Symphonie linguistique et torticolis

Présenté du 6 au 23 novembre à la Société des arts technologiques, Babel Orkestra est une œuvre multimédia qualifiée d’«œuvre…
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Présenté du 6 au 23 novembre à la Société des arts technologiques, Babel Orkestra est une œuvre multimédia qualifiée d’«œuvre ambiophonique» par ses créateurs. Elle a été diffusée dans cette immense structure sphérique permettant d’accueillir des projections 360 à degrés : la Satosphère.

© Sébastien Roy

D’emblée, tous les sens sont sollicités. Le public est accueilli à l’intérieur d’un immense dôme par des extraits sonores de langues diverses, des effluves d’encens et des projections fixes sur la totalité de la surface de la Satosphère. Il y a de longs divans circulaires sur lesquels reposent des tonnes de coussins. Quelques spectateurs ont même payé pour le forfait souper-spectacle et viennent de déguster du maïs soufflé aromatisé d’huile de tournesol et de sel de mer. C’est dans une ambiance décontractée que les marionnettistes se préparent pour le spectacle. Le public s’assoit, intrigué par ce qu’il s’apprête à vivre ce soir à la Société des arts technologiques.

Babel Orkestra, est une expérience immersive et multisensorielle. La composition musicale est signée par Jean-Jacques Lemêtre, une figure importante de la musique de théâtre française. L’environnement visuel est composé et exécuté par les marionnettistes Marcelle Hudon, Louis Hudon et Denys Lefebvre.

D’après le mythe biblique, peu après le déluge, les hommes bâtirent une ville au centre de laquelle ils érigèrent une tour pour toucher au ciel, la tour de Babel. Dieu, estimant que si les hommes arrivaient au ciel plus rien ne leur serait inaccessible, brouille leur langue pour qu’ils ne se comprennent plus. Ainsi serait née la diversité des langues des peuples de la Terre. Le titre de l’œuvre ambiophonique est donc fort évocateur, puisqu’elle est constituée d’un mélange de 1800 langues et dialectes dont l’enregistrement a débuté il y a 15 ans. C’est sur cette trame sonore d’une diversité anthropologique inouïe que se base ce spectacle d’une grande inventivité.

Ce capharnaüm de bruits inspire les marionnettistes pour l’environnement visuel 360 degrés. Autour d’une table et sous l’œil d’une caméra, les trois artistes manipulent divers objets pour faire vivre au public les neuf scènes-tableaux correspondant aux ragas indiens, soit l’émerveillement, le comique/l’ironique, l’amour/l’érotisme, la compassion/le pathétisme, la colère/la haine, la fierté/l’héroïsme, la peur/le terrible et le dégoût/la sérénité. La caméra est rivée sur les mains des marionnettistes et leurs manipulations sont projetées sur les parois de la Satosphère.

D’une grande beauté, la surabondance des matériaux — dessins, découpages, images, plumes, fleurs, morceaux de coton et l’eau — manipulés devant la caméra ne facilitent toutefois pas l’appréhension de la structure le l’œuvre. Les transitions entre les «scènes-tableaux de ragas indiens» sont en effet peu définies, seulement soulignées par le changement de couleur de fond de la sphère. Étant donné que l’œuvre est avant tout basée sur sa trame sonore, les projections ne sont souvent qu’un simple support visuel pour la «musique linguistique» de Babel Orkestra. Cela rappelle un concert rock dans lequel la scénographie ne sert qu’à soutenir la performance musicale. Seulement, dans ce cas-ci, les projections englobent complètement le public, ce qui est certes impressionnant, mais peut vite s’avérer vide de sens, surtout lorsque le visuel est subordonné à la dimension sonore du spectacle. Des moments extrêmement limpides se détachent néanmoins du spectacle, notamment le tableau dans lequel une image du Kamasutra est arrosée d’eau et de pétales de roses.

Ceci dit, la finale du spectacle est à couper le souffle. Deux des trois marionnettistes préparent une structure tentaculaire formée de plusieurs tiges de métal horizontales sur lesquelles sont accrochées, par des câbles, de grandes formes en carton rappelant un mobile musical pour bébé. Ensuite, les marionnettistes élèvent, avec un système de poulies, le gigantesque mobile et le font tourner. Cette immense structure clôturant le spectacle est spectaculaire représentation de la tour de Babel.

Malgré la confusion que suscite Babel Orkestra, l’aspect multisensoriel est captivant. Assister à un spectacle dans une immense sphère, couché sur un divan, relève tout de même de l’inusité. Les représentations se terminaient le vendredi 23 novembre, mais les prochaines créations des marionnettistes Marcelle Hudon, Louis Hudon et Denys Lefebvre sont définitivement à surveiller!

Article par Colin Côté-Paulette.

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