C’est en traversant les clichés des films d’action que les trois interprètes de WIVES, ce collectif montréalo-torontois, tentent de vider les films hollywoodiens de leur contenu et de se les réapproprier. Prônant une approche féministe, elles cherchent à décrier les messages oppressifs largement présents dans ce type de film très populaire. Du moins, c’est ce que le programme du spectacle au théâtre La Chapelle indique.
En vrai, le message n’est pas si clair. La perspective féministe n’est pas si évidente, mais ceci n’enlève rien au plaisir d’assister à cette longue performance féminine qui intègre le travail de l’espace, des corps et des mots. C’est un travail brut, fragile, drôle et intelligent, où plusieurs moments semblent décidés sous nos yeux ou encore effectués pour la première fois devant un public. Le spectateur peut ainsi s’immiscer, le temps d’une représentation, dans le processus de création des trois jeunes femmes stylées et charismatiques.

L’ouverture est particulièrement inventive et réjouissante. Lors de leur entrée en scène, celle-ci est jonchée d’une multitude d’objets informes et colorés. Des rouleaux métalliques trainent à côté de peluches orange, un rouleau de tape vert est posé à côté de chaines, de tuyaux et de larges morceaux de caoutchouc noir. Lorsque maniés, ces différents matériaux produisent des bruits variés, mais sont surtout là pour stimuler l’imagination des trois interprètes. En les manipulant, elles inventeront de nouvelles armes qui portent le nom de « conscience », « context » ou « pretty nothing ». Au micro, elles fournissent une explication intelligente et critique des nouvelles fonctions de ces armes inhabituelles.
Context, par exemple, est une planche de polystyrène de couleur orange vif qui représente une mappemonde, les différents espaces délimités sur la planche symbolisant en fait différents continents. En les touchant, l’assaillant potentiel prend conscience du vécu d’une réalité ailleurs dans le monde. Cette mise en contexte permet d’engendrer une prise de conscience chez l’agresseur et donc d’annuler son comportement ou son action négative.
Bien entendu, l’absurde est au centre de leur démarche. En plus de jongler avec diverses disciplines, que ce soit la poésie, la sculpture ou la menuiserie, Emma-Kate Guimond, Julia Thomas et Aisha Sasha John font du ludique un outil fondamental de leur imaginaire qui permet de déconstruire les codes culturels (genrés, racisés, classisés) durement incrustés. Car il est vrai que les films d’action grand public ne sont pas réputés pour leur représentation de la diversité ou pour leurs personnages féminins forts. Par le simple geste de recréer avec humour (ce qui permet de prendre quelque distance avec la gravité d’une problématique) leur propre film d’action, WIVES participe quelque peu à critiquer leur cible.
En alternant projections vidéos et interprétations chorégraphiques, elles recréeront donc, une à la fois, leurs propres ACTION MOVIE. Faisant référence aux codes des films d’action populaires, elles effectuent des clins d’œil à des mises en scène clichées en incarnant des attitudes agressives ou séduisantes (machisme et virilité extrême, hypersexualisation), des expressions orales typiques (« You don’t wanna do this! », « Every body on the floor! ») et des scènes de combat classiques. Certaines séquences peuvent paraitre brouillonnes et maladroites, mais permettent cette sincérité qui n’émane que d’un espace de liberté d’interprétation existant sur une scène de performance contemporaine. L’ensemble n’est pas parfait, mais l’humour, la démarche collaborative et l’originalité de la proposition permettent de passer un bon moment.
ACTION MOVIE, une pièce du collectif WIVES, était présenté les 30-31 janvier et les 2-3 février 2017 au théâtre La Chapelle.