans réfléchir dans les situations qu’ils ne comprennent pas toujours aussi bien que les adultes.

Il est donc évident que, pour aller voir ce spectacle, le public doit avoir une certaine ouverture d’esprit. Son côté réaliste offre aux spectateurs une vision différente de celle qu’ils peuvent voir dans les médias. Le public arrive à se mettre dans la peau des personnages et à vivre l’action. Dans le contexte actuel où des attentats suicides se produisent beaucoup trop souvent, il faut dire que cette pièce arrive au bon moment. Le fait d’être un réfugié vivant en Amérique est également un sujet traité dans la pièce, ce qui colle également à la réalité des derniers mois.
Cette oeuvre va donc au-delà d’une simple pièce de théâtre. C’est un voyage d’environs 1h45 vers une réalité bien loin de la nôtre. En sortant de la salle, plusieurs questions planent dans les têtes. La plus persistante: qu’auriez-vous fait à leur place?
L’Orangeraie, écrit par Larry Tremblay, mise en scène de Claude Poissant, était présenté du 23 mars au 16 avril 2016 au théâtre Denise-Pelletier.
Article par Émilie Lavallée.