Les inscriptions pour participer aux prochaines Francouvertes se terminent le 5 novembre prochain et la compétition s’amorcera cet hiver. Tous deux d’anciens participants, Rosie Valland et Philippe Brach s’associeront au concours en tant que portes-paroles de l’édition 2017. L’Artichaut s’est entretenu avec les futurs représentants officiels des 21es Francouvertes.

La victoire de Philippe Brach aux Francouvertes lui a donné l’occasion de créer son deuxième album, Portraits de Famine, réalisé par Louis-Jean Cormier. «C’est vraiment eux qui m’ont permis de produire moi-même mon deuxième album et de mettre ce que je veux dessus. C’est assez inestimable au niveau créatif», décrit-il. Récipiendaire des prix Révélation de l’année 2015 de l’ADISQ et de Radio-Canada, il a attiré une attention particulièrement positive à la sortie de ce dernier opus. Depuis son apparition aux Francouvertes, Brach est partout: tournée à travers le Québec, Francofolies, livres de coloriage, nombreuses récompenses, cinq récentes nominations à l’ADISQ et participation prochaine aux Coups de coeur francophones à travers le pays. Le coloré personnage semble tout désigné pour camper le rôle de co-porte-parole le temps de cette 21e édition des Francouvertes.
Rosie Valland, quant à elle, qualifie son expérience au concours-vitrine comme étant importante dans sa carrière, mais précise qu’«un concours ne change pas une vie». Bien que la compétition ne se soit pas soldé par une victoire, elle s’est toutefois rendue jusqu’aux demi-finales et l’expérience lui aura servi de tremplin pour réaliser la florissante carrière qu’elle se crée jour après jour. «Ça permet aux artistes de se donner un départ, explique Valland. Les concurrents ont une porte d’entrée dans le milieu grâce au concours». Après les Francouvertes, elle a fait plusieurs premières parties, pour Alex Nevsky et Louis-Jean Cormier notamment. Suivant la sortie de son deuxième album, Partir Avant, en 2015, elle a réalisé une tournée de ses propres spectacles, tout en assurant la première partie d’Ariane Moffatt cette fois. Rosie Valland est sur une lancée et son parcours lui permet cette année de représenter elle aussi les Francouvertes, joignant sa voix à celle de Brach.
Bien qu’ils aient chacun eu un début de carrière pré-Francouvertes, Rosie Valland et Philippe Brach sont de plus en plus présents sur la scène musicale depuis leur participation respective. Entrevue avec ces deux auteurs-compositeurs-interprètes francophones, qui inspireront la nouvelle fournée de talents bientôt sélectionnée pour prendre les Francouvertes d’assaut.
Artichaut magazine: En tant qu’anciens participants et en tant que futurs porte-paroles, pouvez-vous me dire ce que ça représente un concours comme celui-là, selon vous?
Rosie Valland: Je pense que ça donne une visibilité. Tsé, ils appellent ça un « concours-vitrine » depuis quelques années. Oui, tu gagnes des prix si tu es finaliste, mais c’est pas juste ça. Les artistes ont leurs 30 minutes et ils n’ont pas de contraintes, ils ont une liberté qui est vraiment bien. Les concurrents peuvent entrer dans le milieu et côtoyer du monde de la musique. C’est un concours qui permet de montrer ce que tu sais faire.
Philippe Brach: Je me suis toujours dit qu’on se crissait bien des résultats, dans le fond, que c’était l’expérience qui était vraiment cool. Pour bien du monde dans l’industrie, c’est la première fois qu’ils te voient, sans nécessairement venir te dire qu’ils aiment ce que tu fais et tout ça, ils ont encaissé ce que tu faisais, alors les fois d’après, ils sont définitivement plus enclins à écouter ce que tu fais.
A.M.: Comment entreprenez-vous la « tâche » d’être porte-parole? Comment définissez-vous votre rôle?
R.V.: On va pouvoir montrer une autre facette de ce que c’est d’avoir participé au concours. C’est bien d’avoir des gros noms, mais, Philippe et moi, on a participé il n’y a pas longtemps, et c’est bien de montrer une autre réalité, d’artistes qui ont fait le concours et qui sont rendus là où nous on est rendus. Donc je prends mon rôle comme d’être un exemple de ce que le concours apporte.
A.M.: En plus d’être représentants, est-ce que vous considérez que vous pourriez aussi être des sortes de mentors pour les participants?
