C’est le 26 janvier, au Théâtre Parenthèse, qu’a été présentée la première de la pièce Le banquet des petites personnes ou la politesse du désespoir, de Michel Garneau. Ledit théâtre, dépourvu d’artifices, apporte à l’expérience une tangible authenticité.

Encastré entre des bâtiments grisâtres, rue Masson, le théâtre se cache quelque part au 2177. Une fois arrivé dans le hall d’un bâtiment sans âme, où la lumière des néons dévoile des murs dégarnis, on doit monter l’escalier, jusqu’au troisième étage, suite 311. On monte et on continue tout droit, dans un corridor encore sans indices pouvant référer à un lieu de diffusion théâtrale. Suivons les flèches et attendons de voir. Rendus au bout du couloir, les drapés rouge bourgogne et la lumière feutrée s’imposent. On y entre comme dans un cocon. Sur un papier épais surmonté d’un cadre accroché maladroitement au mur, on lit «Théâtre Parenthèse». Contents d’être arrivés, un sourire se dessine sur nos lèvres. Dès lors, l’ambiance d’un théâtre se fait plus apparente. Des chaises sont dispersées çà et là et un portemanteau accueille les vêtements hivernaux des spectateurs. Après avoir englouti un verre de vin offert par le théâtre, les gens sont appelés, par vague, à s’assoir dans la salle.

La salle est toute petite. Trois rangées de chaises en bois accueillent les spectateurs, et un simple plancher, les comédiens. Les lumières se tamisent. Place aux comédiens. Gisèle, interprétée par Diane Cormier, fait son apparition sur scène. Son vêtement rose bonbon détonne avec son état d’âme qui tient plutôt du noir réglisse. Les choses ne vont pas bon train. Elle a perdu, encore une fois, son poste de secrétaire. Non pas pour des erreurs professionnelles. Non, elle n’entre tout simplement pas dans les critères d’appréciation du personnel. En d’autres mots : elle ne rit pas. S’il n’en tenait qu’à elle, rire ne serait pas une préoccupation. Or, ce qui est un problème pour les autres en devient un pour elle. En ne riant pas aux blagues de ses collègues, elle suscite la l’incompréhension, se confinant à la marge. C’est la raison pour laquelle elle se fait virer.

Gisèle envie une collègue de travail : «Tartine Tyfer». Non pas parce qu’elle la trouve extraordinaire, au contraire! Elle l’envie parce qu’elle rit. Cette collègue remplit les critères de la normalité et satisfait les attentes sociales. C’est à son médecin de famille, Schwitters, et au frère de celui-ci, Igor, que Gisèle finira par avouer son incapacité à rire. Le médecin, au début réticent, finira par comprendre, mais c’est son frère, fort extraverti et dévergondé, qui finira par décider de venir en aide à la dame : il faut qu’elle se mette à rire!

Il est intéressant de noter que c’est la petitesse de la salle qui crée une proximité entre les spectateurs, les comédiens et le texte. Les rires de la petite foule se mêlent aux propos sur l’action de rire. Cela créer une étrange sensation de mise en abîme. Le banquet des petites personnes ou la politesse du désespoir est une pièce tragicomique qui jette un regard critique sur la société québécoise actuelle. Une société qui a choisi de rire et d’exceller dans l’art de feindre son malheur. L’humour est la plus épaisse des armures, comme Igor se plaît à le dire. Sans doute rirez-vous… pour ne pas pleurer!
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Le Banquet des petites personnes ou l’humour est la politesse du désespoir, de Michel Garneau, présenté au Théâtre Parenthèse le 1, 2, 8 et 9 février. M.E.S Diane Cormier.
Article par Pascale Armellin-Ducharme.