La scène black métal montréalaise a connu plusieurs années florissantes durant lesquelles sont nées de nombreuses formations musicales. Alors que certains groupes ont marqué l’histoire du black métal québécois, comme Monarque, Forteresse, Csjthe, etc., d’autres bands ont cessé de produire après qu’une ou deux parutions. Malgré la petitesse de cette culture underground et le caractère très éphémère de certains groupes, les musiciens et musiciennes de black métal au Québec ne cessent de créer de nouveaux projets comme l’ont fait les membres de Ossuaire.
Ossuaire est groupe émergent qui vient récemment de faire une introduction très marquée dans la scène. Avec ses airs obscurs et sa musique tout droit sortie des ténèbres, la formation n’a pas tardé à se faire connaître par les gens du milieu. Le chanteur du groupe, Hérésiarque, a généreusement accepté de prendre la parole pour Ossuaire et de nous parler de ce projet musical qui, bien qu’émergent, ne cesse de susciter de l’intérêt.

Crédit: Thomas Mazerolles/ThomasM Photography
Krystel Bertrand: L’imaginaire d’Ossuaire est assez classique; le thème du religieux se fait ressentir. On pourrait croire que le ton profane est surutilisé dans le black métal, mais vous le travaillez d’une manière tellement soignée que le thème semble plutôt renouvelé. Pourquoi revisiter un thème aussi classique ? Est-ce pour faire hommage à ce qui a déjà été fait dans le black métal ou souhaitez-vous plutôt dépasser ce qui a déjà été fait pour offrir un projet musical encore plus achevé ?
Hérésiarque: Je trouve en effet intéressante l’approche antichrétienne et je cherchais un angle différent sous lequel l’aborder. Pendant mes études en littérature à l’université, l’écriture pamphlétaire m’a toujours passionné et cela m’apparaissait tout à fait à propos d’adapter le ton, les principes et les stratégies du pamphlet à l’univers des sectes hérétiques et du satanisme. Cette perspective me permet d’élever une voix qui dénonce le pouvoir établi, représenté par l’Église et Rome, dans le but ultime de le renverser. Je crois donc que oui, dans une certaine mesure, l’objectif était d’offrir un projet musical qui possède son propre imaginaire, sa mythologie, sa littérature pour qu’il devienne alors le théâtre de violence entre deux antagonistes. Nous avons poussé le concept un peu plus loin en ajoutant à la version cassette un livret comprenant un récit chronologique accompagné de gravures et pouvant être lu conjointement avec les paroles.
KB: Quelles sont vos influences lorsque vous composez vos pièces? Êtes-vous inspirés par d’autres groupes de la scène black métal ou encore par d’autres formes d’art?
H: Bien sûr, chacun de nous est amateur de black métal; nous en écoutons depuis tellement longtemps que ce serait mentir que de dire que nous ne sommes pas influencés d’une façon ou d’une autre par certains groupes. Avec Ossuaire, on essaie surtout de rester dans un registre plus mélodique. Cela dit, même si notre musique partage certaines similitudes avec ce qui se fait en Finlande, nous n’écoutons pas nécessairement, par exemple, un groupe comme Sargeist avant de composer. Le processus de création est évidemment plus complexe et je crois surtout qu’on l’aborde tous d’une manière bien personnelle. Pour Atrocité (guitare), les arts classiques et des artistes comme Gustave Doré sont des sources d’inspiration, tout comme la musique classique et certains grands noms de la littérature contribuent aussi à cette construction mentale, qui peut tout à fait être inconsciente, mais qui somme toute forge des idées qui seront transposées tôt ou tard en notes. Le but recherché n’est pas d’imiter, mais de créer une œuvre authentique qui pourrait nous plaire au même titre que ces œuvres phares.

Source: page Facebook de Ossuaire
KB : Les artworks pour votre cassette et votre disque La Diatribe Infernale, ainsi que pour votre t-shirt, sont impressionnants. On remarque chez Ossuaire un véritable travail esthétique sur les plans musical et visuel, mais aussi littéraire puisque les textes de vos chansons reflètent eux-mêmes un travail d’écriture méticuleux (on note par exemple le travail de la rime dans certaines pièces).
Est-il juste de dire que vous accordez, au-delà de la dimension purement musicale de votre art, une attention particulière à l’image que vous projetez ?
H: Oui, sans aucun doute. Il nous apparaît essentiel aujourd’hui d’offrir un produit qui est original dans ses grandes lignes. En 2017, tout a déjà été fait ou presque, et c’est encore plus vrai quand il s’agit du black métal, un genre pour le moins restreint, pas toujours accessible et répondant à des codes précis. Il est très facile de fonder un groupe seulement pour fonder un groupe, mais nous ne voulions pas faire d’Ossuaire un calque parmi tant d’autres. Pour notre premier album, nous ne nous sommes pas contentés d’étoffer la musique mais aussi l’imagerie autour et à travers, comme vous l’avez fait remarquer. Le concept a été réfléchi longuement; il n’est pas révolutionnaire en soi, mais il est soigné, qu’il s’agisse des paroles, de l’artwork de l’album ou encore de notre marchandise. D’ailleurs, nous avons la chance de compter sur Karine Marin, une artiste en visuel de grand talent qui fait un travail remarquable et dont l’aide est très appréciée. Il n’y a pas de doute que chacun de ces éléments ajoute une pierre à l’édification et à la représentation du projet.
KB: Bien qu’Ossuaire soit un groupe émergent de la scène black métal québécoise, vous n’avez pas tardé à vous faire connaître dans le milieu. Selon vous, quel(s) élément(s) de votre formation ou de votre musique ont contribué à votre succès rapide ?
H: Nous avons une excellente chimie à l’interne, ce qui nous permet de confronter des idées, de les mettre à l’essai et de jouer la carte de l’honnêteté entre nous. Nous pratiquons beaucoup et mettons temps et énergie dans les compositions. Je crois qu’aucun groupe ne peut espérer survivre à moyen et long terme, se distinguer et connaître du succès sans l’implication totale de tous ses membres. Nous nous connaissons depuis très longtemps et visiblement, cela rapporte. Musicalement, nous voulions un son qui se rapproche par moment de ce que présente la scène black métal finlandaise, mais sans pour autant se priver de la violence caractéristique du métal canadien. Cela donne une formule intéressante qui n’est pas ou très peu mise à profit au Québec, et Ossuaire semble se démarquer pour cette raison.