P.B.: Ça serait peut-être une bonne chose qu’il y ait des mentors, mais, si on devait l’être, je pense que je refuserais d’être porte-parole. Je pense pas être la meilleure personne pour avoir cette chaise-là. Ce serait pas une mauvaise chose qu’il y ait de la formation dans ce genre-là. Ça pourrait être cool que les porte-paroles fassent un genre de brief. Mais, en ce moment, on a pas cette job-là, et c’est un chapeau que je ne suis pas prêt à porter. Je la prendrais, la formation, moi aussi! (rires)
A.M.: Vous composez tous les deux en français, vous avez participé aux Francouvertes et performé aux Francofolies. Philippe, tu vas tourner pour les Coups de cœur francophones à travers le pays dans les prochains mois. Le français, pour vous, ça représente quoi?
P.B.: On parle de la disparition du français, mais j’ai pas l’impression qu’on est tant à la solde des anglophones. Je pense qu’il y a des baby-boomers qui ont eu peur en voyant que leurs petits-enfants savent tous parler anglais, et c’est tout à fait normal. Mais moi, j’écris en français parce que je pense, je rêve et je parle en français. J’ai déjà écrit des tounes en anglais, mais c’est parce que ça faisait trois mois que j’étais en voyage, et je faisais juste parler anglais et donc je raisonnais en anglais. Et les autres fois, c’est parce que la fille pour qui j’écrivais la toune parlait juste anglais. Pour l’instant, pour moi, ça va tout le temps rester en français. Quoique je suis en train d’écrire une toune en anglais pour mon prochain album! Parce que ça fit avec le texte dans le fond.
R.V.: Je parle et je pense en français, donc pour moi c’est naturel, je ne me force pas. Et c’est ça qui est bien. Si j’habitais à Londres pendant un an par exemple, probablement que j’écrirais en anglais. Mais là, c’est ma façon de m’exprimer, d’écrire en français et de chanter en français. Et je trouve ça plate justement, certains artistes qui vont se forcer à composer en anglais. Parce qu’on dit que l’anglais est plus musical. Si ça ne sonne pas naturel, ça enlève dans la musicalité et c’est dommage.
A.M.: On parle justement de plus en plus de la place grandissante de l’anglais. J’ai l’impression que la musique francophone, malgré tout, prend sa place et s’affirme. Est-ce que vous croyez qu’il y a tout de même des difficultés pour un artiste émergeant qui compose seulement en français?
R.V.: Non, je pense même que c’est plus facile d’être un compositeur francophone au Québec! On a une belle scène pour ça.
P.B.: On a le plus grand marché. Si tu te mets à écrire en joual, en français moins international, c’est sûr que c’est pas nécessairement évident de tirer ton épingle du jeu dans ce contexte, mais je pense que c’est faisable. Mais il y a tellement de stock qui se fait. Même si c’est bon d’avoir plus que deux choix à écouter, il faut que tu redoubles d’ardeur quand tu es francophone sur la scène montréalaise.
A.M.: Philippe, tu as repris ta tournée et tu as donc plusieurs spectacles qui s’en viennent pour les Coups de coeur francophones. Tu as annoncé un autre de tes shows thématiques, intitulé « Enfant-ville », à Montréal en novembre. En spectacle, concrètement, ça va ressembler à quoi?
P.B.: Ce qui est le fun en faisant ces shows-là, c’est que je sais pas plus que toi ce que ça va donner! Tous les jours, on reçoit une confirmation ou un déclin de quelqu’un. Jusqu’à maintenant, je peux te dire qu’on a un invité pas piqué des vers. Ça reste notre show, mais il est bonifié en termes de mise en scène. Il y aura aussi un quatuor à cordes, ce qu’on a pas fait depuis la rentrée montréalaise au National, au lancement de l’album.
A.M.: Vous êtes tous les deux en tournée pour les prochains mois. Qu’est-ce qui s’en vient pour vous ensuite? Encore des spectacles? Un nouvel album?
R.V.: Je pars en Europe en décembre. Après je reviens pour quelques dates ici et encore après ça, je retourne en Europe. Donc oui, la tournée, c’est ce qui s’en vient. Et ensuite, je vais me remettre à écrire pour le prochain album. Je n’ai pas de date précise, mais c’est l’étape qui suit, retomber dans l’écriture.
P.B.: Je vais voyager, de février jusqu’à l’été. Et à l’été, idéalement, je retourne en studio, pour sortir mon album à l’automne 2017.
Les auteurs-compositeurs souhaitant s’inscrire aux Francouvertes ont jusqu’au 5 novembre pour le faire, sur le site du concours-vitrine. Le prochain passage de Rosie Valland dans une salle montréalaise se fera le 27 janvier 2017, à la Sala Rossa. Philippe Brach présentera « Bienvenue à Enfant-Ville » au Club Soda, le 12 novembre prochain.
Article par Marissa Groguhe.