Cogitations nocturnes d’une hamsertomane. Le cas du Journal d’une insomniaque de Catherine Fouron

En 2010, Catherine Fouron amorce la rédaction d’un blogue titré Journal d’une insomniaque – conversations avec mon hamster, dans lequel…
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En 2010, Catherine Fouron amorce la rédaction d’un blogue titré Journal d’une insomniaque – conversations avec mon hamster, dans lequel elle transforme ses nuits d’insomnie en billets. Ce sera ce blogue qui mènera à la publication au cours de l’hiver 2017 de son premier roman, Journal d’une insomniaque, aux éditions Tête première. Sous forme de dialogues intérieurs entre une narratrice et Guy, son rongeur qui représente en fait sa conscience, l’autrice nous livre sans prétention quelques-unes de ses théories sur la vie, l’amour et l’amitié.

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Couverture. Source: Dimédia

Divisé en quarante-six «nuits», le roman de Fouron prend davantage les allures d’un journal philosophico-réflexif qu’un journal intime. Par le biais de conversations avec une conscience souvent impitoyable, toujours mordante, et personnifiée par un hamster «immature, mû par [un] cerveau reptilien, siège des pulsions et instincts primaires» (44), la narratrice défend des réflexions et des interrogations sur des enjeux aussi universaux que la fidélité dans le couple, la vieillesse ou l’angoisse de la mort. Les entretiens deviennent dès lors des prismes par lesquels nous sont données les épreuves vécues au fil des mois par le personnage (divorce, garde partagée des enfants…), sans que toutefois ces évènements constituent la chair des échanges. Bien que les théories sur la vie exposées dans ces dialogues soient intéressantes, leur manque d’attache à des éléments concrets du vécu intime de la narratrice restreint leur portée. Notons, entre autres théories offertes, celle d’un ciel étoilé :

«Si tu connais que la chaleur du soleil, tu le crois indispensable, non seulement à ton bonheur, mais également aux solutions à tes épreuves. Hors du soleil point de guérison, penses-tu. […] Jusqu’au moment où tu ouvres les yeux sur un ciel d’étoiles. Woah! Tu découvres alors un autre type de beauté, une façon différente de s’apaiser, plus sombre mais ô combien riche. Il y a de l’harmonie ailleurs que dans le bonheur qu’on espère» ( 267).

L’intérêt principal de l’œuvre repose sur la dynamique des échanges entre la «quadragénaire insomniaque qui prétend témoigner sur les vicissitudes de la vie moderne en Occident» (12) et sa conscience, c’est-à-dire Guy le hamster, qu’elle accuse d’être la cause de son insomnie chronique : «Tu radotes, tu ergotes, tu ressasses, rabâches, dérailles et n’as d’autres ambitions que d’empoisonner mes nuits! Tu ne gagneras pas, vilain hamster, tu capituleras avant moi, je t’en fais le serment» (44). «Vecteur de toutes [les] interrogations» (67) de la protagoniste, la voix du hamster, construite dans une logique de dualité et livrée avec humour et légèreté, s’avère souvent amusante en raison de la mauvaise foi et du sarcasme qui ponctuent la plupart de ses répliques, et ce, malgré un certain manque de naturel à quelques endroits.

Avec ses courts chapitres et son ton humoristique, sans oublier ce cher Guy —rongeur des plus sympathiques! — Journal d’une insomniaque de Catherine Fouron avait toutes les chances de son côté pour offrir une lecture d’été idéale. Par contre, en raison d’un manque de nuance et d’éléments de surprises, la joute verbale entre les deux personnages devient vite prévisible et, malheureusement, lassante. Le texte aurait donc gagné à être resserré. Dans un roman plus court, les effets mis en place par Fouron (humour, désinvolture du hamster, antagonisme de la relation entre la narratrice et sa conscience…) auraient gagné en force et permis une lecture davantage punché.

Catherine Fouron, Journal d’une insomniaque, Tête première, Montréal, 2017, 320 p.

Article par Marie-Pier Lafontaine.

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