Crédit: Thomas Mazerolles/ ThomasM Photography
KB: Ossuaire est une formation québécoise qui, en offrant un registre musical francophone, semble s’inscrire dans le courant du métal noir québécois. Croyez-vous que ce qualificatif vous permettra de vous démarquer à l’international et le souhaitez-vous?
H: Le succès et la visibilité que certains groupes étiquetés « métal noir québécois » connaissent à l’international sont de très bon augure pour la scène black métal québécoise. Ainsi, le Québec fait parler de lui et tous les acteurs de la scène en bénéficient de près ou de loin. Cela dit, nous n’accordons pas d’importance à ce genre de classification, donc Ossuaire ne s’affiche pas comme faisant partie du métal noir québécois à proprement parler. Connaître du succès à l’international n’est pas un objectif en soi, mais advenant que cela arrive à force de travail et d’effort, on verra où ça nous mène.
KB: Considérant que plusieurs membres d’Ossuaire sont également musiciens pour le groupe BlackScorn et que ce dernier propose des chansons en anglais, était-il important pour vous qu’Ossuaire soit un projet francophone?
H: Depuis la création de BlackScorn, en 2007, j’ai toujours écrit et chanté en anglais. Cela cadrait parfaitement avec BlackScorn; c’était plus carré, plus cru, bref ça reflétait l’esprit du groupe. Cependant, pour Ossuaire, on a mûri l’idée de faire changement. Un nouveau projet avec de toutes nouvelles bases était l’occasion de renouer avec notre langue. Je voulais aller chercher une dimension plus lyrique et exaltée, et Ossuaire se prête bien au français, peut-être parce que le projet se veut davantage tragique et mélodique. Et c’est sans compter le fait que, pour ma part, il est plus agréable et plus naturel de rédiger en français. Je suis davantage satisfait du résultat, si bien que je ne suis pas près de revenir à l’anglais pour l’écriture de textes, et ce, peu importe le projet musical.

Crédit: Thomas Mazerolles/ ThomasM Photography
KB: Question classique : Quels sont les prochains projets pour Ossuaire? Prévoyez-vous participer à d’autres concerts ou allez-vous plutôt profiter de la saison estivale pour composer de nouvelles chansons?
H: Dépendamment de ce qui se présentera à nous, nous pourrions remonter sur les planches en 2017. Nous avons déjà joué à Montréal à deux reprises cette année, soit à la Messe des Morts VI.V et au Covenant festival, alors nous souhaiterions voir un peu de pays dans les prochains mois. Par ailleurs, nous avons amorcé l’écriture du prochain album, qui sera un LP. Le tout progresse bien. Sans trop m’avancer, il est possible de considérer une sortie quelque part en 2018.
Notre chef de pupitre musique se demandait en terminant…
Dominique Fréchette: Comment se passe généralement le processus de composition pour Ossuaire ? Préférez-vous commencer par écrire la musique ou bien les paroles, et comment est-ce que ce processus se poursuit une fois que vous avez commencé à pratiquer les pièces en groupe ? Bref, comment est-ce qu’Ossuaire arrive à mettre ensemble tous les morceaux du casse-tête pour construire sa musique ?
H: Je doute fort que notre façon de faire soit fondamentalement différente des autres formations, tout genre confondu. Il y a une partie individuelle et une autre collective à ce processus, et elles sont tout autant essentielles. Atrocité compose d’abord les morceaux qui figureront potentiellement sur l’album et les présente au groupe. Les gars les pratiquent plusieurs fois ensemble jusqu’à trouver la structure adéquate et le bon nombre de répétitions pour chacun des riffs. Mais comme on peut difficilement trouver le temps de tout faire au local, on n’hésite pas à enregistrer des maquettes, ce qui nous permet de les pratiquer à la maison ou à tout le moins de les garder fraîchement en mémoire. De mon côté, j’écoute chez moi les chansons un nombre incalculable de fois pour leur donner des paroles. Par conséquent, de façon générale, les paroles sont créées et adaptées en fonction des chansons. Je préfère travailler sur un produit achevé ou en voie de l’être, notamment parce que je peux m’inspirer de l’univers et des émotions que renferme la composition. Enfin, tout ce processus s’étend sur plusieurs mois. Après un certain temps, quelques semaines avant d’entrer en studio pour enregistrer, il arrive que l’on fasse quelques ajustements en cours de route si on partage un doute, et ce, même si les pièces semblent coulées dans le béton.
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Nous remercions Hérésiarque et Ossuaire d’avoir généreusement accepté de répondre à nos questions.
Pour écouter la musique du groupe Ossuaire, visitez leur page Bandcamp. Pour les suivre et rester à l’affût de leurs plus récentes nouvelles, abonnez-vous à leur Page Facebook.
Ossuaire, La Diatribe infernale, EP, Productions Haineuses, 2016.