De retour avec une nouvelle production (qui devait être présentée à l’Usine C en 2015, mais qui avait été mise sur la glace, faute de financement), Marc Beaupré et François Blouin nous reviennent avec un autre classique «remastérisé». Après Caligula et Dom Juan, c’est à Hamlet que s’attaque le duo.

L’apport des projections et du mapping vidéo utilisés est immense, visuellement, le spectacle est impressionnant. Le travail physique de Marc Beaupré, seul interprète du spectacle, l’est encore plus! Il se déplace, mime, bouge avec une précision déconcertante et devient essentiel au bon déroulement du spectacle. Les projections n’étant pas préenregistrées, pour la plupart, mais bien calquées sur les mouvements du comédien et projetées en direct, Beaupré se doit d’offrir une performance physique sans faille. Et il le réussit très bien. Saluons également le travail des techniciens, à l’arrière qui doivent être plus qu’à l’affut, durant l’heure que dure la représentation. La pantomime ampoulée de Beaupré et les images projetées servent l’inquiétante étrangeté que l’on imagine entourer le personnage d’Hamlet. La scène où le prince se retrouve face au fantôme de son père récemment assassiné est particulièrement réussie : seulement le visage de Marc Beaupré ressort d’un épais brouillard projeté, représentant ainsi le défunt souverain danois. L’effet est saisissant.

Tour du chapeau : le visuel, la performance de Beaupré et la trame sonore qui l’accompagne; une réussite. Toutefois, quelques questionnements s’imposent au niveau de la forme dramaturgique de l’objet. Le monument théâtral qu’est le Hamlet de Shakespeare est élagué de tous ses personnages et perd donc de sa force… On ne perd pas la beauté des mots, loin de là, c’est plutôt la force de l’histoire qui s’estompe un tant soit peu. Les mots restants se noient lentement dans les images que nous propose l’équipe. Au début de la pièce, on s’y laisse porter, toutefois, après trente minutes de projection, on ne sait plus où donner de la tête. L’interprète et ses mots se dissipent quelque peu dans les corps projetés sur scène. Reste que les moments les plus forts sont ceux où Hamlet est seul sur scène, sans artifice, là on s’attarde simplement à ses mots et à l’interprétation du comédien. On se demande donc si l’omniprésence du dispositif technologique est nécessaire et si ça n’aurait pas été plus fort si utilisé uniquement pour souligner des passages sélectionnés.
Les remixes de classique théâtraux que proposent Marc Beaupré et François Blouin sont impressionnants, certes, toutefois on ne peut oublier qu’il s’agit d’un texte qui a traversé les âges, et l’adaptation dramaturgique nous laisse sur notre faim…
Hamlet_Director’s Cut était présenté du 3 au 15 avril 2017 au Théâtre La Chapelle.
Article par Laurie Léveillé.