Raconter la Palestine, un devoir envers l’humanité pour que personne n’oublie

Paru en mai 2025 chez mémoire d’encrier, Gaza écrit Gaza est un projet réalisé sous la direction de l’écrivain, professeur…
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Paru en mai 2025 chez mémoire d’encrier, Gaza écrit Gaza est un projet réalisé sous la direction de l’écrivain, professeur et activiste palestinien Refaat Alareer, assassiné le 6 décembre 2023 par les bombes israéliennes. Recueil de textes regroupant vingt-trois récits de fiction écrits par quinze jeunes Gazaouis, il nous exprime la souffrance d’une colonisation dévastatrice touchant des générations de Palestiniens et qui perdure malheureusement encore aujourd’hui.  

« Gaza écrit Gaza parce qu’écrire est un devoir envers la nation, envers l’humanité et une responsabilité[1] ».

Toutes les histoires qui nous sont racontées témoignent de la souffrance quotidienne que sont obligés d’endurer nombre de Palestiniens et du courage infaillible qu’il faut pour se relever encore et encore en marchant vers un avenir toujours incertain. Pour Refaat Alareer, « Raconter devient en soi un acte de vie[2] » parce que la voix qui témoigne résiste, vie et porte une histoire collective. Dans un contexte où la mort, la peur, la souffrance et la douleur sont omniprésentes, écrire devient un acte de vie qui dépasse les frontières, il est un appel à l’humanité. Ces voix se fraient un chemin dans un monde où la réalité est déformée par les médias et le complot international de gouvernements qui n’ont aucun scrupule. La principale force de ces histoires poignantes réside dans l’expérience immersive que leur lecture nous fait vivre. Ces jeunes Gazaouis nous font part de leur expérience de vivre avec la crainte constante de tout perdre du jour au lendemain.

À travers l’histoire de Rawan Yaghi, nous suivons une petite fille qui a perdu son meilleur ami Ahmad en une fraction de seconde par une bombe israélienne, alors qu’il jouait au foot dans le quartier avec les autres voisins. Du haut de son balcon, la petite fille a été épargnée et a survécu, mais à quel prix ? « Ahmad est parti. Tous les jours, à l’école, les autres enfants me hantent de leurs regards culpabilisants. Je n’arrive pas à les regarder. Membres amputés. Visages marqués. Démarches boiteuses. Notre voisinage a été pulvérisés en une seconde. Plus de matchs. Plus de goals. Plus d’applaudissements. Mes amis ont grandi en une seconde. Ils ne me regardent plus comme ils en avaient l’habitude avant ce jour affreux. Ils ne sortiront plus jouer. Ils ont désormais un regard lointain […][3] ».

« Gaza écrit Gaza pour que personne n’oublie[4] »

Dans le récit Ensevelie, Rawan Yaghi nous transporte dans le corps d’un enfant coincé sous les décombres qui espère de l’aide pour s’en sortir et qui souffre seul. Sarah Ali nous partage dans Les arbres de mon père, un père qui a perdu cent quatre-vingt-neuf oliviers, cent soixante citronniers et quatorze goyaviers. Terres agricoles et arbres détruits, plus aucune végétation ne subsiste après les attaques israéliennes. Elle nous livre de manière touchante ce lien indestructible qui unit les Palestiniens à leur terre : « Un lien indissoluble unit mon père à sa terre, et les Palestiniens à leur terre. Israël, en déracinant les plantes, en abattant sans répit les arbres, tente de briser ce lieu et d’imposer ses propres règles, qui relèguent les Palestiniens au désespoir. En replantant avec acharnement les arbres détruits, leurs arbres, les Palestiniens font un pied de nez aux règles israéliennes. « Ma terre, mes règles », m’a dit mon papa[5] ».

« Gaza n’a jamais plié. Elle nous a appris à résister à l’oppression avec les moyens dont nous disposons. Gaza nous a appris à ne jamais nous agenouiller, à ne même pas y penser [6]».

Tous ces textes écrits par des Gazaouis racontent Gaza, mais également la réalité coloniale avec laquelle tout Palestinien doit composer à l’échelle nationale.

Cette œuvre est un devoir de mémoire pour que personne n’oublie l’injustice d’un acharnement sans nom, d’un génocide sans fin, perpétré par Israël avec la complicité du gouvernement américain.

Les écrivains nous donnent à voir à travers leurs personnages, le profil du Palestinien de manière admirable : un ardent amour de la vie, un lien profond avec sa terre, un courage sans nom, une force incroyable le poussant à ne jamais abandonner et à constamment reconstruire et une résilience exceptionnelle.

Lire cette œuvre est un devoir envers l’humanité.

La Palestine vivra, la Palestine vaincra.

 

[1] Refaat Alareer, Gaza écrit Gaza, Montréal, Les éditions Mémoire d’encrier, 2025, p. 26

[2] Ibid., p. 23.

[3] Refaat Alareer, Gaza écrit Gaza, Montréal, Les éditions Mémoire d’encrier, 2025, p.54

[4] Ibid., p. 26

[5] Refaat Alareer, Gaza écrit Gaza, Montréal, Mémoire d’encrier, 2025, p. 68

[6] Ibid., p. 15.

 

Alareer, Refaat, Gaza écrit Gaza, Montréal, Mémoire d’encrier, 2025, 282p. 

 

Article rédigé par Leila Arab

Artichaut magazine

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