Le K6A, Kosséça!?!

Il y a maintenant une semaine que le premier album officiel du K6A, un collectif hip-hop sous-terrain, roule de manière…
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Il y a maintenant une semaine que le premier album officiel du K6A, un collectif hip-hop sous-terrain, roule de manière régulière dans mes oreilles. Pour ceux qui ne le savent pas encore, le hip-hop québécois connaît, depuis quelques années, un virage à gauche dans lequel nous avons vu apparaître les Alaclair, Dead Obies, Koriass, Loud X Lary X Ajust et j’en passe… On peut maintenant ajouter à cette liste le K6A, présent depuis longtemps dans la culture hip-hop locale, qui vient «s’officialiser» avec cet album intitulé Kosséça s’ajoutant à Polalbum qui précédait.

Un virage à gauche qui semble nécessaire, car monsieur Hip-hop fut terriblement malmené par les générations passées, l’enfermant dans toute sorte de préjugés liés à la clientèle cible du produit. Cette vague s’éloigne des stéréotypes habituels de gangstérisme, narcissisme et autres clichés populaires afin de rendre cette musique plus accessible à la moyenne des gens : on peut maintenant être un gentil et pauvre et faire du rap. Le K6A participe à ce tournant, entraînant avec lui monsieur Hip-hop vers de nouveaux horizons, sans pour autant le dénaturer.

Crédit: K6A
© K6A

La troupe est composée de plusieurs rappeurs, beatmakers et graffiteurs pour un total de vingt-deux artistes ayant tous le raton laveur comme animal totem. On retrouve sur l’album les artistes FiligraNn, Monk.e, Osti one, Maybe Watson, Jam, Pdox, Smilé, Sev Dee et j’en oublie malheureusement. Plusieurs noms, que vous connaissez peut-être par l’intermédiaire des WordUp Battles ou d’Alaclair Ensemble, qui réunissent leur talent pour un album surprenant par sa qualité de production et ses thématiques actuelles – quoi que les thématiques soient certainement moins surprenantes pour ceux qui sont déjà familiers avec le groupe.

Sans être politique ou engagé, l’album émet une belle critique de la technologie ou des individus occupant une position peu avantageuse dans l’imaginaire collectif, comme les douchebags, les ultra-geeks, les gens qui parlent fort au cellulaire, etc. Les MC sont impeccables autant au niveau technique que dans l’originalité des textes. On voit que les rappeurs débarquent avec beaucoup d’expérience et que les textes sont fidèles à la personnalité de chacun. On peut les distinguer facilement et personne n’est en recherche de style, on les sent authentiques et assumés tout au long de l’album.

L’utilisation redondante d’anglicismes typiques du milieu hip-hop pourrait paraître abusive pour certains, mais comme il s’agit du langage de ma génération et que ce vocabulaire est celui utilisé par  les rappeurs dans leur vie courante, ce n’est pas un point que je considère négatif (c’est tout de  même mieux que simuler un accent français ou rapper en anglais avec un accent d’Hochelaga).

L’album débute de manière très solide avec la pièce RxccnRoll à saveur rock vintage, parsemée de grosse basse électro-sale : c’est selon moi la pièce de l’album. Le reste coule très bien et reste  fluide. Personnellement,  je me serais passé de la dernière pièce intitulée Faiscommesictaitchaud, qui me semble nuire à l’unité conceptuelle de l’album, avec son ambiance club humoristique. Dans l’ensemble, l’album porte les couleurs habituelles du groupe : des rythmes plus planants low-funk à la sauce PiuPiu. Une saveur entre l’électro et le rap bien typique de la scène musicale de Montréal (pour en savoir les secrets je vous réfère à Piu Piu Documentary). Les textes sont audibles, à la fois drôles et critiques, sans sombrer dans le «on fait donc ben pitié».

Je termine en précisant qu’il faut, malgré tout, être déjà admirateur de cette vague pour apprécier l’album à sa juste valeur.  À ma grande surprise, certains propos contenus sur cet album ont froissé les oreilles chastes de ceux qui pratiquent la chasse aux sorcières. D’ailleurs, quand on écoute la chanson Fou Normal à l’envers à partir de 0:15 on peut entendre : « Éric Duhaime fait du sel de bain ». Mais sans blague, à moins d’être duhaimien, aucune parole sur cet album ne se présente comme scandaleuse ou vulgaire. Le tout me paraît relativement accessible à quiconque voudraient s’initier sérieusement à cette nouvelle génération de rappeurs québécois et comblera assurément les attentes des fans du genre.

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Crédit: K6A, Kosséça!?!
© K6A, Kosséça!?!


L’album est disponible sur Itune. Pour plus d’informations : K6A.TV

Kosséça, K6A, Basslac Musique.

Article par Gabriel Galarneau.

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