Rompre le charme du petit écran à coup de matraque

Une tuerie dans une école aux États-Unis. Le printemps arabe. Le printemps « érable ». La guerre en Afghanistan. En Irak. La…
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Une tuerie dans une école aux États-Unis. Le printemps arabe. Le printemps « érable ». La guerre en Afghanistan. En Irak. La Lybie. Les nouvelles dans le métro, à la maison, dans l’auto. La télévision le matin, le midi, le soir. Nous avons tous nos petits rituels quand vient le temps de visionner les nouvelles ou « nos » téléséries. La télévision est devenue la main qui dirige nos âmes, nos esprits. Cette information on l’ingurgite, la digère et la régurgite. Dépossédés, aliénés, nous sommes devenus, malgré nous, de vrais zombies du monde de la télévision.

Vu d'ici (Crédit photo Yan Turcotte)
© Yan Turcotte

À commencer par Jocelyn Pelletier. Seul sur scène, pendant une heure et demie, on le voit critiquer sans pudeur les nouvelles, le divertissement, la société québécoise et j’en passe. Vu d’ici, présenté au théâtre La Chapelle et écrit par Mathieu Arsenault n’essaie pas d’encenser le Québec. Au contraire, ce texte a tout pour réveiller, brusquer, voir brutaliser. Les mots choisis avec justesse déferlent à une vitesse étourdissante où l’on peine à y retrouver notre souffle. On y critique la société capitaliste qui endoctrine nos esprits, tout autant que l’engourdissement des téléspectateurs devant leur télévision. On nous affirme avec conviction que la vie ne se déroule pas dans les médias, dans les séries télévisées et qu’il serait temps de nous réveiller, de voir que l’on passe à côté de quelque chose. Que vivre n’est pas seulement qu’exister en se laissant diriger, dicter notre conduite, nos pensées, nos achats, notre bonheur, nos aspirations… Vu d’ici, c’est un peu comme le cri du cœur d’un gars qui s’est lui-même laissé bercer d’illusion et de consommation et qui réalise aujourd’hui à quel point sa vie ne veut plus rien dire.

Vu d'ici (Crédit photo Yan Turcotte)

© Yan TurcotteMise en scène par Christian Lapointe, cette pièce, jouée d’abord à Québec, est reprise pour la seconde fois, à Montréal.  Son texte, songé et puissant, est présenté avec beaucoup de conviction, avec des gestes d’éclats qui frappent l’imaginaire. Entre autres, la fin atroce  d’une peluche de Mickey Mouse (symbole incontestable de la société nord américaine) se retrouve sur scène afin de représenter sur scène l’enfance de l’homme seul. Également sur scène, dix télévisions, un panier d’épicerie rempli de divers  articles, un four à micro-ondes, un grille-pain et un sofa. Rien de grandiose, mais plutôt des objets de tous les jours rendant la scène troublante de réalisme. Fait à souligner,  l’interaction entre l’acteur et le public, donne une dimension particulière à la représentation rendant l’auditoire plus sensible aux sujets dont il est question,  le responsabilisant quant à sa part de « faute » et l’incluant dans cette critique de notre société et de l’univers médiatique.

Vu d'ici (Crédit photo Yan Turcotte)
© Yan Turcotte

Ce cri du cœur, poussé à l’unisson par un monde vivant dans un contexte de surconsommation médiatique, Jocelyn Pelletier l’interprète de manière libératrice. Il réussit à subjuguer toute la salle. Il parvient, grâce à la minutie de ses gestes et paroles, à  faire sentir coupable quiconque assiste à la représentation. La colère. La tristesse. Le délire. La passion. Il passe d’un registre à l’autre de manière impressionnante. Admirablement bien préparé, il débite le texte de manière phénoménale. Nous donnant parfois jusqu’à l’impression de manquer de souffle, par empathie. Rares, mais ô combien appréciés ont été les moments de silence, toujours placés aux bons endroits. Malgré les infimes petites hésitations de texte (à peine deux ou trois), Jocelyn Pelletier arrive à le livrer remarquablement, dans toute sa justesse.

Ce texte audacieux, ressenti comme un  coup de matraque, aura peut-être la force de briser le mauvais sort qui lie le spectateur à sa boite à image chérie. Enfin, peut-être pas, mais on peut se prendre à rêver un peu. Et le fait d’être assis là, dans le noir, à côté de nos semblables pour assister à une parole vivante, n’est-ce pas déjà un peu comme résister?

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Vu d’ici de Mathieu Arsenault, présenté au Théâtre La Chapelle du 22 janvier au 26 janvier.
M. E. S. Christian Lapointe. 

Article par Jennifer Pelletier. Étudiante en communication et politique. Amatrice de théâtre.

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